LES OPÉRATIONNELS ONT LE VENT EN POUPE

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Les enseignes travaillent sur leurs packages et le contenu des fonctions en magasin. Elles concentrent aussi leurs efforts sur les métiers de la chaîne logistique et des achats.

Quel métier faut-il exercer dans la distribution pour être bien payé ? Malgré la rigueur budgétaire, les distributeurs se disent être prêts à faire des efforts sur certaines fonctions et à mettre les moyens pour attirer les profils qui leur permettront de gagner en valeur ajoutée et de se démarquer des concurrents. Et plus que la filière ou le poste, c'est d'abord le profil qui importe. Ainsi, toutes fonctions confondues, deux profils sortent plus particulièrement du lot : « Les jeunes à fort potentiel, d'une part, qui sont dans l'idéal passés par l'alternance, ou qui témoignent d'une bonne première expérience. Les experts dans leurs domaines, d'autre part, âgés de 30-35 ans, avec de compétences techniques ou managériales reconnues », constate Alexandre Groux, responsable distribution et commerce chez Michael Page. Exemple, un chef de rayon qui aurait cinq à sept ans d'expérience chez un concurrent. Ou encore, un expert métier, ou « moniteur », c'est-à-dire un cadre ayant acquis une expertise très pointue - technique ou commerciale - dans un métier et qui intervient ponctuellement en magasin à travers des missions de conseil pour redresser une situation. « Nous sommes très sollicités sur ces profils pour des approches directes, et les distributeurs se montrent très ouverts », explique Alexandre Groux.

Des fonctions créatrices de croissance

Côté métier, les fonctions opérationnelles ont le vent en poupe. Normal, ce sont sur elles que repose la croissance. Chefs de rayon en hypermarchés, vendeurs experts dans les grandes enseignes de sport, vendeurs dans l'électrodomestique... On cherche à attirer et à motiver par des systèmes de variables attractifs ceux qui, de près ou de loin, touchent à la vente.

D'autres fonctions promettent de rapporter à ceux qui les exerceront dans le commerce. C'est le cas des métiers de la filière logistique et notamment de l'encadrement des entrepôts (11 % au- dessus de la moyenne des salaires). Des métiers auxquels les distributeurs prêtent une attention toute particulière. D'abord parce que la qualité et la sécurisation des approvisionnements prennent de plus en plus d'importance. Mais, surtout, parce que ce sont des centres névralgiques. « Un magasin en grève, c'est une perte de chiffre d'affaires. Un entrepôt qui débraye, ce n'est pas un mais vingt magasins dont l'activité pâtit », analyse Marion Ricoux, responsable rémunération pour la distribution chez Hay Group.

À l'inverse, les centrales seraient dans une logique d'allègement de leur structure. Les responsables de marques propres ont toutefois la cote et risquent d'avoir encore plus la pêche avec la loi Dutreil et la volonté qu'ont les enseignes de se différencier.

Un autre poste, aujourd'hui parmi les mieux payés pour les jeunes diplômés, suscite pourtant l'interrogation. Il s'agit des acheteurs, en ce moment particulièrement gâtés avec, selon le cabinet Hay Group, des revenus de 5 % au-dessus des autres postes de niveau équivalent. Cette fonction va connaître d'importantes mutations avec la loi Dutreil. Les acheteurs auront-ils à discuter plus durement les prix ? À négocier plus de marges arrière ? À arbitrer entre les marques nationales à référencer ? Une chose est sûre : ces mutations auront un impact sur la rémunération.

Le métier, un argument de poids

Mais pour attirer les perles rares dans les magasins, les entrepôts ou les centrales, les directions ont plutôt intérêt à se montrer généreux. Car les jeunes cadres à potentiel sont du genre frileux. « S'ils savent que c'est en changeant d'entreprises qu'ils feront un bond financier, ils ne quittent pas la proie pour l'ombre », rappelle Éric Wuithier, directeur associé chez Towers-Perrin. Et ils doivent avoir de vraies raisons pour laisser leur poste. Or, ces raisons ne tiennent pas seulement au package monétaire. « Ils veulent savoir quelle est l'enseigne et comment elle va et s'interrogent sur la nature du poste. L'aspect financier ne vient qu'en troisième position », explique un consultant. L'intérêt du métier est donc un argument de premier ordre. Le hard-discount, où les ouvertures et le turn-over nécessitent des embauches de chefs de magasin et de chefs de secteur, en a fait l'expérience. Un chef de secteur de 30 ans, dont la mission est de coiffer cinq à dix magasins selon les réseaux, est embauché à 45 000 E par an, avec grosse voiture de fonction et variable. Pour autant, c'est l'une des fonctions les plus touchées par le turn-over. « Le métier reste très procédurier, avec un rôle de contrôle et un mode de management très directif. Et les chefs de rayon des grandes enseignes alimentaires, qui sont pourtant le vivier dans lequel recrutent les discounters, sont fort mal préparés à ce changement brutal de culture », explique un recruteur.

C'est sans doute ce qui a amené Ed à étoffer certains métiers. Dans cette enseigne, le chef de magasin est mentionné comme le pivot stratégique de l'organisation. Mais pour en faire un véritable petit patron d'entreprise, l'enseigne sait qu'elle doit lui donner davantage de pouvoir, par exemple en lui permettant de recruter lui-même ses équipes.

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Article extrait
du magazine N° 1929

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