Les négociations commerciales 2015 : bouclées à l’arraché

|

D’après les distributeurs, mais aussi des fédérations, qui se sont exprimés sur la question, le bras de fer des négociations commerciales aurait été moins rude que prévu. Les prix resteront – peut-être – stables. Mais tout resterait à construire concernant les plans d’affaires.

Si l’on en croit les déclarations des enseignes et des fédérations d’industriels, et contrairement à ce que l’on craignait, les négociations pour 2015 ont été bouclées à l’arraché, mais la date de clôture légale, du 28 février, aurait bien été respectée. Certaines rumeurs indiquent que des agents de la DGCCRF se seraient présentés au siège d’au moins deux centrales d’achats, dès le 3 mars, pour s’en assurer. D’autres, que quelques dossiers n’avaient pu aboutir à un accord. Ou qu’enfin, certains accords sont de principe, qui permettraient surtout d’éviter des ruptures d’approvisionnements. « Les négociations se sont toutes terminées avant le 1er mars. Elles se sont bien déroulées, dans un climat de construction et de respect réciproques », se félicite Jacques Creyssel, ­délégué général de la FCD. Estimant que l’Ania, dans la presse, avait tenu sur la question des « propos outranciers ».

Qu’en est-il vraiment ? Par rapport à l’émoi qu’avaient constitué les annonces de rapprochements de centrales d’achats entre Auchan et Système U, puis Casino et Intermarché, et enfin Carrefour et Cora, il semble bien que les industriels n’aient pas connu le psychodrame redouté de guerre des prix entre mégacentrales d’achats. Et devant les ensembles constitués, il ne semble pas non plus qu’E. Leclerc et Carrefour aient surréagi à la nouvelle donne vis-à-vis des fournisseurs.

Tout n’était pas calé

Dans les Échos, Michel-Édouard Leclerc a même affirmé qu’il n’était pas question « d’allumer une nouvelle mèche pour une soi-disant guerre des prix », précisant qu’il réagirait – évidemment – aux attaques des concurrents. Comme l’an dernier, quand Casino avait décidé de baisser les prix chez Géant puis Leader Price. Or, Jean-Charles Naouri a, lui aussi, affirmé que « le repositionnement avait été effectué », et donc qu’il n’était pas utile d’en rajouter. Et dans une interview accordée à lsa.fr, le président de Coop de France estime qu’il s’agit d’une « année de transition ». « Nous avons été confrontés à un nouveau contexte juridique avec l’application de la loi Hamon. Il reste des flous et les notes de la DGCCRF ont été publiées tard, juste avant le début des négociations, mais pas assez tôt pour que toutes nos entreprises coopératives puissent s’en emparer. Je pense que la situation va s’éclaircir. L’autre élément majeur, c’est le rapprochement des trois centrales d’achats, juste avant les négociations. Tout n’était pas assez calé pour permettre des négociations sereines, les enseignes l’ont admis. » Surtout, vont être mis en place entre les coopératives alimentaires et les enseignes des groupes de travail en dehors des négociations pour déverrouiller les situations compliquées…

L’Ania, au contraire, considère que la pression sur les fournisseurs s’est encore accentuée, avec une nouvelle baisse de tarifs. Michel-Édouard Leclerc admet lui-même que les négociations « ont été dures », surtout pour les entreprises exposées à des baisses de matières premières et les produits d’importation, du fait de la chute drastique de l’euro qui en a renchéri le coût. À l’inverse, pour les fournisseurs français, la baisse de l’euro et des prix du pétrole a pu faciliter les négociations : les coûts de transport, de fabrication, les emballages baissent, redonnant un peu d’air à tous…

À l’Ilec, qui représente les grandes marques, Richard Panquiault, directeur général, a observé que les négocia­tions avaient été bouclées à la dernière minute. « Certains contrats ne sont d’ailleurs techniquement pas encore signés, mais les parties ont échangé samedi des courriels attestant de leur accord. La question qui se pose est de savoir si des concessions sont venues des distributeurs, et si la tentation de rouvrir des discussions ne va pas les prendre rapidement. » Les accords du 28 février seraient comme le contrat de mariage…à partir de là où tout se complique !

Négociations… avec Bercy

Il faut aussi considérer le contexte. Les centrales d’achats ne connaissent pas encore l’avis que rendra l’Autorité de la concurrence sur leurs rapprochements ; les indépen­dants ont à négocier avec Bercy l’annulation espérée des articles concernant les contrats d’affiliation, les intégrés ceux sur l’obligation de revendre des magasins en cas de position dominante ; les enseignes, présentes en force au Salon de l’agriculture, en pleine clôture des négos, ne voulaient surtout pas énerver le monde agricole ; la guerre des prix a peut-être malmené les comptes d’exploitation des magasins.

 Je n’ai pas l’impression que les négociations soient vraiment bouclées. Certains fournisseurs ont signé dans la précipitation, mais sans réel plan d’affaires et tout reste à écrire. Je vois ces négociations comme une année de transition. Nous ne sommes toujours pas sortis de la guerre des prix, mais il y a des signes que l’on pourrait travailler autrement.

Philippe Mangin, président de Coop de France

 

Les salles d’attente de certaines enseignes n’ont pas désempli samedi 28 février, jusqu’à une heure avancée de la nuit. Et beaucoup de signatures se sont faites au tout dernier moment; dans certains cas, les contrats ne sont d’ailleurs techniquement pas encore signés, mais les parties ont échangé des courriels attestant de leur accord.

Richard Panquiault, directeur général de l’Ilec

 

Les négociations commerciales se sont toutes terminées avant le 1er mars. Elles se sont bien déroulées, dans un climat de construction et de respect réciproques. Ce constat de la réalité est très éloigné des discours outranciers des représentants des grandes industries.

Jacques Creyssel, délégué général de la FCD

 

La baisse des prix a atteint un plancher, sauf dans des secteurs où les matières premières sont encore en baisse (céréales, sucre, lait, emballage PET). Leclerc va rester le moins cher du marché, nous sommes fermes là-dessus. Pas question d’allumer une nouvelle mèche pour une soi-disant guerre des prix, nous réagirons aux attaques des concurrents.

Michel-Édouard Leclerc, PDG des Centres E.Leclerc, dans « Les Échos »

 

Les points clés de la négociation 2015

  • Le rapprochement de Système U et Auchan, et de Casino et Intermarché, n’a pas donné lieu à des psychodrames chez les fournisseurs.
  • Carrefour et Leclerc n’auraient pas surréagi à ces concentrations pour affirmer leur leadership.
  • Les prix négociés par les enseignes aboutiraient à une stabilité, les demandes de hausses de tarifs n’étant pas disproportionnées.
  • Les fédérations de fournisseurs sont partagées sur l’ambiance des négociations.

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 2357

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous

Appels d’offres

Accéder à tous les appels d’offres