Les moyens de paiement font leur révolution

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L'ÉVÉNEMENT DE LA SEMAINELa révolution du paiement sans contact est en marche en France. De grandes enseignes proposent de régler les petits achats en passant sa carte bancaire devant un terminal. Une technologie bientôt étendue au téléphone mobile. En parallèle, Auchan teste la biométrie. Une grande première en France.

carte de paiement
carte de paiement © Dr

DÉFINITION

Un paiement est sans contact quand le consommateur n'insère pas sa carte bancaire dans un terminal de règlement. À la place, il présente sa carte bancaire ou son téléphone mobile à proximité immédiate du terminal (quelques centimètres en général) et les informations relatives à la transaction sont échangées. Le paiement est pris en compte.

LES CHIFFRES

50 %

Le gain de temps lors du passage en caisse, grâce au paiement sans contact.

1000

Le nombre de points de vente Mousquetaires actuellement équipés en caisses sans contact.

2,5 millions

Le nombre de cartes Pass Mastercard Carrefour qui sontsans contact, sur 2,7 millions de cartes en circulation

100 %

Le taux d'hypers et de supermarchés carrefour qui seront équipés en caisses sans contact fin 2010.

Sources : Wincor Nixdorf, distributeurs

Payer ses courses en un seul geste, c'est possible. Les porteurs de cartes de paiement d'un millier de magasins Mousquetaires et de nombreux Carrefour n'ont plus besoin de code confidentiel ou de monnaie pour régler leurs petits achats. Il leur suffit, depuis quelques semaines, d'approcher leur carte du terminal de paiement. En une seconde chrono, une lumière verte s'affiche et un « bip » retentit, preuves que la transaction est enregistrée. Si l'opération reste facultative pour les clients, les distributeurs vont tout faire pour qu'ils répètent ce petit geste, qui fait gagner de précieuses secondes pour les paniers inférieurs à 20 ou 25 €, tout en éliminant le traitement lourd et coûteux de la petite monnaie.

LES ENJEUX

- Réduire le temps de passage en caisse

- Proposer un nouveau moyen de paiement au client sans le contraindre

- Réduire la part des paiements en espèces

- L'occasion pour les établissements financiers des distributeurs de recruter des clients

- Mieux fidéliser les clients

Après plusieurs « pilotes » depuis 2006, ce mode de paiement dit « sans contact » arrive enfin en caisse. Et si les enseignes font la promotion des cartes de paiement sans contact depuis quelques mois, elles cherchent avant tout à acclimater le consommateur à cette technologie. Car elles ont l'intention de l'étendre dès que possible à un support beaucoup plus prometteur pour le commerce : le téléphone mobile. Tout le monde garde également un oeil sur l'expérimentation que mène la Banque Accord sur le paiement par reconnaissance biométrique (lire ci-dessus).

 

Les magasins s'équipent

En attendant, les enseignes préparent le terrain pour diffuser le « sans-contact ». Première étape : installer des terminaux de paiement (TPE) adaptés en magasins. Chez les Mousquetaires, « plus de 1000 points de vente sont déjà équipés », confie Annick Bodin, adhérente en charge de l'informatique. « L'ensemble des caisses des hypers Carrefour proposent le sans-contact, révèle de son côté Frédéric Mazurier, directeur financier de S2P, la filiale bancaire du distributeur. Et, d'ici à la fin 2010, toutes les caisses " moins de 10 articles " des supermarchés le feront. Ainsi qu'une bonne partie des Carrefour City et Carrefour Contact. » La greffe prend aussi dans le non-alimentaire. « La Fnac équipera à terme tous ses magasins », prévoit Étienne Bertin, directeur des systèmes d'information.

La deuxième étape consiste à convaincre le client d'adopter la carte. Pas très compliqué pour certains distributeurs, qui comptent sur leurs propres établissements financiers. Les Mousquetaires incluent le service en série sur leurs cartes de paiement « depuis la mi-2009 », indique Annick Bodin. Même tempo pour les cartes Auchan/banque Accord. Le plus réactif a été Carrefour, qui commercialise des cartes Pass Mastercard de ce type depuis février 2009. Résultat, « sur 2,7 millions de nos cartes en circulation, 2,5 millions sont sans contact », dévoile Frédéric Mazurier. En parallèle, Carrefour n'a pas lésiné sur les avantages pour le client : caisse prioritaire, bonification additionnelle sur le programme de fidélité... Déjà, 20 % des porteurs auraient payé « au moins une fois sans composer de code, pour un montant moyen de 11 € », souligne Frédéric Mazurier.

 

«La fonction paiement sur mobile est apparue très pratique, mais relativement anxiogène pour les consommateurs. En revanche, ils voient un bénéfice fonctionnel immédiat et significatif pour la fidélité et le coupon»

Jérémie Vilain,responsable commission commerciale,LeCler


« Le mobile va permettre de dématérialiser l'ensemble des éléments composant le passage en caisse : l'utilisation des coupons, l'activation de la carte fidélité... Et aussi les divers modes de règlement : carte bancaire, avoirs, chèques cadeaux... »

Annick Bodin,adhérante en charge de la Stime, Mousquetaires


Polémique sur les commissions

Reste à régler la délicate question des commissions prélevées par les banques sur les micropaiements. Ces fameuses commissions qui ont, par exemple, torpillé le projet Moneo... La grande distribution, qui accepterait désormais la carte sans contact pour les petits montants, veut négocier des taux plus avantageux que ceux pratiqués par Visa ou Mastercard. « Pour une transaction de 2 €, il en coûterait aux alentours de 0,10 € au commerçant », alerte Marc Alaurent, responsable marketing de LaSer, le spécialiste de la fidélisation. Mais les transactions ont avancé. « Sur la tarification interbancaire de ce périmètre précis, Mastercard propose au commerçant un tarif réduit », assure Frédéric Mazurier.

Le business semble donc prêt à décoller. Pour les distributeurs et leurs établissements financiers, il peut rapporter double. D'abord, cette offre de service permet de « draguer » la clientèle des réseaux bancaires traditionnels. Intéressant, chaque transaction effectuée par un porteur de carte rapportant une commission à l'établissement émetteur... Surtout, les TPE sans contact préparent l'avenir : tous acceptent le paiement par téléphone mobile. Or, le smartphone est au coeur des stratégies multicanal des enseignes. « Quand le paiement sur mobile sera prêt, anticipe Annick Bodin, nous pourrons regrouper en une seule séquence dématérialisée les divers modes de paiement - avoirs, coupons ou chèques-cadeaux. »

Le téléphone mobile figurera justement au menu des directions générales des distributeurs en juin. Après deux ans de travail, les enseignes préparent le bilan d'un groupe de travail original baptisé « Ergosum » (Ergonomie des services sur mobile). Son but : plancher sur le fonctionnement de services mobiles sans contact dans le point de vente. La présence de tous les poids lourds de la distribution française (avec tous les acteurs de l'alimentaire et leurs services financiers, mais aussi Leroy Merlin ou Etam), aux côtés des trois opérateurs mobiles français, donne la mesure de l'enjeu. « Nous voulons que chaque enseigne puisse développer et faire cohabiter ses services sur mobiles », explique Jérémie Vilain, représentant de Leclerc auprès d'Ergosum. Autrement dit, les futurs services développés par chaque distributeur devront être suffisamment homogènes pour ne pas désorienter les clients, ou ne pas « buguer ». Ils devront aussi être interopérables, quel que soit l'opérateur téléphonique, dont les cartes SIM abriteront les applications « sans contact ».

 

Une technologie au point, mais un business model encore à définir

Avec un impératif : rassurer. Car si la fonction paiement sur mobile est apparue « très pratique » aux consommateurs qui l'ont testée, elle s'avère relativement anxiogène par rapport aux moyens de paiement sécurisés auxquels ils sont habitués. « En revanche, ils voient un bénéfice fonctionnel immédiat et significatif pour la fidélité et le coupon », relève Jérémie Vilain.

Mais si des enseignes prévoient de déployer le paiement sur mobile à l'horizon 2011-2012, il reste du travail. « Les standards technologiques sont quasi prêts, pas le business model, juge Marc Alaurent. Il se pose par exemple la question de savoir qui doit assumer le surcoût de la technologie sans contact dans le téléphone. » De plus, distributeurs et opérateurs mobiles ne sont pas encore d'accord sur le partage des informations consommateurs. « Ce sera du domaine du distributeur de fixer le positionnement du niveau de partage. S'il devait y en avoir... », tranche le directeur marketing de Système U, Guillaume Dumarché. Avant de convaincre le consommateur, il va falloir l'expliquer à Bouygues, Orange et SFR.

LA CARTE DE PAIEMENT SANS CONTACT

Le principe

Approcher sa carte à moins de 4 cm d'un terminal pour payer ses achats de moins de 25 €. En moins d'une seconde, un bip et une lumière verte confirment la transaction. La carte retrouve son usage traditionnel au-delà de 25 €.

Les inconvénients

- Peu de plus value par rapport à un paiement par carte bancaire classique.

- Des commissions interbancaires encore lourdes sur de petits montants.

Le déploiement

Montée en puissance progressive dès cette année, au rythme des équipements des magasins, alimentaires notamment, en terminaux de paiement sans contact. Les cartes de paiement cobrandées récentes de Carrefour, Auchan ou des Mousquetaires proposent déjà la fonction.

LE MOBILE SANS CONTACT

Le principe

Comme pour la carte sans contact, il suffit d'approcher son téléphone à moins de 4 cm d'un terminal pour payer ses achats de moins de 25 €. Un bip et une lumière verte confirment la transaction. Au-delà de 25 €, il faut saisir un code secret sur son téléphone.

Les inconvénients

- Un moyen de paiement qui effraie encore le consommateur.

- Un téléphone, ça se décharge.

- Un surcoût à prévoir pour l'achat d'un mobile « sans contact ».

- Quid de la protection des données privées ?

- Beaucoup de questions encore en suspens : où doit s'enregistrer le consommateur ?

Le déploiement

Les terminaux de paiement sans contact sont progressivement installés dans les enseignes. Le démarrage devrait avoir lieu entre 2011 et 2012. À condition que les smartphones équipés NFC (paiement sans contact) dans la carte Sim soient commercialisés...

LA RECONNAISSANCE BIOMÉTRIQUE

Le principe

Le consommateur enregistre ses données biométriques (réseau veineux du doigt)dans une banque, qui enregistre ces informations sur une carte bancaire. En magasin, le consommateur paye en posant son doigt sur un capteur, sans sortir la CB de son portefeuille. Celle-ci doit néanmoins se trouver dans un rayon de 1,50 m du terminal de paiement.

Les inconvénients

- Une technologie mal perçue en France.

- Une seule expérimentation en cours pour le commerce dans l'Hexagone.

- Le consommateur doit quand même avoir sa CB sur lui .

Le déploiement

Autorisé provisoirement pour un test de six mois dans des enseignes Auchan. L'expérimentation a débuté en février

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LSA - La Cnil vient d'autoriser une expérimentation de paiement sans contact par biométrie. Pourquoi ?

S. V.-T. - Nous sommes dans le cas de figure d'une biométrie beaucoup plus respectueuse du droit des personnes, par opposition aux empreintes digitales. Elle offre certaines garanties. En effet, les clients volontaires enregistrent le gabarit du réseau veineux de leur doigt dans une nouvelle carte bancaire. Ensuite, lors d'un achat en magasin, le porteur pourra s'authentifier à l'aide de son doigt au lieu de saisir un code secret. Or, nous considérons le réseau veineux comme une biométrie « sans traces », c'est-à-dire qu'elle ne peut pas être captée à l'insu de la personne. Dans ce cas de figure, les gabarits du réseau veineux sont en effet conservés sur un support individuel, la carte bancaire. Et les informations circulent dans un réseau sécurisé, entre la carte bancaire et le terminal de paiement, qui ne conserve pas les informations.

LSA - Le paiement biométrique est utilisé dans le commerce en Allemagne par exemple. Avez-vous eu d'autres demandes de ce genre, en France ?

S. V.-T. - Non, c'est la première fois que l'on nous demande une autorisation pour une application de paiement susceptible de concerner un très large public.

LSA - Quelle sera la suite ?

S. V.-T. - Nous avons donné notre accord pour que ce dispositif de paiement soit testé pendant six mois. Nous en ferons alors le bilan. Nous ignorons si la Banque Accord souhaitera prolonger au-delà

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14%


La part de smartphones vendus dans le monde en 2012 qui devraient être équipés de la technologie sans contact.

Source : Idate

25€


Le seuil maximum autorisé par les groupements de Cartes Bancaires pour un paiement sans contact par carte ou téléphone sans composer de code.

Source : Ergosum

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Article extrait
du magazine N° 2138

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