Les industriels à la rencontre des agriculteurs - Danone Produits frais France [Épisode 2/11]

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Dossier Alors que le Salon de l'agriculture n'ouvrira pas ses portes cette année, LSA est parti à la rencontre du monde agricole. Onze dirigeants de l'industrie des produits de grande consommation nous ont emmenés chez des agriculteurs dont ils sont partenaires. Deuxième épisode avec le directeur général de Danone Produits Frais France et deux associés d'une exploitation laitière. Retour sur leur partenariat et les efforts entrepris pour valoriser la filière.   

Pour bouger les lignes, « il est important d’accompagner les producteurs pour faire évoluer les pratiques vers des modèles plus vertueux et valorisés afin d’être inattaquables », estime François Eyraud; DG Danone Produits Frais France (au centre)
Pour bouger les lignes, « il est important d’accompagner les producteurs pour faire évoluer les pratiques vers des modèles plus vertueux et valorisés afin d’être inattaquables », estime François Eyraud; DG Danone Produits Frais France (au centre)©laetitia duarte

A Rahon, en plein cœur du Jura, à 10 km environ de Dole, Anthony Ecoiffier et Cédric Bongain, associés du Gaec du Joncheret, nous accueillent, avec le directeur général de Danone Produits frais France, François Eyraud, dans leur exploitation. Les deux agriculteurs, 38 et 41 ans, gèrent un établissement de 110 vaches et 260 hectares de cultures fourragères. La totalité de la collecte – 900 000 litres de lait par an – est dédiée au site de transformation de Danone, à Saint-Just-Chaleyssin, en Isère, à 200 km de là. « L’exploitation, créée en 1979, travaille depuis la fin des années 80 avec Danone. Nous avons gardé le système, car c’est plus simple de fournir une seule laiterie pour des questions logistiques », assure Anthony Ecoiffier, dont le Gaec fait partie de l’organisation de producteurs (OP) Jura Bresse, composée de 100 exploitations, dont 85 travaillent pour Danone.

Accompagnés de François Eyraud, les deux éleveurs nous font visiter l’exploitation. Les vaches, elles, sont restées à l’abri de la pluie battante. Partenaire de Danone depuis plus de quarante ans, le site a évolué au fur et à mesure de ses attentes. « Nous menons différents projets, comme le bien-être animal, et réalisons des diagnostics pour répondre à la demande de Danone qui souhaite monter en qualité », ajoute Anthony Ecoiffier. Un thème cher à Danone, qui travaille sur l’agriculture régénératrice depuis plusieurs années.

Les EGA, une non-révolution

« Nous avons un cahier des charges exigeant. Nous sommes en contact permanent avec les producteurs grâce à notre direction lait, composée de 35 collaborateurs. Faire mieux ne signifie pas forcément des coûts plus importants, car ce travail peut aussi s’accompagner de baisses de charges », explique François Eyraud. Par exemple, Danone collabore avec Jura Bresse, pour nourrir les animaux avec une alimentation 100 % française. « À ce jour, 15 % des intrants proviennent hors de France, mais ce petit delta à combler est un long travail à réaliser », reconnaît le directeur général. Autre projet : la baisse de l’empreinte carbone sur laquelle des audits ont été faits pour agir.

Des missions qui nécessitent une prise de risque pour les éleveurs. « Nous avons des contrats avec Danone sur cinq ans qui nous permettent de la visibilité. Ici, nous avons un lait de qualité, donc nous avons droit à des primes en plus », révèle Cédric Bongain. En effet, ce système de contractualisation existe depuis longtemps entre Danone et ses éleveurs. « Les États généraux de l’alimentation (EGA, NDLR) n’ont pas été une révolution pour nous, car, dès 2016, nous avions déjà une formule de prix qui intégrait les coûts de production, et les contrats longue durée existent depuis 2010 », souligne Anthony Ecoiffier.

Pour François Eyraud, si les EGA n’ont pas changé les fondamentaux dans la relation entre l’industriel et les éleveurs, ils ont permis « une prise de conscience des acteurs de l’ensemble de la filière, des distributeurs, aux fabricants, en passant par les producteurs et les consommateurs. Les problèmes ont été mis en lumière conduisant à des prises de décisions ». Pourtant, le travail est encore vaste, notamment pour changer les états d’esprit. « Il faut arrêter de croire que toute la famille travaille à l’exploitation. On est passé d’un schéma familial à une forme entrepreneuriale, qui monte en technicité », estime Cédric Bongain, qui ajoute toujours ressentir « l’agribashing. Les producteurs qui travaillent avec des grands groupes de l’agro­alimentaire subissent ce traitement à la différence de ceux qui opèrent pour des petites structures. Aujourd’hui, les producteurs locaux ou traditionnels se voient dérouler le tapis rouge par la grande distribution mais, pour nous, il n’y a pas encore suffisamment de prise en compte de la nécessité de la revalorisation du prix du lait ».

Des évolutions nécessaires

Pour bouger les lignes, « il est important d’accompagner les producteurs pour faire évoluer les pratiques vers des modèles plus vertueux et valorisés afin d’être inattaquables », clame François Eyraud. Des évolutions du monde agricole qui doivent être portées par les industriels. « C’est notre rôle, car nous avons une responsabilité. Il faut réussir à connecter tous les acteurs afin de créer des filières. Les industriels ne sont pas uniquement des transformateurs mais sont créateurs de valeur à travers leurs marques. Pour œuvrer dans ce sens, il faut que tout le monde paie le juste prix, même le consommateur », poursuit-il.

Une valorisation de la filière peu perceptible chez les producteurs, qui déplorent la guerre des prix. « On est obligés de collecter plus de lait pour avoir de meilleurs revenus, car le prix n’augmente pas assez vite, en comparaison avec l’augmentation des charges. On a fait le choix de passer de 600 000 litres par an à 900 000. On gagne notre vie avec un troupeau de vaches, mais on pourrait le faire mieux sur un autre secteur d’activité sans avoir la même charge de travail », regrette Anthony Ecoiffier. Même s’il avoue que les hausses de qualité demandées par Danone leur permettent de mieux vivre. Mais il ne cache pas que dans l’OP, certains sont en grande difficulté. Le mot de la fin pour cet éleveur, qui a dû clore notre rencontre pour s’occuper de la traite. 

Camille Harel, à Rahon

L’industriel : Danone Produits frais France
  • CA 2019 : 25,3 Mrds €
  • 2 200 salariés
  • 1 600 éleveurs partenaires
  • 17 marques (19 avec Les Prés rient Bio)
  • 5 sites de production d’ultrafrais en France

L’agriculteur : Gaec du Joncheret

    L’agriculteur : Gaec du Joncheret
  • Rahon (Jura)
  • Cultures et exploitation laitière
  • 260 hectares de cultures et 110 vaches laitières

 

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Article extrait
du magazine N° 2640

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