Les jeunes salariés en quête de valeurs

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FOCUSLes jeunes collaborateurs ayant trois à cinq ans d'expérience professionnelle n'hésitent pas à changer d'entreprise pour progresser, à condition qu'elle véhicule des valeurs dans lesquelles ils se reconnaissent. Une enquête Euro RSCG-TNS Sofres dresse le portrait de cette nouvelle génération.

Voilà à peine deux ou trois ans qu'ils sont dans l'entreprise, et l'envie d'aller voir ailleurs les démange déjà ! Impatients, opportunistes, quel que soit leur niveau d'études, les jeunes sont prêts à zapper d'un emploi à l'autre pour pousser leur carrière. Au grand dam des responsables des ressources humaines qui peinent à trouver la recette pour les retenir... À l'heure où leurs aînés - les baby-boomers - s'apprêtent à quitter massivement le monde du travail, la fidélisation de la génération montante devient un réel défi pour les entreprises.

Toutefois, que ceux qui doutaient de leur attachement au travail se rassurent. La récente enquête réalisée par Euro RSCG-TNS Sofres montre que les jeunes en poste depuis trois à cinq ans aiment leur travail, le trouvent intéressant, sont satisfaits de l'ambiance qui règne au bureau, et entretiennent de bons rapports avec leur responsable hiérarchique direct.

Plus engagés que la moyenne

L'étude met en lumière des collaborateurs particulièrement impliqués : leur indice d'engagement calculé par TNS atteint 49 pour ces jeunes confirmés, contre 43 pour la moyenne des salariés. Si la rémunération n'est pas le principal critère d'implication, ils se disent toutefois prêts à travailler plus pour gagner plus. Pour ceux que l'on classe sous les appellations tantôt « génération Y », tantôt « www. génération », ou parfois, plus péjorativement, « génération 35 heures », le besoin de progression salariale prend finalement le pas sur l'équilibre vie professionnelle-vie privée. En témoigne le récent accord d'entreprise soumis à référendum chez The Phone House, où la moyenne d'âge est de 27 ans (24 ans en boutiques) : ce texte, qui institue un forfait annuel de 217 jours pour les cadres et permet de renoncer à des RTT moyennant une majoration de 25 %, a été approuvé à l'unanimité ! « C'est une génération qui exprime plus ses attentes. Les jeunes qui entrent aujourd'hui dans l'entreprise sont sans doute moins dociles que leurs aînés, mais ils sont très investis quand ils sont considérés », confirme Claire Komisarow, directeur du recrutement et développement RH du Printemps.

Toutefois, la lune de miel est de courte durée. Après deux à trois ans passés dans la même société, l'enthousiasme s'effiloche. Car s'ils n'ont pas peur de s'engager, les juniors attendent, en échange, que leur employeur leur permette de progresser rapidement. Or, c'est là que le bât blesse : 86 % se disent être prêts à évoluer au sein de l'entreprise, mais... 64 % considèrent que celle-ci ne leur offre pas la possibilité de le faire. Pire, 67 % déclarent que leur DRH ne témoigne pas d'intérêt pour leur évolution, 43 % n'ont pas d'entretien régulier avec leur manager, et, sur les 43 % qui ont eu un rendez-vous avec les RH, plus de la moitié estiment que cela « ne leur a pas beaucoup apporté »...

Entre individualisme et pragmatisme

« S'ils ont une obsession de progression, ce n'est pas parce qu'ils sont arrivistes, mais pour développer leur employabilité : ils ont conscience que le monde professionnel bouge, que les métiers évoluent, que les entreprises se restructurent, et que les compétences se développent en permanence », souligne Jean-Marie Besse, associé chez Euro RSCG. Normal, remarque Olivier Galland, sociologue, directeur de recherche au CNRS : « On a encouragé la mobilité des jeunes ; aujourd'hui, ils ont intégré le marché. Quand la conjoncture est bonne, il est normal qu'ils en profitent et saisissent les opportunités. »

Si ces jeunes ont la bougeotte, c'est parce qu'ils sont soucieux de leur avenir. Conscients de la guerre des talents à laquelle les recruteurs se livrent, ils ont les yeux rivés sur les « job boards », et n'hésitent pas à partir dès qu'ils ont le sentiment que leur avenir s'obscurcit. « Cette génération ne supporte pas l'ennui. Ces jeunes ont l'habitude de vivre intensément sur le plan personnel, et attendent la même chose dans le cadre professionnel. Or, on peut rester dans un poste et ne pas s'ennuyer. C'est à l'entreprise de leur donner les sensations qu'ils attendent, pour qu'ils aient plaisir à y rester et à progresser », reconnaît Claire Komisarow.

En effet, l'engagement de la génération « Y » ne repose pas seulement sur des perspectives d'évolution attractives. Si la rémunération, la formation, l'ambiance de travail font, pour eux, partie du « contrat de base », l'étude réalisée par Euro RSCG et TNS Sofres met en lumière l'importance des valeurs de l'entreprise pour créer un engagement durable. « Alors que cette génération est souvent décrite comme individualiste, on s'aperçoit que ce sont des éléments de nature collective - le comportement de l'entreprise vis-à-vis de l'ensemble des salariés - qu'elle met en avant. Elle a compris que le collectif était protecteur », note Jean-Marie Besse. Individualistes, les jeunes salariés sont donc aussi des pragmatiques !

Se montrer exemplaire

Particulièrement sensibles aux questions relevant de la responsabilité sociale de leur entreprise, le besoin de cohérence entre les valeurs affichées et les comportements est essentiel pour la jeune génération. Là, le jugement est sans appel : 49 % des jeunes interrogés estiment que leur entreprise n'est pas attentive à ses salariés, et 37 % jugent qu'elle ne leur apporte pas des valeurs dans lesquelles ils peuvent se reconnaître.

Les entreprises ont du pain sur la planche. À elles de proposer un nouveau pacte social. Pour être compétitives, toutes vont devoir réfléchir à leur marque employeur (LSA n° 2056), rapprocher les valeurs de l'entreprise et celles de leurs jeunes collaborateurs. Surtout, elles devront se montrer exemplaires...

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Article extrait
du magazine N° 2060

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