Les négociations à nouveau sous tension

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Malgré la baisse du prix des matières premières, les négociations commerciales restent tendues. Les fournisseurs veulent près de 6 % de hausse, les distributeurs zéro, voire des baisses...

Chez nous, les prix des produits de grande consommation ont augmenté de 0,86 %, alors que la hausse moyenne s'est établie à 1,78 %.
Chez nous, les prix des produits de grande consommation ont augmenté de 0,86 %, alors que la hausse moyenne s'est établie à 1,78 %. © DR

Dures, très dures. La crise économique, l'envolée du chômage, l'essoufflement de la consommation qui pointe ne sont pas de nature à faciliter les négociations commerciales qui doivent se clôturer, selon la loi, à la fin du mois de février, entre fournisseurs et distributeurs. Les hausses de tarifs se situent en moyenne à 6%, avec des pics de 10 à 20%.

« Un mois avant la fin des négociations, il est logique que les positions soient encore éloignées du résultat final, expose Jacques Creyssel, délégué général de la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution (FCD). Il n'est pas imaginable qu'il y ait des augmentations fortes, comme en 2011, nous ne sommes plus dans un contexte de hausse des matières premières. Compte tenu de la situation économique, on ne comprend pas que certains industriels annoncent vouloir reconstituer leurs marges alors qu'ils devraient, au contraire, participer à l'effort pour stabiliser les prix. La consommation est très fragile. »

 

Des enseignes « estomaquées »

Lors de la présentation des résultats de Système U, Guillaume Darasse, directeur général, tient un discours semblable. « À date, les industriels proposent le même niveau de hausse des tarifs que l'an dernier. Avant tout pour protéger leur rentabilité, les hausses de matières premières étant surtout cantonnées au sucre et à l'énergie. » « Mais l'augmentation moyenne des tarifs de 5,8% que proposent les principaux fournisseurs n'est pas acceptable », ajoute le président de Système U, Serge Papin. La bataille est rude dans les boissons. L'accroissement de la fiscalité des alcools entraîne une augmentation des tarifs de 17%, celle des boissons sucrées, de + 10 à + 20%. « Pour toutes les entreprises, ça chauffe, les enseignes sont estomaquées de voir arriver des hausses de 15%, et pourtant, avec celle du sucre et les taxes, nous sommes bien obligés d'augmenter les prix », indique un industriel.

Dans le lait, même problème. « Les distributeurs n'ont pas voulu accepter les hausses lors des deux dernières années en espérant une baisse, analyse Olivier Picot, président de la Fédération nationale de l'industrie laitière. Du coup, les entreprises se sont retrouvées en difficulté, car le prix du lait à la production ne cesse d'augmenter. Ce sont les cours mondiaux qui fixent les tarifs, pas les réformes, ni les ministres, ni les acheteurs. » Lactalis est tout de même revenu chez Leclerc, le déréférencement de 2011 ayant coûté quelque 200 millions d'euros, selon certaines sources.

La crise frappe aussi la viande. Les hausses de prix à la production bénéficient aux agriculteurs, mais le Syndicat national des industries de la viande (Sniv) se dit aux abois. « On trouve dans les linéaires des grands distributeurs de la longe avec os à 2,19 E/kg et des côtes de porc à 2,29 € ou de l'épaule de porc à 1,69 €, soit un prix inférieur à celui de la matière première additionné des coûts d'abattage et de découpe ! Par quelle interprétation de la loi de modernisation de l'économie (LME) cela est-il possible ? » Les distributeurs doivent maîtriser les prix pour ne pas voir les volumes de vente fondre. La crise est là.

À NE PAS OUBLIER

- La 10e édition de la Conférence LSA négociations commerciales, le mercredi 3 octobre 2012 Contact lalilat@infopro.fr

LES VOLUMES 

L'arbitrage touche les quantités

Les Français vont-ils finir par réduire le nombre de paquets de pâtes, de riz ou de biscottes qu'ils achètent. Avec les hausses de prix, les volumes, exprimés en unité de vente consommateur (UVC), commencent à diminuer. C'est « l'ultime » stade vers lequel le consommateur, dont le porte-monnaie s'amincit à vue d'oeil, peut se tourner. Après les arbitrages entre marques nationales et marques de distributeurs, entre ces dernières et les premiers prix, ou encore entre rayons. Dans les produits laitiers, par exemple, le lait affiche - 1,9 % et le beurre - 2,5 %, sur l'année 2011, selon une source industrielle. La viande de porc est aussi à la ramasse, de l'ordre de 3 %, quand la volaille réussit tout juste à maintenir ses volumes. « La sensibilité au prix est élevée, souligne Jacques Creyssel, délégué général de la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution (FCD). Quand le prix de la viande augmente de 1 %, les volumes diminuent mécaniquement de 1 %. » Début janvier, tous produits confondus, la chute des UVC relevée par SymphonyIRI a atteint l'abysse historique de - 5,6 % pendant une semaine, du jamais vu. « Cette semaine est peut-être atypique, car celle de 2011 était anormalement élevée en raison de la météo, expose Jacques Dupré, directeur Insight du panéliste. Sur la première quinzaine de janvier, le recul est de 3 % avec un chiffre d'affaires qui progresse peu, malgré les hausses de prix. Il faut attendre pour un diagnostic plus fin, mais les volumes devraient être en retrait, par rapport à 2011, au cours des premiers mois de l'année. » Les tensions sur le pouvoir d'achat et la flambée du chômage vont donc finir par peser sur les quantités achetées, lesquelles sont produites dans des usines qui devront... ajuster leurs emplois. La machine économique ne va pas être facile à piloter dans les mois à venir, ni pour les fournisseurs, ni pour les distributeurs. Avant même que ne soit adoptée la TVA sociale qui fait l'objet de sérieux débats...

 

LES MATIÈRES PREMIÈRESLes cours des céréales connaissent une accalmie pour l'instant

Si l'on suit strictement les courbes de l'évolution des céréales, le prix du pain, des pâtes et de la viande ne devrait pas trop augmenter dans les prochains mois. Mais après, rien n'est moins sûr, tant l'extrême volatilité des cours reste de la partie. Lors de la présentation des comptes du géant du trading céréalier In Vivo, l'un des quatre plus grands mondiaux, Patrice Gollier, directeur général, en a donné un aperçu. Le chiffre d'affaires de cette branche a bondi de 82 % (à 2,8 milliards d'euros) d'une année sur l'autre, mais il devrait diminuer de 1 milliard pour l'exercice en cours ! « Nous faisons face à une illisibilité, une imprévisibilité totales sur les cours et les volumes, a-t-il déclaré. Nous savons maîtriser les flux physiques, que la Russie et l'Ukraine reviennent sur le marché, nous nous sommes équipés pour mieux comprendre les flux financiers, mais pas pour maîtriser la situation économique mondiale. » Car les cours des matières agricoles ne sont plus régis seulement par les récoltes et les stocks, mais aussi, et pour moitié, par les achats de papier à terme par les fonds d'investissement, le tout épicé par la confiance ou la méfiance vis-à-vis des monnaies et de la stabilité des pays. Sous « stress » Ainsi, les fonds financiers avaient tous déserté, à l'automne, les matières premières agricoles, considérant qu'il n'y avait plus rien à gagner. Mais ils reviennent au galop, car ceux du maïs et du soja (qui servent à la nutrition animale et, donc, au prix de la viande) seraient sous « stress », selon la formule du spécialiste des marchés à terme, Gauthier Le Molgat, d'Agritel. La bonne orge de brasserie qui sert à la bière est chère, car la récolte est de médiocre qualité. « Mais le blé est stable, à 200 E depuis plusieurs mois, au-dessus des 140 E que l'on a connus, mais pas à 280 E comme au début 2011 et plus de 300 E en 2007. » Pas facile d'y voir clair, et pourtant une certitude : les cours vont à nouveau grimper, « car, structurellement, la demande mondiale augmente », analyse Patrice Gollier.

LES PRIXUne alimentation de plus en plus chère

« Je ne crois pas au risque du retour de l'inflation », a déclaré le président de la République, Nicolas Sarkozy, à l'annonce de la hausse de la TVA. Il a raison, pour partie. L'inflation ne va pas revenir, parce qu'elle est déjà là. Tous secteurs confondus, elle a atteint 2,5 % en 2011 selon l'Insee. Le niveau le plus élevé qui ait été enregistré depuis le début de la mandature, d'après l'institut. Dont près de 4 % pour les seuls produits alimentaires, sous l'effet de hausses du prix des matières premières. Mais « tout augmente », pour reprendre la formule populaire. Le prix des carburants atteint des sommets, entraînant de facto celui des transports, tandis que la valeur du baril fait flamber le coût de l'énergie pour les usines, comme pour les ménages ! L'habillement et les chaussures grimpent pour les mêmes causes, auxquelles s'ajoute la flambée des salaires... chinois. Seuls les produits high-tech affichent des baisses constantes et conséquentes, à produit égal, d'un an sur l'autre, mais les appareils deviennent vite désuets, et le prix de remplacement lié à l'innovation ne baisse pas. La hausse des tarifs en grandes surfaces reste toutefois inférieure à celle de l'indice des prix à la consommation globale. Elle s'établit à quelque 2,7 %, avec de gros foyers de hausse pour certaines catégories alimentaires, comme les boissons, les produits laitiers, le sucre, lesquelles devraient encore grimper en 2012. Chez Système U, le patron de la centrale d'achats, Guillaume Darasse assure même que, dans son enseigne, les « prix des produits de grande consommation ont augmenté de 0,86 %, alors que la hausse moyenne s'est établie à 1,78 % », tous distributeurs confondus. Certes, tous les analystes estiment qu'avec la crise et le reflux des tarifs dans l'alimentation au niveau mondial, une baisse, ou à tout le moins une stabilité, des prix se profile. Mais, pour l'instant, leurs pronostics ont plutôt été déjoués. Par ailleurs, l'inflation ne provoque plus l'émoi d'antan : c'est la situation du pays et le risque de chômage qui occupent le devant de la scène... Reste que, dans les box d'achats, industriels et distributeurs bataillent sur les tarifs.

L'ÉTAT DES LIEUX

- Les négociations doivent être clôturées dans quatre semaines. - Les tensions sur les prix restent extrêmes dans plusieurs secteurs, notamment le lait et les boissons. - Les industriels se disent pris en étau entre les agriculteurs et les distributeurs. - Les volumes commencent à diminuer en raison de la hausse des prix et de la baisse du pouvoir d'achat, qui va s'accentuer.

Carnet des décideurs

Martial Ferrandis

Martial Ferrandis

Directeur des achats DPH et non alimentaires de la Centrale Envergure

Rachel Kolbe

Rachel Kolbe

Directrice RSE du groupe InVivo

Franck Marinho

Directeur enseignes Système U

Didier Deverchere

Didier Deverchere

Directeur des achats liquides de la centrale d'achats Envergure

Patrice Buchard

Patrice Buchard

Directeur de la filière BVP chez Système U

Frédéric Noyèr

Directeur général d'InVivo Wine

Jérôme Coulombel

Directeur juridique du département contentieux de Carrefour

Sébastien Dierick

Président Système U Nord-Ouest

Thierry Boltz

Président de Système U Est

Frederic  Lecoq

Frederic Lecoq

Directeur de la filière PGC chez Systeme U

Elisa  Blanchard

Elisa Blanchard

Directrice des ressources humaines adjointe de la coopérative U.

Yves Christol

Yves Christol

Directeur général d'InVivo Food&Tech

Patricia Ligonie

Patricia Ligonie

Directrice marketing et de l'expérience Client de Système U

Julien Bas

Directeur logistique et stockage d'InVivo

Christine Auberger

Christine Auberger

Directrice marketing et expérience client de Système U

Sandra Lossy

Sandra Lossy

Directrice numérique de Système U

Nicolas Bringer

Nicolas Bringer

Président-directeur général de Système U Sud

Hugues Beyler

Hugues Beyler

Directeur agriculture de la Fédération du commerce et de la distribution

Jacques Fougerousse

Jacques Fougerousse

Directeur Supply Chain international d'InVivo

Sandrine Burgat

Sandrine Burgat

Directrice de la communication de Système U

Benoît Bourassin

Benoît Bourassin

Président du comité stratégique Proximité de Système U

Philippe Laquèche

Philippe Laquèche

Directeur général de Mestrezat Grands Crus (InVivo Wine)

Jérôme Demoisy

Jérôme Demoisy

Acheteur vins chez Système U

Alexandra Bennett

Responsable Europe de la communication de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD)

Bertrand Girard

Bertrand Girard

Directeur général d'InVivo Wine

Jean-Baptiste Hespel

Jean-Baptiste Hespel

Directeur de la communication, de la stratégie et du repositionnement de marque de Système U

François Mbody

Secrétaire général de Système U

Byzery Anne

Directrice juridique de Système U

Ronan Le Corre

Ronan Le Corre

Directeur général délégué de Système U Ouest

Pascal Millory

Directeur commercial de Système U

Yves Petitpas

Yves Petitpas

Médiateur interne du groupement

Florence-Anne Coumel

Directrice des ressources humaines de Système U

Daniel Maruzzo

Directeur général délégué de Système U Est

Guillaume Darrasse

Directeur général délégué de Système U

Laurent Martel

Laurent Martel

Directeur du pôle agriculture d'Invivo

Jérôme Duchalais

Jérôme Duchalais

Directeur général adjoint d’InVivo

Serge Papin

Serge Papin

Ancien patron de Système U

François Bouriez

Président de la FCD et directeur général du groupe Louis Delhaize

Marc Prou

Marc Prou

Président de Système U Sud

Daniel Gournay

Président de Système U Nord-Ouest

Philippe Mangin

Philippe Mangin

Président du groupe InVivo

Bertrand Gardès

Directeur général de Système U Sud entre 2005 et 2015

Gérard Monzon

Gérard Monzon

Directeur général d’U Proximité Sud Ouest

Thierry Blandinières

Thierry Blandinières

Directeur général de l'Union InVivo

Laurent Francony

Directeur qualité sécurité sociétal environnement au sein de Système U et président d'Ecofolio

Yves Le Morvan

Yves Le Morvan

Directeur des relations publiques et institutionnelles du groupe Invivo entre 2015 et 2017

Bruno Cazorla

Bruno Cazorla

Directeur des achats PGC de la centrale nationale de Système U

Bertrand de Launay

Bertrand de Launay

Directeur Général chez InVivo AgroSolutions

Fabienne Prouvost

Directrice de la communication et des Affaires publiques de la Fédération du Commerce […]

Jacques Creyssel

Jacques Creyssel

Délégué général de la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution (FCD)

Denis Aubé

Denis Aubé

Président de Système U Ouest

Frédéric Dekeyser

Frédéric Dekeyser

Ancien directeur administratif et financier chez Invivo

Antoine Brieu

Antoine Brieu

Directeur général de Conforama France

Dominique Schelcher

Dominique Schelcher

Président-directeur général de Système U

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Article extrait
du magazine N° 2213

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