Marchés

Les industriels à la rencontre des agriculteurs - L'Oréal [Episode 11/11]

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Dossier Alors que le Salon de l'agriculture n'ouvrira pas ses portes cette année, LSA est parti à la rencontre du monde agricole. Onze dirigeants de l'industrie des produits de grande consommation nous ont emmenés chez des agriculteurs dont ils sont partenaires. Dernier épisode de cette série avec L'Oréal. Pour sa marque La Provençale bio, créée il y a deux ans et demi, le leader mondial de la beauté s’appuie sur les actifs issus d’oliviers bio. Visite chez un oléiculteur partenaire du groupe.

Céline Brucker, directrice générale de L’Oréal grand public France dans l'oliveraie de Bruno Theuerlacher qui compte 2 350 arbres.
Céline Brucker, directrice générale de L’Oréal grand public France dans l'oliveraie de Bruno Theuerlacher qui compte 2 350 arbres. © © laetitia duarte

C’est à Mazan, au pied du mont Ventoux, que L’Oréal a trouvé l’ingrédient phare de sa marque La Provençale bio : l’olive. Mais pas n’importe laquelle, une olive certifiée bio et AOP Provence. Une double labellisation rare. « Au sein de la coopérative, nous ne sommes que deux producteurs à l’avoir », précise Bruno Theuerlacher, l’oléi­culteur partenaire du groupe cosmétique. En ce début février, il vient de terminer la taille de ses 2 350 arbres. « La quasi-totalité de ma production va à la coopérative voisine, La Balméenne, à Beaumes-de-Venise », poursuit-il.

C’est via cette coopérative que le partenariat avec L’Oréal est né. Plus exactement, le partenariat avec Greentech, qui fournit les actifs tirés de l’huile au groupe cosmétique. « Les polyphénols que contient l’olive sont des actifs antiâge très puissants que nous voulions exploiter dans la nouvelle marque que nous étions en train de créer. Nous voulions aussi l’ancrer dans un territoire français avec des valeurs », explique Céline Brucker, directrice générale de L’Oréal grand public France. Ainsi est née La Provençale, première marque de la division grand public qui propose des produits exclusivement certifiés bio. « Deux ans et demi plus tard, nous sommes numéro deux en GMS sur le soin du visage bio. Nous commençons à exporter la marque en Espagne, en Italie et dans les pays nordiques », annonce Céline Brucker. Dans sa communication, la marque met en avant son producteur d’olive et le moulinier qui presse la fameuse huile. « Les consommateurs sont en recherche de transparence. Sur le site internet de La Provençale, ils peuvent visiter virtuellement l’oliveraie de Bruno », souligne Céline Brucker.

Élargir les débouchés

La première année, L’Oréal a utilisé 600 litres d’huile d’olive. Maintenant, ce sont 3 000 litres qui sont contractualisés, soit environ la moitié de la récolte de Bruno Theuerlacher. Sans dévoiler le montant de la transaction, les olives sont valorisées, car les besoins de L’Oréal demandent une logistique spécifique. « La verdale de Carpentras, l’olive locale, est naturellement riche en polyphénols. Pour que le taux soit le plus élevé possible, il faut récolter l’olive tôt dans la saison et qu’elle soit pressée au maximum vingt-quatre heures après la cueillette. Avec le moulin, nous avons dû nous organiser en conséquence », poursuit Bruno Theuerlacher.

Cette première incursion dans la cosmétique a donné envie à la coopérative de se diversifier. « Par ce partenariat, je me suis rendu compte que L’Oréal, ce n’était pas que du marketing, c’est aussi beaucoup de recherche. Un de leurs chercheurs m’a expliqué comment ils “trituraient” mon huile dans tous les sens pour trouver des actifs. Cela nous a amenés, au sein de la coopérative, à réfléchir à d’autres débouchés pour la filière, notamment à l’utilisation des sous-produits, confie Bruno Theuerlacher. Par exemple, les noyaux étaient jusqu’alors des déchets pour lesquels il fallait payer pour se débarrasser. Maintenant, ils sont utilisés pour des produits de gommage de La Provençale bio. » Et Céline Brucker d’ajouter : « Nous utilisons aussi les feuilles d’olivier via un nouveau partenariat avec un jeune couple qui a repris l’exploitation agricole familiale, engagée dans le bio depuis 1974. »

Système d’irrigation

Et ce n’est pas la seule marque du groupe à travailler avec des agriculteurs. Dop a noué divers partenariats pour sa ligne Douceurs de nos régions. Garnier, pour sa gamme au chanvre bio, se fournit en partie auprès de cultivateurs français. « Depuis dix ans, le groupe a mis en place un vaste programme de sourcing équitable et solidaire, qui nous permet d’accompagner dans la durée les producteurs », rappelle Céline Brucker.

En parallèle, L’Oréal soutient les agriculteurs français en s’engageant avec la plate-forme de financement participatif Miimosa. Parmi les deux douzaines de projets qui ont déjà été financés par le groupe, il y avait l’installation d’un système d’irrigation par microaspersions dans l’oliveraie de Bruno Theuerlacher. « En 2017, nous n’avons pas eu de pluie utile pendant sept mois. C’est ce qui m’a incité à mettre en place ce système d’irrigation qui permet de pallier les pluies de printemps, période où l’olivier a besoin de beaucoup d’eau pour faire des feuilles et des fruits », explique-t-il.

Cette évolution des régimes pluviométriques est, pour l’instant, ce qui est le plus visible dans le changement climatique. Outre la pluie de printemps et la fameuse mouche de l’olive qui peut causer de gros dégâts en piquant le fruit pour y déposer ses œufs, l’oléiculteur doit aussi faire face à un nouveau champignon, apparu il y a trois ans, qui s’attaque aux feuilles de l’olivier. « En bio, pour combattre les champignons, nous pouvons utiliser le cuivre mais en quantité très limitée. Nous réfléchissons à comment gérer ce champignon autrement », confie Bruno Theuerlacher. Cette année, il a noté aussi tout ce qu’il faisait, ses heures de travail, ses coûts et ses revenus. « La filière a peu de données économiques. Si nous voulons attirer des jeunes, il faut leur prouver que l’on peut bien vivre de l’oléiculture », conclut ­Bruno Theuerlacher.

Quant à L’Oréal, la société va poursuivre ses collaborations dans la région. « Nous avons noué un partenariat avec une apicultrice et, à l’été, La Provençale lancera une ligne de soins au miel de fleurs bio IGP (Indication géographique protégée) Provence », annonce Céline Brucker.

Mirabelle Belloir, à Mazan

L’industriel L’Oréal
  • CA monde 2020 : 27,99 Mrds €
  • 11 usines en France
  • 13 000 salariés en France
  • 55 marques
L’agriculteur Bruno Theuerlacher
  • Mazan (84)
  • 8 hectares d’oléoculture

 

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