Marchés

Les industriels à la rencontre des agriculteurs - Color Foods [Épisode 9/11]

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Dossier Alors que le Salon de l'agriculture n'ouvrira pas ses portes cette année, LSA est parti à la rencontre du monde agricole. Onze dirigeants de l'industrie des produits de grande consommation nous ont emmenés chez des agriculteurs dont ils sont partenaires. Neuvième épisode avec Color Food, le spécialiste marseillais des graines et fruits secs.

Marc Marty, à la tête d’une exploitation de 45 hectares (dont 9 d’amandiers) et aussi vice-président de la coopérative Melba et Emmanuel Vergez, président de Color Foods font le pari de l'amande française
Marc Marty, à la tête d’une exploitation de 45 hectares (dont 9 d’amandiers) et aussi vice-président de la coopérative Melba et Emmanuel Vergez, président de Color Foods font le pari de l'amande française

Bouleternère. Dans ce village des Pyrénées-Orientales, les vergers de pêches et de nectarines ont laissé place aux amandiers. « Depuis 2016, une trentaine d’hectares sont plantés chaque année autour de la commune », indique Marc Marty, à la tête d’une exploitation de 45 hectares (dont 9 d’amandiers) et aussi vice-président de la coopérative Melba. En cette fin janvier, les premières fleurs d’amandiers vont bientôt éclore. L’occasion pour Emmanuel Vergez, président de Color Foods, et Caroline Grolleau, sa responsable marketing, de faire un point sur la prochaine récolte. Tout droit venu de Marseille où l’entreprise spécialisée dans la transformation de graines et de fruits secs est installée, Emmanuel Vergez a lancé depuis juin 2020, sous la marque Les Fadas de fruit secs, une référence d’amandes françaises qui complète la gamme de noix et de noisettes également d’origine France. « On teste à l’échelle d’un petit parc de magasins. C’est un produit que nous mettons actuellement en avant dans le cadre des négociations tarifaires. On pense qu’il sera retenu par les distributeurs, car la demande des consommateurs est là », explique le président de l’entreprise marseillaise.

Avec un climat doux, sans épisode de gel en hiver, des sols drainants, la région offre des conditions idéales pour le développement des amandes. Pendant des décennies, le bassin méditerranéen fut une région de production. Après la Seconde Guerre mondiale, la Provence à elle seule en produisait à près de 12 000 tonnes. « La ville d’Aix-en-Provence était devenue le marché central de l’amande. Dans les textes anciens, on retrouve la trace des amandiers utilisés par les agriculteurs pour délimiter leurs parcelles et dont les fruits font office d’en-cas pour les voyageurs », raconte Loren Serra, chargée du développement de la filière amande au sein de la coopérative Melba.

Alors que les Français consomment chaque année près de 40 000 tonnes d’amandons, soit la graine de l’amandier débarrassée de son écale et de sa coque, la France en produira 1 000 tonnes en 2021. Avec des rendements aléatoires et un mode de culture extensive, sans commune mesure avec le modèle industriel promu aux États-Unis, les producteurs français ont jeté l’éponge dans les années 70.

Le fléau de la sharka

À cette époque, les agriculteurs de Melba ont massivement investi dans les vergers de pêches et de nectarines aux rendements élevés. « Il y a eu un âge d’or », reconnaît Marc Marty. Jusqu’à ce que la sharka s’installe. Transmis par un puceron, le virus ravage pêchers, nectariniers et abricotiers de la région. « Pour éviter sa propagation, le seul remède est d’abattre les arbres atteints. Cela fait vingt ans que l’on doit faire avec », déplore-t-il.

En 2012, la coopérative a repris une exploitation de pêches et de nectarines à Saint-Martin-de-Crau, dans les Bouches-du-Rhône, à l’abri de la maladie. Les volumes commercialisés (5 000 tonnes) ont permis aux producteurs de se tourner vers d’autres cultures. « Les Espagnols sont très forts pour les amandes. En 2016, on est allé voir ce qui se passait de l’autre côté des Pyrénées », poursuit le vice-président de Melba. Accompagnés sur le plan technique, 18 producteurs se sont lancés dans l’aventure. Les vergers s’étendent sur 150 hectares. En 2020, les producteurs ont pu récolter 110 tonnes d’amandes, dont une partie des fruits à coque est écoulée auprès de la grande distribution, une autre vendue aux artisans de la région, notamment pâtisseries et confiseurs, et une autre aux transformateurs comme Color Foods. « Tout le monde veut de l’amande française. À commencer par le pâtissier de Boulternère. Mais il ne faut pas que cela soit juste pour l’image », pointe Marc Marty.

Pas de contrat d’exclusivité

Emmanuel Vergez achète sur pied chaque année en Tunisie, comme le faisait son père, les dattes sous la marque La Favorite, se fournit en noisettes dans le Tarn. Le patron marseillais aime les rapports simples. Avec Melba, pas de contrat d’exclusivité : « Nous sommes d’accord pour faire un bout de chemin ensemble. Il faut que chacun trouve son intérêt », poursuit le président de Color Foods. En 2020, la PME a acheté 2 tonnes d’amandes. Cette fois, les discussions portent sur 10 tonnes. « On peut écouler entre 5 et 6 tonnes et on prend un risque pour un volume supérieur », rappelle-t-il.

Avec un coût de production deux fois supérieur à celui de l’amande espagnole ou californienne, la difficulté consiste à faire reconnaître auprès des enseignes le vrai prix de l’amande française, tout en la positionnant à un prix raisonnable pour qu’elle soit acceptée par le consommateur. « Si le produit ne se vend pas, la filière ne se développera pas », reconnaît-on de part et d’autre. Bien loin des batailles parfois féroces que peuvent se livrer producteurs et industriels, Color Foods et Melba sont prêts à avancer pas à pas sur ce marché de niche. « Miser sur l’amande française est une façon de renouer avec la tradition et de proposer un produit de qualité. Avec la mécanisation possible des vergers, cela vaut le coup d’essayer », conclut Emmanuel Vergez. 

Marie Cadoux, à Bouleternère

L’industriel Color Foods
  • CA 2020 :46 M €
  • 80 salariés permanents
  • 3 marques nationales (Sun, La Favorite, Les Fadas de fruits secs)
  • 18 agriculteurs partenaires
L’agriculteur Coopérative Melba
  • Bouleternère (Pyrénées-Orientales)
  • 45 hectares, dont 9 d’amandiers

 

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