Les industriels misent sur les « appareils intelligents »

Distancé sur le plan technologique par les produits bruns et la téléphonie, l'électroménager s'est dévalorisé aux yeux des consommateurs. Pour reprendre l'offensive, les industriels s'allient aux géants de l'informatique. Comme vient de le faire Electrolux avec Toshiba.

«Pourquoi la maison de l'avenir devrait-elle être une copie du passé ? » Cette phrase du PDG d'Electrolux, Michael Treschow, prononcée lors de la présentation de son réfrigérateur multimédia Screenfridge, résume la prise de conscience des industriels de l'électroménager. Distancés depuis le début des années 80 par les produits bruns, puis la micro-informatique et la téléphonie, les produits blancs accusent un retard important sur le plan technologique. Hormis un design actualisé, les réfrigérateurs n'ont pas proposé de fonction révolutionnaire depuis cinquante ans. Résultat : le consommateur attend la panne pour renouveler son équipement.

Dans ce contexte, l'alliance annoncée la semaine dernière entre le leader mondial de l'électroménager, Electrolux, et le champion de l'informatique mobile, Toshiba, a fait l'effet d'un électrochoc. Le groupe suédois (86,7 milliards de francs de chiffre d'affaires) a certes déjà développé un prototype de robot aspirateur, avant de présenter en février son Screenfridge, véritable réfrigérateur de demain mis au point avec ICL. Mais, cette fois, il passe la vitesse supérieure. En s'alliant avec Toshiba, le géant japonais des composants électroniques, Electrolux va accélérer la commercialisation d'une nouvelle génération d'appareils révolutionnaires : connectés à Internet, dotés d'écrans, de lecteurs optiques et de caméras vidéo.

Encore à l'état de prototype, le Screenfridge de la marque suédoise gère les stocks, prépare la liste de courses et transmet les commandes par Internet. Il sert aussi d'agenda électronique pour les factures en attente et l'emploi du temps des enfants, voire de messagerie vidéo. On oublierait presque sa fonction première : la conservation des aliments.

Les appareils doivent faire rêver

C'est à ce prix que les appareils électroménagers se déferont de leur statut purement utilitaire. Electrolux et Toshiba ne sont pas les seuls à faire ce pari. Conscients des enjeux, les industriels japonais comme Matsushita, américains comme Whirlpool, européens comme Merloni ou Philips développent eux aussi des appareils capables de communiquer entre eux et de se connecter à Internet.

Le nouveau four Whirlpool peut ainsi être commandé à distance et sait exécuter une recette trouvée sur le Web. Le groupe italien Merloni (marques Ariston, Indesit, Scholtès) propose aussi une utilisation avant-gardiste de ses appareils, grâce à son Home Smart Monitor mis au point avec Sun. Il a déjà investi plus de 100 millions de francs dans cette technologie et un budget supplémentaire de 204 millions est engagé.

Micro-ordinateur à écran tactile interactif et multimédia, le Home Smart Monitor communique avec tous les appareils de la maison pour optimiser leur consommation. De plus, il autorise une téléassistance et un télédiagnostic en cas de panne via une connexion à Internet. Intégré au four, le Home Smart Monitor offre, à la demande, les fonctions d'un PC multimédia, d'une radio et d'une télé.

Au moment où le multiéquipement se généralise en télévision comme en PC, ce type d'appareils permettra à l'électroménager de soutenir la concurrence avec les produits bruns et la micro-informatique. Mais, à moyen terme, cette mise à niveau technologique entraînera un effacement des frontières entre les différentes familles de biens d'équipements de la maison appelées à converger au fur et à mesure du développement de la domotique. Fonctionnant en réseau et commandés à distance, tous les appareils de la maison se mettront au service de l'occupant pour alléger les tâches ménagères et développer les loisirs à partir de la maison.

L'électroménager, bientôt un service en ligne ?

À l'horizon 2010 ou 2015, l'électroménager pourrait même devenir un service en ligne comme un autre. « Les industriels n'auront qu'à intégrer un système Windows CE à leur lave-linge pour l'accès à Internet, une carte réseau et un lecteur de carte à puce pour proposer au consommateur de payer son appareil au lavage », explique François Druel de Business Village, fournisseur d'accès à Internet et filiale de Paribas.

Cette vision futuriste remet en cause la chaîne de distribution et le statut des appareils électroménagers. Fournis directement par les industriels, livrés par des spécialistes de la logistique, ceux-ci ne seront plus dans ce contexte des biens d'équipement de la maison mais de simples vecteurs de services. On s'abonnera à un service de lave-linge comme aux chaînes de télévision à péage. Une hypothèse qui commence à poindre et risque de bouleverser le marché.

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Article extrait
du magazine N° 1633

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