Les industriels du lait s’inquiètent des hausses du prix aux producteurs

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Les industriels du lait restent très inquiets, de l’écart du prix payé en France par rapport aux autres pays européens - de 10 à 25 % - qui va les mettre en difficulté. Au lendemain de l’accord entre les producteurs et Lactalis, ce qui n’est pas un hasard.

Le président de la Fnil monte au créneau après les manifestations contre Lactalis, pour exposer la situation de l'industrie
Le président de la Fnil monte au créneau après les manifestations contre Lactalis, pour exposer la situation de l'industrie

Le président de la Fnil, Olivier Picot, tenait une conférence de presse ce matin à Paris, au lendemain de l’accord trouvé entre les producteurs de lait et Lactalis, ce qui n’est pas un hasard. Il a un message à faire passer. Les prix du lait en France ne doivent pas être déconnectés de ceux que l’on trouve sur le marché européen. Sauf à fragiliser l’industrie en nuisant à sa compétitivité. “Or, les écarts sont très élevés, de l’ordre de 10 à 25 %, et ils s’accroissent”, lance-t-il. Pas question pour autant de commenter le prix Lactalis, qui est l’industriel le plus important en terme de volume de la fédération que préside Olivier Picot. Il se contente de pointer la situation économique de toute la transformation laitière.

Pour lui, “nous devons rester en connection totale avec ce qui se passe au niveau européen, sinon le résultat sera fatal. Tous les gouvernements, depuis 2003, ont soutenu la libéralisation du marché. La France n’est pas le Canada, où les importations sont interdites ! Et nous exportons 11 milliards de litres de lait. Si nous ne sommes plus compétitifs, c’est la moitié des producteurs qui vont disparaître, et l’industrie avec”. La mesure de limitation de la production via les aides que le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, met en place, lui semble de bon sens, “sauf qu’il s’agit d’une usine à gaz qui n’empêchera pas les producteurs les plus compétitifs d’augmenter leur production”.

La facture pour Lactalis

Certes, il y a aussi des signes que la crise laitière n’est plus aussi aigüe qu’avant l’été. “La production commence à baisser dans les pays du Nord, notamment au Royaume Uni, de 8 % et de 4,5 % en France, en juin, expose Gérard Calbrix, l’économiste de la FNIL. Les cours du beurre remontent. Mais 10 milliards de litres de lait ont été produits en plus depuis deux ans, et les Français ne mangent pas plus de camembert même si les prix sont plus bas". Par ailleurs, les frigos européens sont pleins de lait en poudre, le stock atteint 375 000 tonnes. Les prix vont rester bas - de l’ordre de 0,20 centimes le litre - pendant encore plusieurs mois”.

En France, le prix moyen est de 0,27 ou 0,28 centimes le litre. Les 11 milliards de litres exportés représentent 4 milliards d’euros dans la balance commerciale. Nul ne sait combien il va en coûter à Lactalis d’avoir augmenté le prix sous la pression des producteurs. Des experts estiment le coût à 50 millions d’euros sur les 4 derniers mois , 150 millions en année pleine. Peu de sociétés pourront concéder une telle somme à leurs producteurs, et probablement pas les coopératives, dont les résultats sont très affectés par la situation. Du coup, la crise laitière va migrer au niveau des outils de transformation dans les mois qui viennent.

Profits et profils d’entreprises

Certes, il n’a échappé à personne que les prix du lait ont aussi permis à des entreprises de reconstituer des marges au premier semestre, Danone l’a même écrit noir sur blanc pour expliquer ses résultats. Mais pour Olivier Picot, les entreprises n’ont pas toutes le même profil. “Celles qui sont sur le coeur du marché laitier, comme Sodiaal ou Lactalis, vont bien quand les prix sont élevés, parce qu’ils sont compétitives en matière de savoir-faire sur le marché mondial. Celles qui proposent des produits de consommation sur le marché intérieur vont bien quand les prix sont bas. Et se maintiennent à la condition qu’elles puissent passer passer des hausses à la distribution quand les prix remontent, ce qui n'est pas acquis ”.

Compte tenu du poids de la production et de l’industrie laitière française, toute variation de prix a des conséquences financières gigantesques. “Quatre centimes de hausse, ca ne représenterait rien pour le consommateur, dit-on, ce qui n’est pas du tout sûr. Mais sur l’ensemble du volume, ca représente 1 milliard d’euros, un montant bien supérieur à l’ensemble des bénéfices de l’industrie laitière”. La crise n’est probablement pas finie, d’autant que le calendrier ne va pas apaiser les tensions, entre la loi Sapin en discussion à l’Assemblée nationale en septembre, les négociations commerciales 2017 en fin d’année et la campagne présidentielle, qui battra son plein l’an prochain… Or, d’ici là, il y a peu de chances que les prix du lait aient atteint des sommets.  


 

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