« Les opticiens sont une proie facile dans le jeu politique sur la santé »

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Le PDG du premier réseau d’optique en France répondaux accusations de l’UFC-Que Choisir sur les pratiquesdes opticiens. Sans les contester totalement, il estime queles attaques découlent d’enjeux politiques sur la santé publiqueet la Sécurité sociale, qui dépassent le secteur, devenu une proie.

LSA - Que répondez-vous aux accusationsde fraudes lancées par l’UFC-Que Choisir

Didier Papaz - Les pratiques d’optimisation de factures dans l’optique existent depuis une quinzaine d’années. Elles ont été à leur apogée il y a sept ou huit ans parce qu’il y avait une forme de bienveillance sur ces pratiques de la part de tout le monde : les assureurs, les consommateurs, les opticiens, la Sécurité sociale et les pouvoirs publics. Il ne s’agit pas de surfacturation, mais de répartition modifiée entre la monture et les verres. C’est de la fraude, c’est illégal. On encourt de la prison et une grosse amende, et c’est le client qui est concerné car il est l’attributaire de la fausse facture, l’opticien n’étant que complice. Et il ne s’agit pas d’une triche au détriment de l’État, puisque le montant de la TVA est le bon ! Sur le marché de l’optique, l’État empoche plus de un milliard d’euros de TVA. Chez Optic 2000, il y a une dizaine d’années, nous avons considéré que ces pratiques ne devaient plus avoir lieu au sein du réseau, et nous avons imposé un logiciel informatique qui ne permettait plus de modifier le prix des montures et des verres. Tous les opticiens en ont été équipés. Sauf que quelques petits malins ont ajouté un logiciel annexe qui permet cette opération de fraude, pour faire face à la concurrence. J’ai constitué en janvier un comité déontologique chargé de faire la police, quitte à exclure les opticiens concernés, car la pratique nuit à l’ensemble des adhérents à la coopérative et à la marque. Nous devons agir. Je ferai en sorte que notre réseau soit propre. Le travail est déjà presque fini. Mais que feront mes concurrents Ni les complémentaires santé, ni la DGCCRF n’agissent. Et je n’ai pas de moyens d’action, car l’issue de plaintes en concurrence déloyale est très incertaine. Je plaide pour la création d’un comité de déontologie qui couvre toute la filière, et que l’État puisse le doter de sanctions suffisamment dissuasives, ce qu’aurait dû faire la Sécurité sociale.

LSA - Contestez-vous la méthodologieet les résultats de l’enquête menée

D. P. - Totalement. Je maîtrise parfaitement la méthode du client mystère. Dans le cas présent, ­­UFC-­­­Que ­Choisir l’a biaisée. L’enquêteur aurait dû disposer d’une ordonnance, solliciter l’opticien sur le type de monture et de verres, obtenir un devis, l’accepter et se faire livrer les lunettes. Ce n’est pas du tout de cette manière que les clients mystères de Que-Choisir ont agi : pas d’ordonnance, des indications sur le montant du remboursement des montures et des verres qui visent à inciter l’opticien à moduler les tarifs. La demande est induite volontairement. Que Choisir fait semblant de jouer les ingénues. Le pourcentage d’opticiens qui ne respectent pas la règle est forcément exagéré par la méthodologie. Et du coup, le chiffre de 140 millions d’euros de fraudes par an qui en découle. Je suis sûr que chez Optic 2000, il n’y a pas ces 15% d’opticiens qui font de la facturation de complaisance, mais moins de 5%, une petite poche résiduelle. Que Choisir ne peut d’ailleurs présenter aucun devis prouvant ses chiffres. C’est une étude à charge. Par ailleurs, pourquoi avoir ciblé la Bretagne, la Provence et Paris Pas mal de provinces n’ont pas été visitées. Et on sait que ces pratiques sont plus répandues à Paris et dans le Sud.

LSA - Le gouvernement veut limiterles remboursements, pour réduire la facture. Est-ce utile  

D.P - Le gouvernement a tendance à faire trop d’affichage. Benoît Hamon s’est attribué la possibilité de « rendre un milliard d’euros » au consommateur, en ouvrant à la vente d’optique sur internet. Or, il s’agissait d’une transposition d’une directive européenne – donc ne venant pas du tout de lui – et qui, surtout, ne donnera pas lieu à 1 milliard d’euros d’économies sur un chiffre d’affaires total de 5 milliards ! Et comme il a joué l’outrance, j’ai réagi de même en annonçant que le milliard en question représentait la suppression de 16 000 emplois en France. Mais cette publicité politique nuit à notre secteur comme au consommateur, parce qu’elle empêche de se poser les bonnes questions. Le plafonnement des remboursements à 450 € pour les verres simples et à 700 € pour les verres complexes ne posera pas de problème en soi aux opticiens, le montant est correct.

L’obligation faite de doter tous les salariés d’une mutuelle remboursant les frais d’optique va dans le bon sens aussi. Le seul problème concerne le remboursement des montures, limité à 100 €. Il ne permettra pas à nos boutiques d’offrir des montures fabriquées en France à ce prix-là. En tirant les prix, on arrive à 130 €. Il faudra donc renoncer au fabriqué par les lunetiers du Jura ou alors convaincre les clients de payer le reste à charge. En revanche, prévoir déjà de baisser ces plafonnements poserait de vrais problèmes de visibilité économique. Le plus grand gagnant de ces mesures, au final, c’est l’État. La Sécurité sociale ne rembourse que 250 millions d’euros pour l’optique, alors que l’État obtient 1 milliard d’euros de TVA. Le gain net est de 750 millions d’euros. Alors que les 12 000 opticiens se partagent 7% de résultat net sur un chiffre d’affaires de 5 milliards, c’est-à-dire 350 millions d’euros. Voilà la vérité des chiffres. Qui est gagnant

LSA - Y a-t-il collusion entre les assureurs santé et les opticiens pour renchérir le prixdes lunettes via des hausses de cotisations

Didier Papaz - Collusion, certainement pas ! Les opticiens n’ont jamais demandé aux mutuelles de rembourser les lunettes. Mais celles-ci ont vu que les Français en avaient de plus en plus besoin ; elles ont fait de la surenchère sur les offres de remboursement, puis mis en place les réseaux de soins qui négocient avec les opticiens. Nous avons été les premiers, et nous avons été décriés, à faire des accords avec elles pour proposer des lunettes moins chères, en visant les volumes. Ce n’est pas de la collusion. Nous n’avons jamais demandé aux mutuelles d’augmenter les cotisations ! Par ailleurs, l’optique ne représente que 10% du risque couvert par les complémentaires. Lui imputer toute la hausse des cotisations, c’est malhonnête ! En fait, le gouvernement veut alléger la dette de la Sécurité sociale, en transférant des pans entiers de la santé sur les mutuelles. Les 10 milliards d’euros d’économies de la Sécu annoncés par Manuel Valls vont basculer vers les complémentaires, qui augmenteront les cotisations. Mais le gouvernement pourra afficher, lui, un assainissement des comptes publics. On dépasse les clivages gauche-droite, puisque ce transfert s’opère depuis dix ans. On privatise la Sécu, parce qu’elle a été incapable de réguler le secteur de la santé.

LSA - Que Choisir dénonce la haussedu nombre de magasins et des taux de marges des opticiens. Est-ce le cas

D. P. - Les taux de marges et les chiffres d’affaires ne cessent de baisser, car le nombre de magasins qui se créent est supérieur à la croissance du secteur. Pourquoi  Parce que 2 500 diplômés arrivent sur le marché chaque année, et s’achètent une petite boutique dans une petite ville, en vendant deux ou trois paires de lunettes et en gagnant le Smic. Tous les opticiens ne roulent pas en Porsche ; la plupart gagnent 3 000 € en travaillant à deux. Il faudrait réguler l’installation en imposant une licence aux opticiens, alors qu’aujourd’hui ils peuvent s’installer avec leur BTS en poche.

LSA - Comment vos adhérents Optic 2000 vivent-ils les procès qui leur sont faits

D. P. - Nous assistons à une montée en charge des attaques médiatiques depuis trois ans, avec des moments forts, deux fois par an, qui peuvent correspondre au Salon de l’optique en septembre, ou quand les assureurs lancent des appels d’offres en octobre- novembre, pour faire peur avant les négociations. Ou encore, à l’occasion des lois de finances : les opticiens sont utilisés par les politiques cherchant à prendre des mesures qui dépassent largement ce secteur d’activité, et qui consistent à diminuer les dépenses dans les hôpitaux, les honoraires des médecins et des professions de santé. Comme les Français trouvent le prix des lunettes trop élevé, les opticiens sont une proie facile de ce jeu politique. Les adhérents Optic 2000 trouvent ces méthodes injustes. Ils baissent les prix, pratiquent le tiers payant, assurent la prévention, et font travailler l’industrie française. Certains baissent les bras et préfèrent aller faire autre chose, d’autres sont désespérés. La mission de la coopérative est de leur apporter des perspectives d’avenir.

Les points du débat

  • Les opticiens sont accusésde pratiquer des fraudessur les factures.
  • La méthode renchériraitle prix des lunetteset des complémentaires santé.
  • Le gouvernement veut plafonner les remboursements des montures et des verres.

Les conséquences 

  • Les magasins d’optiquesont soumis à une forte pressionsur les marges.
  • La création de points de vente supérieure à la croissancedu marché les fragilise.
  • Les réseaux se dotent de « comités de déontologie » pour lutter contre la facturation de complaisance.

Les pratiques que l’UFC-Que choisir dénonce dans le secteur de l’optique

L’association a envoyédes « clients mystères » (des militants) dans1 188 magasins d’optique, afin de vérifier les pratiques dans l’élaboration du prixet des factures. 

Dans un cas sur cinq, l’opticien propose de modifier la facture en modulant le prix des verres et des montures – une pratique illégale – pour que le client bénéficie d’un meilleur niveau de remboursement.

Ces pratiques auraient pour effet d’amplifier le coûtdes lunettes et des cotisations des assurances complémentaires santé. Ces dernières sont aussi accusées de « collusion ».

L’UFC préconisele déploiement de réseauxde soins par les mutuelles, soumis à la surveillance de l’Autorité de la concurrence.

Le plafonnement du prixdes lunettes, prévu pardécret gouvernemental, lui paraît insuffisantpour réguler le marché.

Carnet des décideurs

Yann Guelorget

Yann Guelorget

Vice-président des forces de ventes France de Coca-Cola European Partners.

Vincent Bouin

Vincent Bouin

Directeur marketing chez Coca-Cola France

Christophe Parmentier

Christophe Parmentier

Directeur planning, commercialisation et service client de Coca-Cola European Partners

William Luneau

Directeur d'un projet stratégique d'amélioration continue de Coca-Cola European Partners France

Aurélie Penet

Aurélie Penet

Directrice commerciale de la région Île-de-France de Coca-Cola European Partners

Sophie Ragaigne-Berret

Sophie Ragaigne-Berret

Directrice associée en charge de stratégie commerciale et CRM de Coca-Cola European Partners

Audrey Nique

Audrey Nique

Directrice associée en charge de la stratégie commerciale de Coca-Cola European Partners

Ludovic Midoir

Ludovic Midoir

Directeur national des ventes proximité de Coca-Cola European Partners

Isabelle  Bastien

Isabelle Bastien

Directrice nationale des ventes sur le terrain de Coca-Cola European Partners

Olivier  Bauduin

Olivier Bauduin

Directeur d'exploitation France de Coca-Cola European Partners

Anne-Caroline Vorburger

Directrice de la stratégie et idée pour la France chez Coca-Cola Entreprises.

Alexandra  Pontiller

Alexandra Pontiller

Directrice de la promotion client et chaîne d’accueil de Coca-Cola Entreprises

Manuel  Berquet

Manuel Berquet

Directeur du digital commerce de Coca-Cola pour l’Europe

Isabelle  Hubsch

Isabelle Hubsch

Ex-directrice marketing de Coca-Cola France

Bony Florence

Bony Florence

Directrice contrôle de gestion industriel de Coca-Cola European Partners

Valentine Laude

Valentine Laude

Directrice commerciale hors-domicile de Coca-Cola Entreprises

Axel Segarra

Axel Segarra

Directeur d'enseigne chez Coca-Cola European Partners

Antoine Vanderhulst

Directeur commercial GMS de Coca-Cola European Partners France

Marc Vidal

Marc Vidal

Directeur d'enseignes GMS de Coca-Cola European Partners

Mathias Lenas

Mathias Lenas

Directeur commercialisation, planning de production et logistique clients de Coca-Cola […]

Eric Desbonnets

Eric Desbonnets

Vice-président Supply Chain de Coca-Cola European Partners

François Gay-Belille

François Gay-Belille

Président de Coca-Cola France

James Quincey

James Quincey

Président et directeur de l’exploitation de Coca-Cola Company

Christian Polge

Christian Polge

Président de Coca-Cola Canada

Véronique Surget

Véronique Surget

Directrice marketing Europe de Coca-Cola Entreprise

Bertrand Carré

Vice-président des ressources humaines de Coca-Cola Entreprises

Muhtar Kent

Muhtar Kent

Président-directeur général de Coca-Cola Company

Carl Lescroart

Carl Lescroart

Vice-président des Forces de Ventes France de Coca-Cola Entreprise

Véronique Bourez

Véronique Bourez

Vice-présidente Europe et Eurasia de la division McDonald's pour The Coca-Cola Company

Céline Bouvier

Céline Bouvier

Ex-Directrice marketing de Coca-Cola France

Imad Benmoussa

Imad Benmoussa

Président de Coca-Cola France

Steve Cahillane

Steve Cahillane

Responsable de la zone Amériques de Coca-Cola entre 2012 et 2013

Ben Lambrecht

Ben Lambrecht

Vice-président et directeur général de Coca-Cola Entreprise France

Elsa Chantereau

Directrice des affaires publiques de Coca-Cola France

Warren Buffet

Warren Buffet

Fondateur de Berkshire Hathaway et Actionnaire de Coca Cola Company et de Heinz

John S.Pemberton

Fondateur de Coca-Cola

Georges Lahoud

Directeur financier de Coca-Cola France

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Article extrait
du magazine N° 2322

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