Les industriels à la rencontre des agriculteurs - Cocorette [Épisode 4/11]

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Dossier Alors que le Salon de l'agriculture n'ouvrira pas ses portes cette année, LSA est parti à la rencontre du monde agricole. Onze dirigeants de l'industrie des produits de grande consommation nous ont emmenés chez des agriculteurs dont ils sont partenaires. Quatrième épisode avec Olivier Sénéchal, fournisseur d’œufs en mode bio, lié par contrat exclusif à Cocorette qui garantit ainsi ses propres engagements dans la catégorie montante des œufs alternatifs.

Pour Pascal Lemaire, PDG de Cocorette, Olivier Sénéchal, à la tête d'une exploitation de 12 000 poules pondeuses, incarne le futur de l’œuf.
Pour Pascal Lemaire, PDG de Cocorette, Olivier Sénéchal, à la tête d'une exploitation de 12 000 poules pondeuses, incarne le futur de l’œuf. © Laetitia Duarte

Les 12 000 poules pondeuses de l’exploitation agricole à responsabilité limitée (EARL) Du Marché à Glaines, à Villers-l’Hôpital, dans le Pas-de-Calais, reçoivent, trois à quatre fois par jour, la visite et les soins d’Olivier Sénéchal, son exploitant. En contrepartie de la collecte de quelque 10 000 œufs par jour, il veille à la bonne alimentation et à la santé de ses « locataires » réparties en quatre lots de 3 000 poules, ouverts sur plus de 5 hectares de parcours. Ces poulettes rousses sont exclusivement nourries en aliments, non seulement bio, mais également locaux, issus de la société voisine Cap Bio Nord, à Doullens, dans la Somme. C’est le « régime de choix » des pondeuses d’œufs bio de l’un des 800 fournisseurs de Cocorette ! Dès 1983, cette marque créée par la famille Gluszak se spécialisait dans les œufs dits « alternatifs », en développant d’abord des gammes label Rouge, puis bio et de plein air.

Pour Pascal Lemaire, PDG de Cocorette, Olivier Sénéchal incarne le futur de l’œuf. « Nous avons besoin de jeunes comme lui pour prendre le virage de l’abandon des œufs issus de poules en cage. Ils représentent encore 40 % des 6 à 7 milliards d’œufs vendus annuellement en grande distribution. Si la profession s’était donné pour objectif d’abandonner cette catégorie en 2025, elle devancera l’échéance sous la pression des appels d’offres de la distribution les excluant, et grâce, aussi, à l’engagement de nos producteurs. Au point qu’ils devraient disparaître dès la fin 2022. » Pascal Lemaire pense aussi qu’il y a une place à prendre dans l’image et le maillage à l’échelle régionale. « La production était concentrée dans le bassin breton pesant à lui seul 42 %, dans des sites rassemblant jusqu’à 200 000 à 300 000 poules. Une aberration au regard de l’approche RSE et de l’empreinte carbone ! Raison pour laquelle Cocorette déploie des centres de conditionnements locaux en France et compte des marques comme L’Œuf du Gers ou La Poule lorraine. »

Démocratiser le bon

Si Olivier Sénéchal, 36 ans, a décidé de faire le même métier que son père, éleveur exploitant, dans la même commune, il a changé d’espèce, d’échelle et de production animale. Adieu les vaches laitières de la ferme parentale, bonjour les poules pondeuses de l’élevage qu’il monte en avril 2018, avec un investissement initial de 700 000 € ! Plutôt que la production laitière nationale à la rentabilité incertaine, il choisit une spécialisation dans l’œuf bio, « parce qu’en temps de crise, le haut de gamme continue de se vendre. Et que s’il se consomme moins de viande, il faut quand même continuer d’offrir un apport protéique accessible aux consommateurs, moins cher que ceux issus de plantes oléagineuses ».

Mais ce qui a aussi poussé Olivier Sénéchal à faire le pari de l’œuf – et rassurer les banques pour ses prêts – est le contrat d’exclusivité qui le lie, pour douze ans, au PDG de Cocorette, lui assurant en retour ses débouchés. Soit 3,3 millions d’œufs de catégorie A (de plus de 53 g), livrés par an. À un prix indexé sur celui des aliments des poules, qui représente 75 % du prix de revient d’un œuf. Sachant que le coût de l’aliment bio est moins fluctuant que celui de l’aliment pour l’œuf conventionnel très dépendant du cours international des céréales, enflammé par la demande de la Chine.

« Olivier est l’un des maillons clés de notre filière grâce auquel nous pouvons à notre tour assumer les volumes bio exigés par la grande distribution, avec laquelle nous sommes liés par des contrats de un, trois ou cinq ans, enchaîne Pascal Lemaire. Cela en mode “fourche à la fourchette”, puisque nous arrivons dans l’assiette du consommateur, en partant du champ de céréales bio local. »

Sauver les poussins mâles

Du reste, « proportionnellement à son prix unitaire, et détaillé jusqu’à la pièce, il n’y a pas de produit alimentaire qui ait une traçabilité aussi fine que l’œuf, souligne le producteur pas-de-calaisien. Le numéro imprimé sur la coquille renseigne, en effet, sur son pays d’origine, sur son mode d’élevage (bio, plein air, au sol et en cage), ainsi que sur l’identité du producteur éleveur ». Et l’entreprise poursuit sa quête « d’œufs vertueux ». Aujourd’hui, 50 % de ses œufs de plein air Cocorette sont issus de pondeuses sans traitements antibiotiques, grâce au recours à des aliments et boissons intégrant des algues favorisant la bio-résistance, elle passera totalement à terme prochainement. Cocorette est aussi précurseur dans la méthode dite du « sexage in ovo ». Celle-ci évite le cruel broyage des jeunes poussins mâles déjà éclos, en sélectionnant les seules futures pondeuses grâce à l’examen du sexe de l’embryon dans l’œuf fécondé de neuf jours. Ces œufs sont déjà vendus chez Carrefour.

Enfin, même si la démarche reste encore marginale – elle ne concerne que 5 à 6 % des pondeuses de l’exploitation Du Marché à Glaines –, la plate-forme collective Adopte1poule permet aussi de sauver des vies de gallinacées. En offrant aux pondeuses réformées en « fin de carrière » – à 72 semaines – de terminer leur vie, jusqu’à l’âge canonique de 6 ans, chez des particuliers, plutôt qu’en abattoir. De quoi, potentiellement, enchanter bien des familles quand l’on sait que picorent en France 45 millions de poules pondeuses ! 

Daniel Bicard, à Villers-l’Hôpital

L’industriel Cocorette
  • CA 2020 : 160 M €
  • 3 marques : Cocorette, La Poule lorraine, L’Œuf du Gers
  • 5 centres de conditionnement et une usine de transformation
  • 240 salariés
  • 800 éleveurs en France (de 2 500 à 40 000 poules pondeuses par unité)
L’agriculteur EARL du marché à Glaines
  • Villers-l’Hôpital (Pas-de-Calais)
  • 12 000 poules pondeuses d’œufs bio sur 5 hectares de parcours
 

 

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Article extrait
du magazine N° 2640

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