Franchise : les Mousquetaires cherchent des entrepreneurs "avec de l’appétence pour la valeur humaine"

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Olivia Soudais est présidente de l’Union des Mousquetaires, la structure qui s’occupe des hommes et femmes du groupement. "Notre mission est de les recruter, de les former et de les accompagner tout au long de leur vie de Mousquetaires" explique celle qui possède également deux Intermarché en région parisienne. A l’occasion de Franchise Expo, elle nous présente les objectifs de recrutement et les valeurs attendues auprès des candidats à l’entreprenariat auprès des différentes enseignes (Intermarché, Netto, Bricomarché, Bricorama, Roady, etc.).

Si la moitié des nouveaux adhérents sont issus de candidatures internes, l'autre moitié du recrutement se fait à l'extérieur du groupement. Avec des profils qui souvent n'ont rien à voir avec le commerce, mais qui sont attirés par l'indépendance et l'entrepreunariat.
Si la moitié des nouveaux adhérents sont issus de candidatures internes, l'autre moitié du recrutement se fait à l'extérieur du groupement. Avec des profils qui souvent n'ont rien à voir avec le commerce, mais qui sont attirés par l'indépendance et l'entrepreunariat.

LSA : Intermarché ou Bricomarché, pour ne citer qu’eux, gagnent du terrain sur la concurrence. Est ce un atout pour recruter de nouveaux franchisés ?
Olivia Soudais : Ces gains sont la conséquence de notre travail. Et cela permet de donner confiance à de futurs entrepreneurs. Mais c’est avant tout la résultante de notre agilité pendant la période. Nous avons les nouveaux concepts qui plaisent et qui fonctionnent comme Pop (pour Netto) et Fabmag (pour Intermarché). Même en matière de bricolage nous avons aussi des concept à taille humaine. Nous incarnons bien cette notion de proximité, et c’est ce que les gens cherchent aujourd’hui. Et ce qui séduit réellement les candidats, c’est pourquoi nous en sommes arrivés là ! Si nous avons réussi à traverser cette crise du Covid, c’est notamment car notre fonctionnement, l’indépendance, a permis de le faire et de prendre des décisions rapides. C’est aussi ce qui attire.

Dans quelle mesure la période du Covid a motivé encore plus de personnes a devenir leur propre patron ?
Il est encore difficile de savoir si, sur le nombre de personnes que nous voyons sur le salon, il y a une partie de rattrapage après les confinements etc. (le salon avait du être annulé l’an dernier, NDLR) ou s’il y a vraiment plus de matérialisation de projets. Mais ce qui est sur, c’est que la période Covid a été un accélérateur. Les gens se disent plus facilement aujourd’hui qu’ils veulent être entrepreneurs. Et ce que nous voyons aussi, c’est que le parcours de recrutement s’est aujourd’hui beaucoup raccourci. Il y a une dizaine d’années, cela durait six mois en moyenne. Aujourd’hui, il est possible de le faire en moitié moins de temps.

Quel est le profil des franchisés que vous recherchez ?
Aujourd’hui nous avons plus de personnes qu’auparavant qui arrivent en solo au démarrage de leur projet. Et souvent, le deuxième membre du couple rejoint l’aventure en route. Ce que nous cherchons, ce sont des personnes qui ont l’envie d’entreprendre, la capacité de prendre des risques et de les assumer. Il faut aussi de l’appétence pour la valeur humaine. Ces critères sont incontournables. Tout comme il faut être en adéquation avec les valeurs d’indépendance et d’interdépendance du groupement. Quelqu’un qui ne se projette pas dans la vie du groupement n’y trouverait pas de plaisir. Ni les solutions lorsque les choses ne vont pas.

Ce que nous disons aux postulants qui sont en voie de prendre les commandes d’un magasin, c’est de se mettre en tête qu’ils ne doivent pas être essentiels à son fonctionnement . Il faut mettre son équipe en place, et la concevoir pour faire tourner le magasin. Faire son travail de pilote, pour pouvoir s’investir et faire un tiers temps. Il ne faut pas être un opérationnel pur. Aujourd’hui, environ la moitié de nos candidats vient de l’interne, avec les adhérents comme ambassadeurs : ce sont des familles d’adhérents, des recommandations, des employés de magasin ou de l’amont. Et l’autre moitié n’a pas de lien avec le commerce. Cela peut être des DRH, des personnes issues du secteur de la banque, etc.


Olivia Soudais, présidente de l'Union des Mousquetaires

Quels sont vos objectifs de recrutement ?
Sur une période de 18 mois, pour prendre en compte le ralentissement lié au Covid, nous avons recruté 235 adhérents. Notre objectif pour l’année prochaine est de recruter 70 adhérents pour Intermarché, 20 pour Netto, 10 pour Roady et une quarantaine pour l’équipement de la maison (enseignes Bricomarché, Brico Cash ou Bricorama). Pour l’équipement de la maison, les candidats choisissent l’enseigne au dernier moment, après leur formation. Ces objectifs répondent aux besoins de renouvellement, entre les adhérents qui quittent les Mousquetaires, ceux qui vendent pour racheter un point de vente, et les création de points de vente. Par exemple pour notre concept de discount plaisir Netto, nous avons identifié beaucoup d’emplacements. Aujourd’hui nous observons que les adhérents agissent comme de vrais chefs d’entreprises multienseignes, présent sur plusieurs métiers différentes. Alors qu’auparavant nous avions surtout des personnes intéressée par une seul métier : soit l’alimentaire, soit le bricolage, etc.

Quel apport est nécessaire ?
Il faut compter au minimum 175 000 euros pour un Intermarché, avec une moyenne autour de 400 000 euros. Chez Netto, le palier est à 90 000 euros. Pour l’équipement de la maison il faut tabler sur 100 000 euros minimum, et 200 000 euros pour Brico Cash car cela nécessite beaucoup de trésorerie. Pour l’enseigne Roady, c’est 75 000 euros.

Comment se déroule le cursus de recrutement ?
Il y a cinq étapes à suivre, pour une durée moyenne de six mois. Mais cela peut aller plus vite si en amont le projet est déjà bien ficelé. La première étape, c’est un rendez vous pour évaluer le profil de la personne intéressé,  savoir si elle sera en mesure d’être un chef d’entreprise, et d’endosser les responsabilités. Ensuite, il y a un stage en point de vente. C’est de la découverte, pendant trois jours. Cela peut se faire par exemple chez Intermarché puis chez Bricomarché, pour ceux qui hésitent sur leur enseigne. C’est pour commencer à se projeter sur ce que sera sa vie en tant que chef d’entreprise, et montrer la réalité du travail, et non sa version idéalisée.

La troisième étape, c’est une journée d’information ou nous expliquons le fonctionnement des choses, donnons des indications sur comment monter un budget, etc. C’est suivi par une deuxième entretien, ou le candidat sera challengé pour lui demander ce qu’il a retenu, et pour voir si les codes du groupement lui correspondent. Enfin, la cinquième et dernière étape, c’est l’agrément, la validation finale. Une fois agréée, la personne peut se positionner sur un point de vente.

Quels moyens mettez vous en place pour attirer des franchisés ?
Ici au salon de la franchise nous venons semer des graines. Sur notre stand il y a le hashtag #changerdevie. Et ce n’est pas lié au covid, car nous avions mis en place cette signature bien avant le Covid. Nous menons plusieurs actions pour recruter. En janvier, en plein confinement, nous avions organisé "la semaine pour changer de vie". C’était un rendez-vous sur internet, à l’heure de l’apéritif ou des adhérents prenaient la parole avec une journaliste, autour d'une thématique par jour : la mobilité, comment j’entreprends financièrement, comment je travaille avec les opérateurs locaux, etc. Les gens pouvaient poser des questions par chat et les adhérents répondaient en direct. C’était ouvert à tous et mis en ligne sur les réseaux sociaux, comme Linkedin par exemple.

Nous allons reproduire l’exercice. Et nous avons aussi créé un site plus expert, pour accompagner les créations d’entreprises, avec des conseils pour trouver son emprunt, et s’appuyer sur des experts. Il y a aussi eu les JCE, en région, autrement dit les journées de la création d’entreprise, ce sont des salons plus intimes, ou nous ciblons les entrepreneurs.

Comment résumer le positionnement des différentes entreprises du groupement ?
Nous sommes en proximité avec nos clients et nos équipes. Le chef d’entreprise est lui en proximité avec son maire par exemple. Et chez nous les candidats sont, au final, étonnés de se sentir autant en proximité avec leurs décisions, et d’avoir autant d’autonomie. Si ce qu’ils font est bien pour le point de vente, avec le partage c’est la garantie d’avoir une structure qui donne beaucoup à ses adhérents. Toutes nos actions sont tournées vers ce qui fait marcher nos entreprises individuelles. C’est le collectif au service des magasins.

Propos recueillis par Morgan Leclerc

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