Marchés

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Les industriels à la rencontre des agriculteurs - Bonduelle [Épisode 1/11]

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Dossier Alors que le Salon de l'agriculture n'ouvrira pas ses portes cette année, LSA est parti à la rencontre du monde agricole. Onze dirigeants de l'industrie des produits de grande consommation nous ont emmenés chez des agriculteurs dont ils sont partenaires. Premier épisode dans la Somme, où l’exploitation d’Armand Frassaint, située à une vingtaine de kilomètres de la plus grande usine de transformation de Bonduelle, symbolise la politique de circuits courts du groupe.

L’industriel et l’agriculteur travaillent ensemble depuis douze ans.
L’industriel et l’agriculteur travaillent ensemble depuis douze ans.© Pierre VASSAL/HAYTHAM

Un hameau au milieu des champs et de la terre à perte de vue. Ce sont les premières impressions qui dominent en arrivant à Curchy, dans la Somme, où se trouve l’exploitation d’Armand Frassaint. En 2009, ce jeune agriculteur connecté de 37 ans a repris la ferme tenue par sa famille depuis trois générations. « Mes parents étaient endiviers. On avait 50 personnes ici à l’épo­que », détaille ce père de famille de quatre enfants.

Désormais, l’agriculteur emploie un salarié permanent et un apprenti. Un chiffre pouvant monter à 10 saisonniers en période de campagne. Au total, l’exploitation familiale représente 140 hectares, dont un de toiture. « On produit du blé des betteraves sucrières, du plant de pommes de terre, des épinards et des haricots verts. » La ferme garde aussi les stigmates de la Seconde Guerre mondiale où la Picardie entière paya un lourd tribut. Le domaine a entièrement été reconstruit en 1952, à l’exception d’un mur haut de 10 mètres, qui date du début du siècle dernier.

C’est dans ce cadre historique que l’exploitant a reçu LSA et Guillaume Debrosse, le directeur général du groupe Bonduelle. Les deux hommes sont partenaires depuis l’arrivée du jeune agriculteur à la tête de l’exploitation familiale. Plus globalement, la famille Frassaint produit des légumes pour l’industriel depuis une double décennie. La culture de haricots verts et d’épinards pour le compte de la marque de Bonduelle représente 15 % de l’activité actuelle du producteur.

Bon sens terrien

L’industriel explique d’ailleurs qu’il est assez fréquent que son entreprise travaille avec des producteurs depuis plusieurs générations. « Même si nous sommes dans une logique de contractualisation annuelle, le fait de développer une relation renouvelable permet de travailler sur le long terme et de développer une confiance », note Guillaume Debrosse.

En cette fin janvier, le temps est très changeant. Aux averses se succèdent de légères bourrasques, puis des éclaircies. C’est au cours de l’une d’entre elles que s’improvise une visite des champs d’épinards encore au stade de jeunes pousses. Arrivé tout droit du Nord, de Villeneuve-d’Ascq, l’industriel a apporté ses propres bottes pour visiter les champs. Celles-ci ne sont pas neuves et sont déjà embouées, preuve que le dirigeant garde les pieds sur terre. Il faut dire que Bonduelle nourrit un lien fort avec le monde agricole. « L’agribashing est souvent une méconnaissance et une défiance du secteur que je trouve parfois délétère, alors qu’on devrait en être fier », glisse Guillaume Debrosse. Un bon sens terrien assumé et qui fait partie de l’origine de Bonduelle. En 1919, les deux fondateurs de l’entreprise, agriculteurs, avaient acheté une ferme isolée dans une ancienne abbaye, à Renescure, toujours dans le Nord.

Un centenaire plus tard, à Curchy, au loin, des éoliennes situées sur les exploitations voisines viennent casser cet horizon de champs. L’industriel et le producteur prennent un grand soin à ne pas piétiner les jeunes pousses. À vingt kilomètres de là, se situe l’usine Bonduelle d’Estrées-Mons.

Avec 200 millions de conserves de légumes et 76 000 tonnes de surgelés chaque année, c’est la plus grande unité industrielle du groupe. Elle transforme une trentaine de légumes, tous d’origine française. Cette proximité permet la mise en place du circuit court pour l’approvisionnement fourni par les agriculteurs de la région. « C’est indispensable, car un légume doit être transformé au maximum quatre heures après avoir été récolté. On ne peut s’approvisionner au-delà d’un rayon de 100 km », indique Guillaume Debrosse. Armand Frassaint, lui, a rejoint une organisation de producteurs, condition sine qua non pour fournir l’usine voisine. « C’est une fierté de participer au tissu économique de la région. On a convenu d’un accord avec Bonduelle : l’intégralité d’une hausse tarifaire lors des négociations commerciales est reversée aux producteurs », explique-t-il. Guillaume Debrosse abonde cette idée, depuis le salon de l’agriculteur. L’initiative assure une rémunération plus juste aux producteurs. « Dans la loi Egalim, il y a ce débat sur la revalorisation des filières. Il faut qu’il y ait une forme de ruissellement auprès de nos producteurs. Si on obtient des augmentations de la grande distribution, celui-ci est automatique », reconnaissant qu’une partie de la distribution joue le jeu.

Prix garanti

Autre aspect de cette relation, la mise à disposition d’un chef de plaine. À savoir un agronome employé par l’industriel pour conseiller les producteurs tout au long de leurs plans de semis. Ces professionnels de l’agronomie fournissent un accompagnement dans la fourniture des semences et des précieuses indications sur la récolte pendant le processus de production. « Nous ne faisons pas de culture d’opportunité avec Bonduelle. Chaque année, on sait que notre surface va rester stable en concordance avec nos capacités de production », souligne l’agriculteur.

Armand Frassaint reconnaît cependant un mois un peu tendu aux moments des négociations des conditions d’achat. Celles-ci ont lieu durant l’hiver et fixent les tarifs pour la campagne, allant du printemps jusqu’à l’automne. « On garantit un prix avant la campagne, quelles que soient les conditions climatiques », affirme Guillaume Debrosse, depuis la ferme des Frassaint. Les agriculteurs partenaires sont ainsi assurés de toucher un revenu fixe et indépendant de la volatilité des cours mondiaux. Ce rituel annuel permet enfin d’arriver « main dans la main » au moment des négociations commerciales avec la distribution. 

L'industriel Groupe Bonduelle
  • CA 2020 : 2,85 Mrds € (exercice 2019-2020 clos le 30 juin)
  • 14 617 salariés (ETP)
  • 2 800 agriculteurs partenaires, dont 1 500 en France
L’agriculteur : Armand Frassaint
  • Curchy (Somme)
  • 140 hectares
  • Blé, betteraves sucrières, plants de pommes de terre, d’épinards et de haricots verts

 

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