Les matières premières, enjeu écologique capital

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Dossier En hygiène-papier, c'est aux fabricants d'agir pour la planète. Les processus industriels sont auscultés, mais également les matières premières, enjeux clés dans le bilan carbone des produits.

 VALÉRIE POUILLAT, DÉLÉGUÉE GÉNÉRALE DE GROUP'HYGIÈNE*
VALÉRIE POUILLAT, DÉLÉGUÉE GÉNÉRALE DE GROUP'HYGIÈNE*© DR

S'il est un domaine où nous sommes tous égaux, c'est bien l'hygiène-papier. Papier toilette ou couche-culotte, nous les utilisons tous - à quelques légères variantes près - de la même façon. Pour une fois, en dehors de la problématique des couches lavables, le consommateur ne maîtrise pas son impact écologique. Sitôt utilisés, les produits terminent tous à la poubelle. Et il existe rarement d'autres choix. C'est alors aux industriels qu'incombe la tâche de protéger la planète.

 

Prise de conscience

Longtemps montrée du doigt, l'industrie papetière fut pourtant, en France, la première à prendre conscience, en 1972, de son impact sur l'environnement. Et à s'astreindre, avec les pouvoirs publics, à un engagement de réduction des déchets. À titre d'exemple, la consommation d'eau pour la fabrication d'une tonne de pâte à papier est passée de 100 m3 en 1970 à 57 m3 en 1976, et était à moins de 20 m3 en 2005, selon un rapport gouvernemental. Exemplaire ? Si les ONG l'y ont souvent aidé, en dénonçant ses dérives, la prise de conscience écologique du secteur a été bien réelle. À beaucoup de niveaux. « Pour le papier hygiénique, la fabrication constitue 80% des rejets de CO2 », constate Emmanuelle Morin, responsable développement durable chez SCA France. Alors les industriels travaillent toujours pour réduire leur impact environnemental en usine. SCA vise une réduction de 20% d'ici à 2020.

De son côté, Kimberly-Clark a été le premier indice du Dow Jones écoresponsable pendant cinq années consécutives dans les années 2000. Sensibilisation du personnel, amélioration des process, partenariats avec les associations : « L'engagement est quotidien », explique Maylis Galeano Do Amaral, responsable marketing pour les marques du groupe américain. Mais cela suffit-il ? Désormais, les fabricants doivent prendre un autre composant en considération : le bon choix de matières premières, plus écologiques. Vaste chantier. « L'hygiène-papier est un marché où on ne peut en aucun cas rogner sur la qualité », explique Isabelle Valibus, directrice générale France de Kimberly-Clark. Les compromis doivent être trouvés. Pour les couches (hygiène féminine ou pour bébé), le plus gros rejet se situe lors du transport et de la destruction des produits. Ainsi, deux stratégies distinctes voient le jour.

 

Utiliser du végétal

Une couche - qu'elle soit pour les bébés ou pour les dames - se modélise principalement en deux morceaux : une partie superabsorbante (la SAP) entouré d'une portion de papier (en cellulose). La SAP est surtout constituée de polymères de synthèse, sorties tout droit du pétrole et pas très bonnes pour le bilan carbone. Ainsi, la première stratégie consiste à diminuer la part de produits issus de la pétrochimie. Et de les remplacer par des matières végétales. C'est ce que fait Love et Green, par exemple. « Nous mettons deux fois plus de cellulose, et deux fois moins de SAP, explique Céline Couteau, cofondatrice de la marque. Mais nous refusons de descendre en dessous d'un certain seuil car, sinon, le produit baisse en performance. » Ainsi, lorsqu'on fait le bilan carbone à la fin de la vie du produit, on prend en compte le fait que les matières premières végétales ont absorbé du CO2 - car une plante consomme du dioxyde de carbone pour grandir. Ainsi, lors de la destruction du produit - lorsque les déchets sont brûlés -, le CO2 rejeté n'est pas facturé dans le bilan écologique. Donc, plus on met des matières végétales dans la couche, moins les déchets en rejettent au bout du compte.

 

Moins de cellulose

De l'autre côté, les plus gros acteurs du marché optent pour une autre stratégie. Le but est de faire des SAP encore plus absorbantes. Donc de ne pas réduire cette portion du produit, mais de profiter du fait qu'elle retienne plus de liquide, pour diminuer la quantité de cellulose autour, devenue moins utile. « Le poids de la couche est réduit de 20 % » explique Emmanuelle Morin. Et aussi le volume. Ainsi, comme pour le secteur des lessives en 2011, on assiste à la compaction des couches avec davantage de produits par camion. « On diminue les transports. Et in fine, la quantité de Co2 émis », continue la responsable. Même si, pour cette deuxième solution, se posera ensuite, avec le pétrole, la question de l'épuisement des ressources des matières premières non renouvelables.

 

Protection des forêts

Pour ce qui est du papier hygiénique, la présence de substances pétrochimiques ne se pose pas. Mais les matières premières restent un enjeu de taille pour la planète. Malgré ses 4 milliards d'hectares de forêt estimés, on ne peut couper tout le bois que l'on souhaite. Et il convient de gérer durablement les espaces verts. Sur la terre, environ 400 millions d'hectares de forêts sont certifiés d'un des deux principaux labels : FSC et PEFC. « Les labels prennent en compte trois aspects : environnementaux, sociaux et économiques », décrit Julien Tavernier, chargé de projet Papier responsable pour WWF France. Les critères environnementaux s'attachent par exemple à limiter l'utilisation des pesticides ou des OGM. Les autres facteurs prennent en compte les populations locales ou visent à réglementer la replantation des arbres, pour laisser le temps aux terres de se régénérer. « Mais, à l'heure actuelle, FSC est le seul schéma de certification homogène sur la planète. Pour les autres, les certifications varient d'un pays à l'autre », concède le spécialiste. WWF a participé à sa mise en place, mais n'est pas organisme certificateur. La fondation peut cependant intervenir en tant que consultante avant la certification. Et aujourd'hui, en Europe, rares sont les marques qui utilisent de la pâte issue de forêts non certifiées.

 

Développer le recyclage

Mais la réelle tendance qui ne demande encore qu'à germer consiste à choisir une matière recyclée. « Encore trop peu développée en France », selon Julien Tavernier. Elles représenterait environ 50% des matières utilisées. Kimberly-Clark serait à 40% d'utilisation pour toutes ses marques. Selon la longueur de la fibre, le papier peut avoir jusqu'à cinq vies. Reste que, s'il n'allège pas le bilan carbone du produit seul - couches et papier toilette ne sont pas recyclés, mais détruits au bout du compte -, il améliore cependant l'empreinte écologique de toute l'industrie papetière. Cela consiste en un geste global, favorisant la réincarnation des magazines. Vieux journaux, papiers administratifs et autres cartons usagés ont tout intérêt à être réutilisés. À chaque nouvelle vie, ils ne libèrent pas le Co2 que les fibres ont engrangé dans leur enfance et font office de puits de gaz à effet de serres, qu'ils ne libèrent dans l'atmosphère qu'une fois incinérés. « Laissez r'cycler les p'tits papiers... »

50%

L'estimation, selon WWF, du pourcentage de papier recyclé utilisé en hygiène-papier 400 millions Le nombre d'hectares de forêts certifiées sur la planète

 

 

L'IMPORTANCE DE L'ÉDUCATION DU CONSOMMATEUR

Couche lavable ou couche jetable ? Quelles sont les plus écologiques ?

Dans une note technique parue en juillet 2012 et ressortant d'une étude britannique datant de 2008, l'Ademe soulève un point important : la question du comportement du consommateur et la nécessité de l'éduquer, afin que l'avantage écologique soit entier dans le cas des couches lavables. Ces dernières diminuent considérablement le rejet de CO2 dans leur cycle de vie, car elles ne génèrent aucun déchet. Mais pour que le bénéfice écologique soit total, le comportement du consommateur est fondamental lors de l'utilisation du produit : notamment lors du lavage des couches. Une consommation excessive d'eau ou de lessive, une température trop élevée, pèsent très lourd dans un bilan écologique. L'Environnement Agency, qui a réalisé l'étude en 2008, indique ainsi que, sur deux ans et demi de consommation, qu'elles soient lavables ou jetables, les couches peuvent avoir un impact environnemental du même acabit. Car les couches lavables, si elles réduisent les déchets, peuvent perdre tout leur intérêt écolo dans de mauvaises conditions d'utilisation (eau à plus de 40 °C, séchoir automatique, etc.). D'où l'importance de l'éducation du consommateur.

 

VALÉRIE POUILLAT, DÉLÉGUÉE GÉNÉRALE DE GROUP'HYGIÈNE*

Affichage environnemental : « La lecture doit être pertinente pour le client »

LSA - Où en est le projet d'affichage environnemental en hygiène papier ?

Valérie Pouillat - Initié en 2008, le projet d'affichage environnemental vise, selon la loi Grenelle 1, à « donner aux consommateurs une information environnementale sincère objective et complète », sur les produits qu'ils désirent acheter. Group'Hygiène anime avec l'Ademe un groupe de travail dédié et deux référentiels produits ont été publiés : le papier-toilette et les couches bébé jetables. Deux grands axes de travail ressortent : la mesure des indicateurs écologiques, et la transmission de l'information aux consommateurs. Réunis autour de l'Ademe et de l'Afnor, des experts et toutes les parties prenantes déterminent les indicateurs environnementaux et les méthodologies associées. En parallèle, durant un an, a eu lieu une expérimentation au cours de laquelle les acteurs ont testé l'affichage sur les produits. Un retour d'expérience est effectué par le ministère de l'Écologie, qui devrait aboutir sur un rapport fourni au Parlement en janvier 2013.

LSA - Quelles sont les difficultés à surmonter ?

V. P. - Pour le moment, il n'y a eu aucune concertation entre les différents acteurs sur les modalités de transmission de l'information aux consommateurs. Le ministère de l'Écologie a décidé de dissocier les deux axes de travail. Lors de l'expérimentation, chacun a fait comme bon lui semblait. Si cela favorise la créativité, cet axe reste très obscur pour le moment. Or, il ne suffit pas de voir comment communiquer. Encore faut-il le faire sur un socle technique reconnu pour que la lecture en soit pertinente pour le consommateur.

* Organisation professionnelle du secteur de l'hygiène papier Affichage environnemental

 

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Article extrait
du magazine N° 2251

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