Les nouvelles frontières du Groupe Casino

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La prise de contrôle de GPA au Brésil, prévue à partir du 22 juin, devrait faire de Casino un groupe très international. Tandis qu'en France, celui-ci explore de nouvelles voies, notamment digitales.

Séverine Grégoire (à g.) et Chloé Ramade (à dr.), fondatrices du site, se réjouissent de l'arrivée de Casino dans leur capital.
Séverine Grégoire (à g.) et Chloé Ramade (à dr.), fondatrices du site, se réjouissent de l'arrivée de Casino dans leur capital.© DR

Pour étayer son estimation de sa participation dans Monoprix, revue à la baisse, Jean-Charles Naouri, PDG du Groupe Casino, évoque l'implantation de l'enseigne dans un marché mature, donc peu enclin au dynamisme futur. Une sentence abrupte, mais que le PDG semble appliquer à sa propre maison. Rarement groupe de distribution se sera en effet autant métamorphosé, et aussi vite, que Casino ces dernières années.

Au-delà du chiffre d'affaires, qui aura doublé en 2012 par rapport à 2005, après la prise de contrôle exclusif et la consolidation dans les comptes de GPA au Brésil, rendues possibles à partir du 22 juin (46,5 milliards d'euros en effet année pleine, contre 22,8 milliards d'euros à l'époque), c'est surtout le poids de l'international qui a bouleversé la structure du groupe : 25% du chiffre d'affaires en 2005, il pèse 45% en 2011, et franchira cette année la barre plus que symbolique des 50%.

 

L'international génère 51% des profits

« Casino s'est profondément transformé, et cela va maintenant apparaître de manière éclatante à partir de 2012 et 2013 », se réjouit ainsi Jean-Charles Naouri, à l'occasion de la présentation des résultats annuels du groupe, la semaine dernière. Assurément, Casino n'aurait jamais obtenu de tels résultats sans miser sur l'international.

Déjà, pour la première fois, en 2011, la majeure partie du résultat opérationnel courant (ROC) dégagée est due aux ventes hors de France : 798 millions d'euros, sur un total de 1,548 milliard d'euros, soit 51%. Soit, surtout, une hausse de 50% sur un an (c'était 530 millions d'euros en 2010), quand le résultat opérationnel courant français recule, lui, de 2,6% (750 millions d'euros, contre 769 millions d'euros précédemment). En 2005, 83% du ROC venait du marché domestique. Un chiffre qui se passe de commentaire...

Les mêmes constats peuvent être tirés des évolutions de la rentabilité opérationnelle (Ebitda) : en croissance de 46% à l'international (1,123 milliard d'euros), mais en baisse de 1,6% en France (1,164 milliard d'euros).

 

Succès confirmé pour Cdiscount

Clairement, donc, le dynamisme est hors de nos frontières. Tellement, d'ailleurs, que, par comparaison, les objectifs fixés pour 2012 en France paraissent bien ternes : le groupe et son PDG visent « une stabilité de la part de marché alimentaire ». Qu'on n'aille pour autant pas croire que Casino abandonne son marché domestique. Les investissements en France ont représenté, l'année dernière, 646 millions d'euros (+ 16%), contre 540 millions à l'étranger. « Nous poursuivons notre plan de réduction et de réallocation des surfaces en hypermarchés, de même que nos politiques de rénovations en proximité et en supers », précise ainsi Antoine Giscard d'Estaing, le directeur financier du groupe.

« Il ne faut pas croire que la France ne compte plus pour Casino, indique par ailleurs un consultant, expert de la distribution. C'est même plutôt le contraire, car Casino, à mon sens mieux que les autres distributeurs français, me paraît armé pour affronter l'avenir et les mutations en cours. » Qu'on en juge par les ventes en non-alimentaire. Partout ailleurs, c'est la Berezina. Carrefour est en recul de 7,2% au dernier trimestre 2011, par exemple, et Casino, bien sûr, n'échappe pas à la règle, avec des baisses sévères : - 5,8% encore au quatrième trimestre 2011, après - 7,3% au troisième trimestre. Des difficultés qui datent : Casino, comme les autres, enregistrait des reculs de plus de 10% sur ces marchés en 2009.

Reste que, avec un Cdiscount dont le succès ne cesse de se confirmer, Casino s'enorgueillit « d'avoir vu ses ventes globales en non-alimentaire, tous formats et modèles confondus, croître de 2,6% en 2011. »

Le non-alimentaire représente désormais 14% des ventes du groupe stéphanois : 6% via Cdiscount, qui a dépassé 1,1 milliard d'euros de chiffre d'affaires en 2011 (contre un petit peu moins de 800 millions en 2008, pour 4% du chiffre d'affaires global), et 8% via les ventes en hypers Géant. « Et les très fortes progressions enregistrées sur Cdiscount viennent compenser, et même bien au-delà, la décroissance des ventes non alimentaires en hypers », se réjouit Jean-Charles Naouri.

 

Des synergies prometteuses

Plus tôt que ses concurrents, Casino a su trouver une solution, qui semble efficace, aux maux dont souffrent les hypers avec le non-alimentaire.

Dès février 2000, en effet, le groupe est entré au capital de Cdiscount. On arguera, certes, de la bulle internet, qui n'avait pas encore éclaté, et rendait cet investissement attractif, mais encore fallait-il se lancer. « Cdiscount est assurément un modèle de réussite cross-canal, de même qu'il est un modèle de développement commercial, analyse un consultant. C'est clairement un avantage concurrentiel indéniable donné à Casino. »

Surtout qu'à ce petit jeu entre canaux de distribution, Casino arrive à créer des ponts avec ses magasins. C'est chose faite avec les points de retrait installés en magasins : 1 770 pour les colis de moins de 30 kg, dans les réseaux de Casino proximité, et 215 en hypers et supers pour les paquets de plus de 30 kg. « Autant d'atouts stratégiques majeurs par rapport à nos concurrents, qui, eux, doivent soit livrer les commandes, soit passer par La Poste », se félicite Jean-Charles Naouri.

Des synergies intéressantes entre les ventes dématérialisées et le réseau de magasins physiques, qui peuvent d'ailleurs être encore améliorées, si l'on en croit la récente visite faite par LSA à l'hyper Casino Géant de Hyères, dans le Var : un seul stand de retraits Cdiscount, très peu mis en valeur. Et pourtant, malgré cette visibilité réduite à sa plus simple expression, le magasin procède déjà à une moyenne de 120 retraits de colis par mois. C'est dire le potentiel. D'autant que Casino, avec la prise de participation dans monshowroom.com, spécialiste de la mode en ligne, entend diversifier un peu plus son savoir-faire sur internet.

Comment Casino valorise Monoprix à 1,6 milliard d'euros

La valorisation des 50% de Monoprix détenus par Casino - stable aux alentours de 1,2 Mrd € pendant trois ans, après avoir bondi en 2008 (850 M € en 2007) - a perdu près de 500 M € en 2011. Elle est passée de 1,225 Mrd € dans les comptes 2010 du groupe, à 782 M € dans l'esprit de Jean-Charles Naouri, PDG du Groupe Casino, fin février 2012. Une chute que le groupe explique par trois facteurs essentiels. D'abord, en se basant sur le recul moyen de 20 % des capitalisations boursières des valeurs de la distribution (Carrefour, - 45 %, Casino, - 13 %, ou Tesco, - 8 %) : soit, affirment les opposants, une manière « un peu cavalière d'associer des choux et des carottes, tellement les situations sont incomparables ». Ensuite, en considérant la baisse de l'Ebitda de Monoprix, passé de 389 M € à 363 M € (- 6,7 %). Enfin, en retranchant la dette nette ajustée de 597 M €. Reste qu'avec une marge à 6,5 %, Monoprix demeure une valeur sûre de la distribution : à comparer, par exemple, à la marge de 3,7 % de Casino France et de Franprix-Leader Price.

 

LES BONS RÉSULTATS DE CASINO EN 2011

34,4 Mrds € Le chiffre d'affaires 2011, en hausse de 18,2% vs 2010 (+ 5,7% en organique) Source : Casino 18,7 Mrds € Le chiffre d'affaires en France, en progression de 1,4% en organique. Soit 55% des ventes globales 2,3 Mrds € L'Ebitda, en hausse de 17,1%. Soit une marge d'Ebitda de 6,7%. En France, l'Ebitda est de 1,164 Mrd € (6,2%), en recul de 1,6% 1,5 Mrd € Le résultat opérationnel courant, en augmentation de 19,1%. Soit une marge opérationnelle courante de 4,5%. En France, le ROC est de 750 M € (4%), en recul de 2,6%

 

Casino s'invite chez monshowroom.com

Casino a repris 49% du capital de Mon Showroom. Le site d'habillement veut grossir en France pour devenir un acteur incontournable de la mode.

Les dirigeantes du site d'habillement Mon Showroom, Séverine Grégoire et Chloé Ramade, savourent le moment. L'arrivée de Casino au capital ? Un accélérateur de développement. « Ça change tout ! se réjouit Séverine Grégoire. Casino est un gros groupe. Il a une position forte dans l'e-commerce avec Cdiscount. Nous sommes très éloignées de leurs univers. Il sera donc intéressant de benchmarker avec leurs équipes. » Un partage qu'elle imagine aux niveaux marketing et des systèmes d'information. « Pour Casino, qui a déjà démontré ses capacités à devenir leader avec Cdiscount, c'est une diversification intéressante, estime Thibaut de Smedt, associé de la banque d'affaires Bryan Garnier. Mon Showroom est un très bel acteur du marché, qui avait besoin de passer à une phase plus industrielle au niveau de la logistique ou des achats. » Créé en 2006, le site fait figure de poids plume, mais ses potentialités sont fortes, avec une croissance supérieure à 70% par rapport à son exercice 2010 (12,5 M €). Qui plus est, le site est rentable depuis 2008. Alors que le dossier était sur le bureau des Galeries Lafayette, Casino a été, sans surprise, le plus réactif, reprenant à son compte 49% du capital détenu par Alven et Crédit agricole, les deux fondatrices se partageant les 51% restants. Un avenir programmé Si le site affiche une bonne dynamique sur un secteur porteur, « le prêt-à-porter arrive à maturité, avec des concurrents étrangers, comme le britannique Asos ou l'Allemand Zalando, qui attaquent le marché », constate Séverine Grégoire. D'où l'intérêt de pouvoir s'appuyer sur un grand groupe afin de développer son coeur de business, les collections femme, mais aussi de grossir sur l'homme - « une opportunité importante de développement » -, ou les produits à sa marque, proposés depuis un an et demi. Pour l'instant le développement se fera en France. « Nous faisons 15% de chiffre d'affaires à l'étranger sans export et sans traduction. Ce n'est pas notre priorité même si cela reste une piste de développement pour le futur. » Un avenir programmé par Casino, qui a déjà annoncé son intention de prendre à terme le contrôle de la société.

 

MON SHOWROOM

2006 Date de création

20 M € Le CA 2011, + 70 %

500 000 Le nombre de visiteurs mensuels

200 Le nombre de marques

 

Chiffres

2,840 Mrds € La valeur de Monoprix à fin 2010

- 188 M € L'impact de la baisse de l'Ebitda

- 490 M € L'impact de la baisse moyenne des cours de Bourse des valeurs de la distribution

- 597 M € L'impact de la dette nette 2011 ajustée

1,565 Mrd € La valeur de Monoprix ajustée à fin 2011

Source : Casino

 

Grosse transformation en vue pour le groupe Casino si l'on se place dans l'hypothèse où l'intégration de GPA au Brésil serait déjà effective.

Casino pèserait 46,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires (dont 60% réalisés grâce à l'international), contre 34,4 milliards aujourd'hui. Soit une progression d'un tiers ! Même bond en avant pour le résultat opérationnel courant, qui passerait de 1,5 milliard d'euros à 2,1 milliards, à 69% grâce à l'international, contre 51% aujourd'hui.

 

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Article extrait
du magazine N° 2218

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