Marchés

Les industriels à la rencontre des agriculteurs - Cristal Union [Épisode 8/11]

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Dossier Alors que le Salon de l'agriculture n'ouvrira pas ses portes cette année, LSA est parti à la rencontre du monde agricole. Onze dirigeants de l'industrie des produits de grande consommation nous ont emmenés chez des agriculteurs dont ils sont partenaires. Huitième épisode avec Cristal Union qui comme l'ensemble de la filière betterave à sucre a dû affronter la pandémie et la jaunisse sur ses plantations. 

Xavier Astolfi, directeur général adjoint de Cristal Union et Joachim Gaillot, l'un des 1 300 coopérateurs entendent concilier productivité et environnement
Xavier Astolfi, directeur général adjoint de Cristal Union et Joachim Gaillot, l'un des 1 300 coopérateurs entendent concilier productivité et environnement© Laetitia Duarte

L’Écaille. Au nord de Reims, autour de ce village des Ardennes situé à une trentaine de kilomètres de la capitale champenoise, les champs de betteraves s’étendent à perte de vue. Joachim Gaillot fait partie des 1 300 coopérateurs installés autour de Bazancourt (51), cette commune dont les silos de sucre s’aperçoivent des kilomètres à la ronde. Chaque automne, des ballets de camions, 1 000 au total, transportent la betterave sucrière pour qu’elle soit transformée en sucre et en alcool dans l’usine et la distillerie de Cristal Union.

Maire de son village de 270 âmes, Joachim Gaillot a repris l’exploitation de son père en 1992. En ce matin de janvier, il vient de terminer la récolte de 2020. « La pire depuis que j’ai repris l’exploitation », soupire ce quinquagénaire, dont la maison jouxte les champs. Au total, 470 hectares, dont 130 de betterave, le reste se répartissant entre le blé, l’orge, le colza, la luzerne… Pourquoi la pire ? Parce qu’au début de l’été pointe une jaunisse virale ravageuse. Joachim Gaillot perd 25 % de sa récolte. Il se félicite néanmoins de travailler avec Cristal Union, deuxième fabricant de sucre en France derrière Tereos, avec des marques comme Daddy ou Erstein. Sa particularité : le statut de coopérative. « Cela nous permet de valoriser notre production. Notre conseil d’administration est composé à 100 % d’agriculteurs-coopérateurs qui décident des prix », précise Joachim Gaillot, qui est aussi vice-président de Cristal Union. Un statut qui a du bon en cas de coup dur, mais pas seulement. Tout l’enjeu consiste à rester performant au niveau industriel, tout en assurant la pérennité de la structure.

Retour des néonicotinoïdes

Au début de l’été dernier, alors que la jaunisse commence à attaquer les plants de milliers de betteraviers, il faut faire vite. Un nouveau ministre de l’Agriculture prend ses fonctions le 6 juillet. « Trois jours plus tard, Julien Denormandie était dans un champ de betteraves chez l’un de nos adhérents, en Seine-et-Marne. Chapeau ! », salue Xavier Astolfi, directeur général adjoint de Cristal Union. Et un mois plus tard, un projet de loi est lancé. Celui-ci autorise le retour des néonicotinoïdes, ces insecticides bannis des champs depuis 2018, pour les betteraviers, et ce pendant trois ans. Un choix décrié par les écologistes. « Nous sommes tous favorables à l’arrêt des néonicotinoïdes, nous sommes tous favorables à la transition agroécologique », déclare alors Julien Denormandie, avant de compléter : « Cela ne peut pas être au prix de tuer une filière française. »

Pointés du doigt, les betteraviers ont le cœur gros. « Nous, les agriculteurs, sommes montrés comme responsables de beaucoup de maux. La pandémie a rappelé aux Français que nous étions là pour les nourrir. Cela durera-t-il ? Nous aussi, nous attendons avec impatience des solutions alternatives aux néonicotinoïdes. Il en va de notre santé », pointe Joachim Gaillot, qui a bien pris soin de laisser une bande de cinq mètres sans traitement autour de son exploitation. « Nous avons pris des mesures de compensation en fournissant la semence pour des plantes mellifères qui attirent les abeilles. Cela montre que les agriculteurs savent s’adapter », poursuit-il. Conscients des enjeux, les betteraviers, même s’ils pratiquent la culture intensive, travaillent à la décarbonation de leur industrie d’ici à 2030.

Depuis 2010, Cristal Union a baissé de 10 % ses émissions énergétiques et de 25 % celles de CO2. Le CO2 a été remplacé par des énergies plus propres comme le gaz naturel, puis de la pulpe de betteraves. Les investissements sont de l’ordre de 50 millions d’euros.

Pour Cristal Union, il a fallu s’organiser pour faire face à une baisse de la production de plus de 30 %, à 10 millions de tonnes au lieu des 15 habituels, due à la jaunisse. Et réagir vite face aux nouveaux besoins. Lors du premier confinement, les Français se ruent en GMS pour faire, entre autres, des provisions de sucre. « Comme ils restaient chez eux, ils avaient besoin de moins de carburant. Nous avons donc réorienté notre production, en arrêtant l’éthanol pour produire plus de sucre et plus d’alcool d’hygiène et de pharmacie », explique Xavier Astolfi.

Trois distilleries pour l’alcool

Sur ce créneau, le sucrier est même devenu leader européen avec 5 millions d’hectolitres d’alcool pour fabriquer du gel hydroalcoolique. Le sucre représente 70 % de sa production, les 30 % restants étant transformés en alcool et éthanol. En France, Cristal Union s’appuie sur trois distilleries qui transforment le sucre en alcool pour les spiritueux, les cosmétiques, les produits pharmaceutiques, une autre partie servant à fabriquer l’éthanol.

À Corbeilles-en-Gâtinais, dans le Loiret, dans l’une des huit sucreries de la coopérative, la betterave bio est transformée dans l’usine adjacente aux 450 hectares cultivés, qui donnent 3 000 tonnes de sucre bio. Une goutte d’eau rapportée au million de tonnes de sucre que Cristal Union produit chaque année. « Il y a un marché, il faut que nous soyons prêts », estime Xavier Astolfi, qui explique avoir doublé en 2020 la superficie réservée au bio. Mais ces plantations ont été beaucoup plus ravagées par la jaunisse que les conventionnelles. Éternel dilemme… 

Magali Picard, à L’Écaille

Lindustriel Cristal Union 
  • CA : 1,6 Mrd €
  • 2 000 salariés
  • Marques : Daddy, Erstein, Eridania
  • 9 000 adhérents partenaires
L’agriculteur SCEA de la Prieuse L’Écaille (08)
  • Betterave sucrière, blé, orge, colza, luzerne
  • 470 hectares de surface

 

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