Marchés

Les pesticides bientôt indésirables

|

Après Botanic, les magasins Leclerc de Bretagne ont décidé de ne plus commercialiser de pesticides, en raison de leur mauvaise image. Ce geste fort reste encore peu suivi en raison des pertes financières qu'il représente, mais il s'inscrit dans l'évolution des mentalités

Les pesticides ont une image sulfureuse, et les dernières études en date ne vont pas l'améliorer. En juin dernier, une nouvelle expertise de l'Inserm a conclu « qu'il semble exister une association positive entre exposition professionnelle à des pesticides et certaines pathologies chez l'adulte », et que l'exposition des enfants à ces produits pouvait entraîner des problèmes de développement. Ces interrogations récurrentes sur le lien entre pesticides et santé finissent par avoir des répercussions en magasins, où les produits de traitement de plantes (une terminologie moins anxiogène) se font de plus en plus discrets.

En 2008, l'enseigne Botanic s'est décidée à supprimer les engrais et pesticides chimiques de synthèse, et depuis quelques jours, c'est la coopérative Scarmor, regroupant 42 magasins Leclerc de Bretagne, qui a mené la même démarche avec son opération Zéro Phyto. Le geste est donc dans l'air du temps, mais il n'est pas sans conséquences sur un plan financier. Les catégories concernées représentent pour la Scarmor environ 90 produits et des ventes annuelles de 1,5 million d'euros, sur lequel il va falloir s'asseoir en partie. Jean-Marie de Bel Air, responsable de l'opération et directeur du magasin de Plougastel-Daoulas (Finistère), explique « qu'il va y avoir une perte de chiffre d'affaires dans un premier temps, mais tout l'enjeu est d'en perdre le moins possible et de revenir à l'état dans un ou deux ans », notamment en expliquant qu'il « existe des méthodes alternatives pour le traitement des plantes ».

Nous avons stoppé la commercialisation des pesticides et engrais chimiques en 2008, en évaluant la perte à 2 M€. [...] Pour récupérer une partie du chiffre, nous misons désormais sur le préventif.”

STÉPHANE D’HALLUIN, responsable développe

Le plan Ecophyto se poursuit

Les distributeurs, tiraillés entre la nécessité de proposer un maximum de choix et une image respectueuse de l'environnement, sont

5 à 10% La part des pesticides utilisés par les jardiniers amateurs, soit environ 5 000 tonnes de produits par an (à 95% des herbicides). L'écrasante majorité des pesticides utilisés en France l'est pour l'agriculture

1,5% Le poids de la grande distribution dans les ventes totales des produits phytopharmaceutiques en France (surtout des produits prêts à l'emploi à faible Òvaleur marchande). Les jardineries représentent plutôt 3,5% des ventes avec des produits plus techniques à plus forte valeur ajoutée. Source : Sénat

quasiment tous en phase de réflexion sur le sujet. Surtout sur les désherbants qui représentent l'essentiel des ventes. Une réflexion d'autant plus actuelle que des contraintes réglementaires s'invitent dans la partie, avec le plan Ecophyto censé encadrer encore plus (et réduire à terme !) l'usage des pesticides, ce plan étant synonyme de formation du personnel et de dispositifs d'informations en magasins. Interrogé par LSA, Gamm vert n'a pas souhaité répondre à nos questions sur le sujet. Directeur France du fabricant Bayer Cropscience, Christophe Juif, lui, ne nie pas les difficultés des pesticides en termes d'image : « L'étude de l'Inserm pourrait avoir un impact sur les ventes. Nous avons probablement eu un déficit de communication sur les produits de jardin. Mais Bayer ne laisse pas le consommateur faire seul son choix. Nous avons développé un dispositif adéquat, Bayer Vision, et développé des outils pour avoir des informations en point de vente, sur internet ou via un numéro d'appel gratuit. Pour autant, je vois mal les grandes jardineries ou les libres-services agricoles prendre la décision de ne plus vendre ce type de produits associés aux plantes. »

Si la suppression n'est pas (encore ?) à l'ordre du jour, un basculement vers des alternatives plus naturelles est en cours, avec les produits utilisables en agriculture biologique (UAB), qui pèsent aujourd'hui 10% du marché. Bayer ne cache pas son envie de développer cette offre, compte tenu de la méfiance vis-à-vis des produits de synthèse. Les remplacer par des produits plus naturels n'a cependant pas permis à Botanic de retrouver son niveau de ventes initial, cinq ans après le retrait des pesticides.

Indétrônable Roundup

« En stoppant la commercialisation des pesticides et engrais chimiques, nous avons évalué la perte à 2 millions d'euros. Nous avons

Des initiatives de retrait encore timides

  • Dès 2008, Botanic a arrêté de commercialiser des pesticides et engrais chimiques.
  • En mars 2013, la Scarmor (42 magasins Leclerc de Bretagne) supprime progressivement les produits phytosanitaires chimiques de leurs rayons jardinage. L'objectif Zéro Phyto est atteint le 15 septembre.

fait entrer des produits UAB dans le même temps. Mais là où nous avons clairement perdu du terrain, c'est sur les désherbants. Pour récupérer une partie du chiffre, nous misons désormais sur le préventif, avec le paillage par exemple », souligne Stéphane d'Halluin, responsable développement durable de Botanic. La difficulté de basculer l'offre tient à la vitalité du Roundup, référence star... Et « véritable vache à lait des distributeurs », pour reprendre les termes d'un connaisseur du dossier. À base de glyphosate, matière active créée par Monsanto, le Roundup trône en bonne place dans la majorité des enseignes, mêmes si de discrets changements s'opèrent. Pour ses MDD, Carrefour a arrêté d'utiliser du glyphosate depuis plusieurs années, et s'est tourné « vers des composants plus respectueux de l'environnement ». Auchan a, pour sa part, renoncé aux pesticides de synthèse dans ses MDD depuis 2010 et placé des bornes interactives pour orienter en priorité vers des produits verts. L'enseigne mène une réflexion sur une possible suppression des pesticides, mais précise que « rien n'est encore décidé ni fait à l'heure actuelle ». L'approche est encore différente dans les jardineries, ou la présence de pesticides peut sembler plus légitime. Mais les GMS peuvent s'estimer relativement épargnées. Dans son rapport rendu fin 2012, la mission d'information du Sénat sur les pesticides et leur impact sur la santé préconisait, tout simplement, d'en arrêter la vente dans la grande distribution. Ou de les isoler dans des espaces séparés, à l'image de la parapharmacie.

UNE IMAGE NÉGATIVE

La réduction de l'usage des pesticides (substances utilisées pour la prévention, le contrôle ou l'élimination d'organismes jugés indésirables) est en cours, pour d'évidentes raisons de santé. En 2008, le gouvernement a ainsi lancé le plan Ecophyto 2018 qui vise à diminuer leur utilisation de 50% d'ici à 2018. En juin, une expertise de l'Inserm a souligné « qu'il semble exister une association positive entre exposition professionnelle à des pesticides et certaines pathologies chez l'adulte », et que l'exposition aux pesticides des bébés et enfants « semble être particulièrement à risque pour leur développement. »

Peu d'alternatives

Pour se passer de pesticides de synthèse, les pistes sont encore peu nombreuses :

  • Actions préventives, avec le paillage par exemple
  • Actions curatives, avec des produits naturels ou utilisables en agriculture biologique

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter