Les industriels innovent malin po ur aider à consommer mieux

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En amont du Sial, LSA a organisé une table ronde sur le thème de l'innovation et du prix. Si la crise n'a pas freiné les innovations, elle a modifié les attentes des consommateurs - donc les réponses des industriels - vers des produits plus malins.

L'innovation en période de crise ne rime pas forcément avec crise de l'innovation, loin s'en faut ! C'est ce constat rassurant qu'ont dressé, le 5 septembre, Valérie Lobry-Granger, directrice générale de la division agriculture et alimentation de Comexposium qui gère le salon Sial, Xavier Terlet, président du cabinet XTC, Benoît Landier, responsable sourcing et PME, et Daniel Sberna adhérent responsable sourcing et PME, tous deux chez Intermarché, à l'occasion d'une table ronde organisée par LSA. « L'année 2012 est un excellent cru : malgré la crise, nous avons reçu encore plus de dossiers de nouveautés cette année, et il a été difficile de rester dans notre quota de 400 produits sélectionnés pour notre événement Sial Innovation », confie Valérie Lobry-Granger.

 

De nouvelles attentes des consommateurs

Mais si, comme le note Xavier Terlet, « la France, les États-Unis et le Royaume-Uni restent traditionnellement très novateurs, on voit apparaître des nouveautés remarquables issues d'autres pays comme la Turquie, la Chine ou Israël ». Un effet positif de la mondialisation ? « En alimentaire, la mondialisation est plus difficile, car chaque pays a une culture alimentaire différente, pondère Xavier Terlet. En revanche, elle apporte une ouverture d'esprit qui stimule l'innovation. On voit aujourd'hui, par exemple, du wasabi sur des chips ! » Preuve que, même en période de morosité économique, la créativité et l'audace sont toujours de mise. Pour autant, la crise a modifié en partie les attentes des consommateurs. Selon une étude de TNS Sofres pour le Sial, on voit pointer des attentes fortes en matière de transparence, de naturalité et de développement durable. « Mais la réponse des industriels, qui passe essentiellement par le bio, est en décalage avec les problématiques de pouvoir d'achat », note Valérie Lobry-Granger. « Pour eux, le respect de la nature passe aussi par la simplicité des ingrédients, de la recette ou l'utilisation de produits de saison », renchérit Xavier Terlet. Autre malentendu grandissant : la praticité. « Les industriels répondent encore trop souvent rapidité de consommation et nomadisme. Mais voyez-vous, en France, beaucoup de personnes manger dans la rue ? Ce que les consommateurs veulent, eux, c'est des produits plus faciles à manipuler », ajoute-t-il.

 

Une mise en avant parfois timide

Reste à savoir si les industriels poursuivront leurs efforts d'innovation si la crise s'enlise. « Les entreprises qui ont freiné leurs investissements du fait de la crise sont celles qui n'ont pas de culture d'innovation, tranche Daniel Sberna. Les autres continuent d'innover. On voit cependant un peu moins d'innovations " gadgets " car ce type de nouveautés n'a pas de succès auprès des consommateurs. » De quoi, alors, faire émerger les vraies innovations de rupture ? « Il faut aussi que les points de vente mettent davantage en avant ces innovations. La chaîne est parfois à améliorer, notamment sur les délais : entre le moment où un acheteur valide une nouveauté et celui où elle est présente en rayon, il peut s'écouler jusqu'à six mois », reconnaît Daniel Sberna. Et les consommateurs ont intérêt à la repérer rapidement : « Souvent, une nouveauté n'est bien exposée qu'un mois en rayon. Chez Intermarché, nous lui laissons automatiquement une chance de trois mois », explique Benoît Landier, responsable sourcing et PME chez Intermarché. Encore faut-il également que le nouveau produit soit positionné au bon prix. « On peut innover en étant moins cher, par exemple en jouant sur des formats plus adaptés ou des conditionnements malins », assure Xavier Terlet. Les MDD peuvent aussi être une bonne alternative : « Grâce aux frais de marketing moindres, nous pouvons proposer des innovations de 20 à 30 % moins chères en marque propre », rappelle ainsi Daniel Sberna. Pas question pour autant de casser les prix avec des promotions trop agressives : « Apposer une remise de 50 % sur une innovation dès sa sortie, cela revient à la tuer, martèle Daniel Sberna. Chez Intermarché, nous avons ainsi des pages dans nos prospectus réservées aux nouveautés sans pour autant casser les prix. » L'important étant de proposer un bon produit à un bon prix !

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Article extrait
du magazine N° 2242

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