Marchés

Les mythes en question

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YVES PUGET EDITO
YVES PUGET EDITO© © laetitia duarte

Certains parlent de mythes. D’autres évoquent des a priori ou des fantasmes collectifs. Quoi qu’il en soit, les professionnels de la consommation subissent souvent l’assaut de ces idées reçues ou légendes. La dernière en date porte sur l’obsolescence programmée.

À en croire certains, les industriels piégeraient leurs produits afin qu’ils tombent en panne. À tel point que les députés ont jugé bon de faire une loi contre ce phénomène. Une preuve concrète existe-t-elle ? Absolument pas. Les arguments avancés sont-ils indiscutables ? Pas le moins du monde. Il s’agit juste de on-dit, de bruits qui courent et d’une confusion avec la baisse de qualité globale.

Malheureusement, ce cas n’est pas unique. C’est ainsi que les MDD sont forcément de moins bonne qualité que les marques nationales. Une idée qui a poussé, il y a quelques années, des ménagères à comparer le nombre de petits pois entre une boîte d’une marque nationale et celle d’une MDD. Et que dire de ceux qui clament que le carburant des hypermarchés serait indigne pour les moteurs rutilants de nos voitures.

D’autres encore martèlent que le commerce a été destructeur d’emplois. Négligeant de comptabiliser les emplois générés indirectement. La grande distribution serait aussi coupable de la désertification des centres-villes. N’est-ce pas plutôt les consommateurs qui ont préféré arpenter les allées des grandes surfaces en périphérie alors que les centres-villes ne se remettaient pas en question ? On entend aussi que les hypers ont tué l’industrie française. Mais les Danone, L’Oréal et Pernod-Ricard n’ont-ils pas profité de son essor ?!

 

 

Certains assurent aussi que les commerçants se goinfrent de marge. Ils ne savent probablement pas que, dans l’alimentaire, les marges nettes tournent aux alentours de 1,5% du chiffre d’affaires. Une autre assertion avance que manger n’a jamais été aussi mauvais pour la santé. Cette théorie s’appuie sur la « malbouffe » et met de côté le fait que la sécurité alimentaire n’a jamais été aussi bonne. Sans oublier ceux qui pensent que les distributeurs ne répercutent jamais les baisses de prix (1,7% de déflation en septembre) ou que les conditions sociales y sont exécrables, négligeant, au passage, de mentionner le rôle d’ascenseur social que joue la grande distribution.

Finalement, tous ces jugements à l’emporte-pièce ont toujours existé. Car, d’un côté, il y a ceux qui, par peur, se refusent au progrès. Ils criaient que monter dans un train risquait de détruire les tympans et assuraient que les fours à micro-ondes étaient dangereux. Et de l’autre, il y a ceux pour qui les évolutions économiques sont forcément dévastatrices. Ils ont crié au loup à l’arrivée d’Édouard Leclerc et tiennent le même discours avec Jeff Bezos, le patron d’Amazon. Par crainte ou pour la défense de leurs acquis, ils ne veulent pas remettre en cause l’ordre établi. Ou par dogmatisme, ils exhortent à la déconsommation. Sans oublier ceux qui, par manque d’information, sont les rois involontaires de l’amalgame. Hélas, il ne sert à rien de tenter de les convaincre. Rien ne les fera changer d’avis. Et, fort heureusement, tous ceux qui prônent au mieux l’immobilisme et, au pire, le retour en arrière, ont une « part de voix » largement supérieure à leur « part de marché »...

 ypuget@lsa.fr@pugetyves

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