Les libraires ne veulent pas rater le virage du livre numérique

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Les distributeurs se mobilisent pour une action commune et rapide en vue de préparer le développement du livre numérique en France. Les pouvoirs publics et les éditeurs préconisent la prudence.

- Une offre légale attractive - La création d'une interface unique (hub) interprofessionnelle - Le prix unique appliqué au numérique - Un taux de TVA réduit à 5,5 %

Preuve de l'importance ce de l'enjeu, les patrons des enseignes de loisirs culturels étaient tous présents à la conférence de presse organisée, le 13 janvier, sur le livre numérique par le Syndicat des distributeurs de loisirs culturels (SDLC) et le Syndicat de la librairie française (SLF), qui représentent 70 % de la vente de livres en 2009. À la veille du démarrage du marché du livre numérique en France, il devient urgent de structurer ce marché, embryonnaire (moins de 1 % des ventes de livres) mais prometteur. D'autant que les annonces de lancements d'e-readers se multiplient.

Miser sur l'atout prix

« Nous en aurons une dizaine en rayons à la fin de l'année », s'emballe Christophe Cuvillier, PDG de la Fnac. Aux États-Unis, le marché est passé de 0,6 % des ventes en valeur à 2,4 % au premier trimestre 2009, et continue de progresser. Outre-Rhin, libraires et éditeurs ont créé une plateforme commune qui permet de consulter en ligne plus de 100 000 ouvrages de 1 000 éditeurs. Or, en France, aucun modèle n'a été défini et l'offre, atomisée entre plusieurs plateformes, reste modeste. Celle de Hachette Numilog, premier distributeur et diffuseur de livres numériques, compte 58 000 références de catalogues de différents éditeurs, loin des 300 000 références de la chaîne de librairies américaine Barnes et Noble.

« Aujourd'hui, nous sommes obligés de nous interconnecter à toutes ces plateformes à l'offre limitée. Cela représente des contraintes et des coûts élevés », déplore Guillaume Decitre, PDG de l'enseigne éponyme. Face au volontarisme des géants américains Amazon, qui commercialise aux États-Unis toutes les nouveautés au format numérique au prix unique de 9,99 $, et Google, qui prévoit de lancer une plateforme d'accès payant à l'automne, les distributeurs s'inquiètent de cette guerre des éditeurs français. Ils les pressent de lancer une offre large d'ouvrages numérisés à des prix 25 à 30 % moins chers que ceux des livres imprimés et aux systèmes de lecture interopérables.

Pour pallier l'absence de coordination entre les plateformes des éditeurs, les distributeurs proposent de créer un hub qui agrégerait les fichiers des éditeurs pour les mettre à disposition des cyberlibraires dans le cadre d'une gouvernance paritaire. « La rétention des droits par les éditeurs crée de la piraterie. Elle a été fatale à l'industrie de la musique, qui a perdu 53 % de sa valeur entre 2002 et 2008 », s'énerve Jean-Noël Reinhardt, PDG de Virgin Megastore France. « Cela paraît compliqué à mettre en place, commente un éditeur. On ne sait pas si le marché des e-readers va démarrer ni en combien de temps. Il n'y a pas de chiffres de ventes. On spécule sur l'idée que les consommateurs peuvent acheter du contenu numérique. Or, pourquoi le feraient-ils, compte tenu du prix d'un fichier taxé à 19,6 % ? »

Une période d'observation

L'extension du taux de TVA à 5 % et du prix unique a été réclamée par les distributeurs. « Il y a un risque de voir le marché préempté par quelques acteurs, comme aux États-Unis. Nous appelons les pouvoirs publics à faire preuve de courage politique », assène Christophe Cuvillier. Là encore, la prudence domine. Sondée par le ministre de la Culture, l'Autorité de la concurrence recommande une période d'observation de deux ans, durant laquelle les différents modèles pourraient cohabiter (fixation des prix par le détaillant ou l'éditeur, système technique ouvert ou fermé) et être mise à profit par les acteurs pour innover et tester le marché. Un attentisme qui risque de profiter aux opérateurs américains.

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Article extrait
du magazine N° 2120

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