Les parapharmacies de la grande distribution recrutent mieux

|

Ce n'est plus un pis-aller, mais un choix. Les grandes surfaces n'ont plus autant de mal que par le passé à séduire des docteurs en pharmacie pour leurs parapharmacies. Elles ont des atouts à faire valoir : autonomie, salaires plus rémunérateurs et goût pour le risque.

Sandrine Feral a préféré laisser l'officine traditionnelle pour la parapharmacie de l'enseigne qui s'attaque le plus au monopole des pharmacies, Leclerc. Il y a quatre ans, cette jeune femme de 34 ans, docteur en pharmacie, a quitté son poste d'assistante en officine en Savoie pour retourner dans la région de ses premières amours, là où elle avait débuté comme stagiaire, dans l'Aveyron. C'est à Onet-le-Château, petite bourgade à quelques kilomètres de Rodez, que Sandrine a pris la direction de la parapharmacie Leclerc implantée dans la galerie marchande de la grande surface éponyme. « J'ai vu une petite annonce pour Leclerc, raconte-t-elle. J'étais déjà habituée à beaucoup d'effervescence et je voulais voir autre chose qu'une officine traditionnelle. Or, acheter une pharmacie aujourd'hui coûte très cher. Depuis la crise, c'est devenu encore plus difficile. » Chez Leclerc, Sandrine a participé à toute l'aventure de l'ouverture d'un magasin. « C'est l'avantage que j'ai eu. C'était très intéressant à tous points de vue : référencement, organisation du travail... »

 

Les idées reçues évoluent

Des Sandrine, il y en a des centaines. Chaque année, des jeunes femmes - le métier est de plus en plus féminisé - délaissent les officines classiques pour rejoindre le réseau des parapharmacies. Encadrer une équipe, gérer les relations avec 120 fournisseurs pour 4 000 références, décider des opérations commerciales, définir la politique d'accueil, tels sont les défis auxquels Sandrine Feral doit quotidiennement faire face. Et de plus en plus de jeunes (et moins jeunes) font ce choix-là. Soumis par des contrats de distribution sélective à beaucoup de contraintes (espacé dédié, encaissement séparé...), les parapharmacies ont aussi des obligations en termes de ressources humaines, la principale étant d'embaucher un docteur en pharmacie. Jusqu'à présent, les grandes surfaces avaient bien du mal à attirer ces bac + 6 ou des personnes qui jugeaient plus noble d'exercer dans une « vraie » pharmacie plutôt que dans un vulgaire commerce. « C'est vraiment en train de changer, confirme Laurence Dubois, responsable des parapharmacies au sein du Galec, la centrale d'achats de Leclerc. Chaque année, nous ouvrons une vingtaine de parapharmacies et nous avons des jeunes qui viennent travailler directement chez nous, par choix, et non comme un pis-aller. »

Carrefour, Auchan, Monoprix ou Système U, le petit dernier dans la parapharmacie qui s'y est mis il y a deux ans, débauchent chaque année des docteurs en pharmacie à la sortie des facultés ou dans d'autres pharmacies. Les indépendants font valoir leurs avantages : être autonome rapidement. C'est ainsi que certains quittent Carrefour ou d'autres enseignes intégrées pour Système U ou Leclerc. C'est le cas de Dominique Catalano qui, après dix années dans une parapharmacie Carrefour, a rejoint U Parapharmacie, dans le centre commercial Sud-Dracénie, aux Arcs, dans le Var. Chez les indépendants, chaque responsable est maître de son compte d'exploitation et gère un chiffre d'affaires qui oscille entre 800 000 € et 1,2 million d'euros par an. À lui aussi de faire évoluer son assortiment, de recruter et de former son équipe (deux à trois personnes), de prévoir ses animations commerciales avec les laboratoires, de déterminer sa politique de prix et sa marge commerciale. « C'est un défi à relever aussi, le but étant de prendre de la part de marché aux concurrents », souligne Stéphane Benhamou, dirigeant associé de l'Hyper U des Arcs.

 

Un salaire plus attractif

Enfin, dernier argument qui incite à sauter le pas, l'écart de salaire entre une officine et une parapharmacie. Ce que confirme Valérie Lebaupain, directrice de division du cabinet de recrutement Adecco dans la branche pharmacie et recherche : « Les salaires sont plus intéressants. Dans les pharmacies traditionnelles, en moyenne, ils ne dépassent pas 37 000 € par an. » Pour exemple, un adjoint chez Leclerc va démarrer à 40 000 € par an et un responsable entre 45 000 et 50 000 €, intéressement et participation compris. « C'est clair que des pharmaciens qui sont adjoints depuis quinze ans, qui gagnent 30-37 000 € par an et qui ne sont pas valorisés ont tout intérêt à rejoindre une parapharmacie », poursuit Valérie Lebaupain.

Une fois qu'ils ont rejoint la grande distribution, les nouvelles recrues doivent s'attendre à des conditions de travail un peu plus rudes que dans les officines classiques. « Il faut être souple dans une parapharmacie, ne pas rechigner à porter des cartons, à remplir les rayons si besoin, affirme Valérie Lebaupain, qui vient de recruter 70 pharmaciens pour le réseau de parapharmacie d'une grande enseigne. Il faut être hyper-opérationnel sans perdre de vue, évidemment, les objectifs commerciaux. » Dans un contexte de plus en plus difficile pour les pharmaciens - pour la première fois, en 2009, des pharmacies ont fermé -, à la veille du grand chambardement législatif - demain, l'automédication arrivera en parapharmacie -, les parapharmacies ne font plus fuir.

 

«Plus de responsabilités que dans les officines traditionnelles»

Valérie LEBEAUPIN, directrice de division Adecco Pharmacie et recherche

LSA - La grande distribution a-t-elle toujours du mal à recruter pour ses parapharmacies ?

Valérie Lebeaupin - De moins en moins. Il y a encore trois-quatre ans, le simple mot « parapharmacie » faisait fuir les pharmaciens pour qui cela manquait de « molécules » ! Aujourd'hui, beaucoup s'aperçoivent que ces postes sont plus rémunérateurs et offrent davantage et plus vite de responsabilités qu'une officine traditionnelle. C'est d'autant plus vrai qu'il est difficile pour de jeunes docteurs qui sortent de la faculté de reprendre une pharmacie. Ils ne peuvent plus s'installer, du fait du nombre de magasins, de la cherté des reprises et de la frilosité des banques. Beaucoup de pharmaciens sont adjoints depuis une dizaine d'années et se retrouvent coincés dans leur progression de carrière.


LSA - Quels profils recherchez-vous ?

V. L - Je recrute des personnes expérimentées qui, souvent, viennent d'officines, parfois même qui étaient titulaires [propriétaires NDLR] de la pharmacie. Plus rarement, elles viennent de l'industrie pharmaceutique. Elles doivent savoir qu'en grande distribution, elles auront des objectifs commerciaux et seront maîtres de leur compte de résultat. Il faut être souple dans une parapharmacie, accepter de porter des cartons de temps en temps et de remplir les rayons. En clair, être hyper-opérationnel. .

Pourquoi il fait bon y travailler

Des avantages nombreux

- Être responsable d'un compte de résultat et avoir des responsabilités plus rapidement que dans n'importe quelle pharmacie.

- Des postes plus rémunérateurs que dans une officine traditionnelle.

- Une dimension commerciale qui n'existe pas toujours en pharmacie.

Peu d'inconvénients

- Des conditions de travail qui paraissent plus contraignantes.

- Ne pas rechigner à être multitâches.

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 2157

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous

X

Produits techniques, objets connectés, électroménager : chaque semaine, recevez l’essentiel de l’actualité de ces secteurs.

Ne plus voir ce message