Les marges de la distribution font toujours débat

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L'Observatoire des prix et des marges vient de remettre un énorme rapport qui révèle notamment les marges de la distribution sur des produits alimentaires. Reste à savoir à quoi... ou à qui il va vraiment servir, dans le débat sur la répartition de la valeur ajoutée au sein de la filière.

L'Observatoire des prix et des marges vient de publier un énorme et excellent rapport de 400 pages sur la répartition des chiffres d'affaires et des marges sur des produits alimentaires entre la production, l'industrie et la grande distribution. Un joli travail d'experts, présidés par l'économiste Philippe Chalmin, qui a commencé son oeuvre sous le gouvernement précédent. Et qui n'a pas à rosir du travail effectué, malgré l'alternance. Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture, a d'ailleurs salué, lors de la remise du rapport, « l'enthousiasme et la verve » du président Chalmin, qui seraient communicatifs.

Mais à quoi un tel pavé va-t-il être utile ? Il pourrait bien servir, pour des acteurs antagonistes par nature au sein de la filière, comme le lampadaire pour un titubant, à le soutenir plus qu'à l'éclairer. Car la formation des prix sur un produit a ceci de constant qu'elle résulte d'une complexité extrême, selon les aliments, les lieux de vente, les péréquations, les morceaux de viande. Ainsi, la valeur ajoutée du boeuf est plus forte en amont - les producteurs - qu'en aval - la distribution, mais c'est l'inverse pour le porc. Et sur le jambon blanc, plébiscité par les consommateurs pour sa praticité, toute la filière semble dégager des marges, mais au détriment du prix au consommateur !

 

Des discussions afin de pouvoir « jouer collectif »

Les deux ministres, Stéphane Le Foll pour l'Agriculture, et Guillaume Garot, délégué à l'Agroalimentaire, ont en tous les cas leur petite idée sur l'utilisation qu'ils vont en faire. Le 21 novembre, ils devaient réunir Xavier Beulin, Jean-René Buisson, Jacques Creyssel, respectivement patrons de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la distribution, ainsi que des patrons d'enseignes et de filières sur le sujet douloureux des relations commerciales, alors que s'ouvrent les négociations. « Tout l'enjeu est d'arriver à mettre en place, entre les producteurs, l'agroalimentaire et la distribution, les discussions qui permettront de jouer collectif, a indiqué Stéphane Le Foll. On ne peut pas continuer à faire son propre beurre, l'un au détriment de l'autre. Cet outil est précieux. » À ses côtés, Guillaume Garot, ministre délégué à l'Agroalimentaire, a ajouté qu'il « ne serait pas question seulement lors de cette réunion de parler du partage de la valeur ajoutée, mais aussi de créer de la valeur permettant une juste rémunération de la valeur ajoutée de chacun. Il faut des marges suffisantes pour investir, créer, innover ». Rien de trop méchant, pas même à l'endroit de la distribution, couramment pointée du doigt pour les marges qu'elle réalise.

 

Ces coûts de personnel qui font la différence

Il faut dire que la distribution a joué de transparence en fournissant ses marges sur certains produits en rayon. « C'est un travail titanesque, nous devons réaffecter des coûts, comme les caissières ou le parking, sur la vente d'un yaourt, ce qui n'est pas habituel », soulignait récemment le délégué général de la FCD, Jacques Creyssel. Un des experts de l'Observatoire a même indiqué que la méthode avait été mise au point avec l'aide des analystes financiers de KPMG pour définir une structure homogène dans les groupes intégrés. Et pour les indépendants, il a fallu s'appuyer sur un échantillon de magasins !

Reste que, désormais, des chiffres existent. Ils démontrent surtout que, si les marges brutes des distributeurs apparaissent importantes, les marges nettes peuvent être positives dans certains cas (charcuterie, volaille), mais négatives ou nulles dans d'autres (fruits et légumes, viande). Et que, là où la vente nécessite du personnel - notamment au rayon boucherie-charcuterie - les coûts induits affectent très fortement la marge, ce qui n'est pas le cas dans le libre-service.

Interrogé, pour ne pas dire « cuisiné » par les journalistes afin de savoir si ces marges lui paraissaient abusives, Philippe Chalmin n'a pas voulu entrer dans le jeu du politique ou des lobbys. « On adore toujours dire qu'il y a des coupables qui s'en mettent plein les poches. À l'évidence, c'est plus compliqué. Nous avons même découvert que la distribution perdait de l'argent sur les produits laitiers en MDD, sans vraiment s'en rendre compte. Et le commerce, c'est la péréquation, on ne peut pas l'ignorer. » Certes, les ministres étaient partis quand il a tenu ces propos, mais il est tout de même resté vaillant...

 

La production agricole, maillon faible

Autre exercice innovant auquels se sont exercés les experts, la répartition du chiffre d'affaires au sein de la filière pour 100 € dépensés en alimentaire (voir graphique ci-dessous). Une approche selon une méthodologie américaine, est-il précisé. Deux chiffres très importants sautent aux yeux. D'une part, environ 20% du chiffre d'affaires viennent de produits importés, qui échappent donc à l'industrie alimentaire et à la production française. D'autre part, le fait que le commerce capte environ 20% du même billet de 100 €, contre 11% pour l'industrie et 7,6% pour la production agricole. Sans oublier le fisc. Près de 10%, soit plus que la production agricole ! En ces temps d'inflation fiscale sur les produits alimentaires pour raison comportementale, voilà une donnée à laquelle les ministres devront peut-être être sensibilisés...

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Article extrait
du magazine N° 2252

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