Marchés

Les petits plaisirs de l'épicerie fine

|

Ses contours sont flous et ses catégories fort nombreuses, des confitures aux épices en passant par les sauces et les sirops. Mais l'épicerie fine peut jouer son rôle d'antidote à la crise.

Le nombre d'épiceries en France, dont 12 000 en franchise (44 %)
Le nombre d'épiceries « qualitatives » (haut de gamme, épicerie fine, épicerie de terroir)
Le chiffre d'affaires annuel des épiceries « qualitatives », en progression de 5 % par an en moyenne depuis 2001
Le nombre de magasins bio Source : Fédération nationale de l'épicerie La Fédération nationale de l'épicerie indique qu'il n'existe pas de statistiques précises concernant le secteur de l'épicerie « qualitative ». Mais elle estime, d'après les informations dont elle dispose, que seuls ces commerces voient leur chiffre d'affaires progresser, ce qui ne serait pas le cas des autres épiceries.

Sardines, biscuits, pâtés, confitures, miels, cafés, thés, sauces, soupes, pâtes, huiles, bonbons et douceurs... Sans oublier les aides à la pâtisserie, les condiments, ni surtout les épices. Bien malin celui qui pourrait dire où commence et où finit le marché de l'épicerie fine. A fortiori en GMS, où le haut du panier de certaines marques peut être considéré comme relevant de cette catégorie, et où les enseignes développent des gammes fondées sur le patrimoine culinaire français, comme Reflets de France chez Carrefour, ou Nos régions ont du talent chez Leclerc. Pour les fêtes, Monoprix n'hésite pas, pour sa part, à inclure des bocaux de cèpes ou de morilles dans sa gamme Gourmet.

Un foisonnement de produits

De plus, le monde de l'épicerie fine est constitué d'une myriade de PME qui, elles-mêmes, diffusent une incroyable variété de produits. Les gammes d'Albert Ménès comportent ainsi plus de 400 références réparties dans 28 familles de produits. Le catalogue d'Éric Bur compte près de 500 références en épicerie fine et à peu près autant en spécialités étrangères. Chez Terre exotique, on dénombre plus de 250 références en produits conditionnés et plus de 200 pour le vrac. « Il me paraît très difficile de définir le périmètre de l'épicerie fine. En grande distribution, c'est un marché resserré, mais c'est aussi une question d'image pour les enseignes, résume Pierre-Olivier Artru, PDG d'Albert Ménès. Nous ne sommes absolument pas dans le 80/20. Nous vendons autant de confitures de figues que de confitures de fraises. »

Originalité et découverte

Malgré ce foisonnement d'acteurs et de produits, l'épicerie fine semble plutôt bien tirer parti de son statut un peu spécial pour résister à la crise. « L'épicerie fine est synonyme de plaisir et de découverte. Cela permet de faire des cadeaux originaux ou de goûter de nouveaux produits, le prix devient secondaire », rappelle Moriba Ouendeno, PDG de Moriba Saveurs d'Afrique (500 000 E de chiffre d'affaires en 2008). Il souhaite toutefois, en 2010, orienter ses gammes, actuellement présentes en GMS, vers les épiceries fines et les magasins spécialisés bio. En créant, pourquoi pas, une seconde marque dédiée à la grande distribution.

« Les gens vont moins au restaurant, mais ils veulent se faire des petits plaisirs chez eux. Nous sommes là pour y répondre », indique de son côté Pierre-Olivier Artru. D'ailleurs, en 2008, Albert Ménès a enregistré une progression de 3 % de son chiffre d'affaires, à 23 millions d'euros, et devrait faire encore mieux cette année. Plus tournée vers la distribution sélective, Terre exotique (3 M E de chiffre d'affaires pour l'exercice clos fin septembre 2009) se félicite de la vogue du retour à la cuisine. « Depuis deux ans, nous ouvrons beaucoup de nouveaux comptes », explique Olivia Guyard, responsable commerciale pour la France.

Chez Éric Bur, Philippe Hass, PDG, annonce une année en légère progression. La marque mise énormément sur les outils et services de merchandising qu'elle apporte aux hypers. « Le service est fondamental. Ce rayon est très compliqué à gérer et demande à être très proche du client, souligne-t-il. Il faut bien analyser les ventes, travailler sur le terrain et tenir compte de l'emplacement géographique du magasin. » Il est vrai que le pesto n'apparaît pas forcément comme sortant de l'ordinaire dans le midi de la France.

Quant à savoir quelles catégories de produits font les meilleurs scores et pour quelles raisons, cela relève de la gageure. La parution du livre Anticancer : Prévenir et lutter grâce à nos défenses naturelles, de David Servan-Schreiber, aurait ainsi fait s'envoler les ventes de curcuma !

Grosse demande pour des produits « plaisir » peu chers

Chez Albert Ménès, les épices demeurent une valeur sûre, et les tomates séchées, au catalogue depuis trois ans, sont aujourd'hui la deuxième référence la plus vendue par la marque. « Les fleurs sont toujours très tendance, et nous avons une grosse demande sur les produits un peu régressifs, comme les pâtes à tartiner ou les sucres », relève pour sa part Olivia Guyard chez Terre exotique.

Une chose est sûre, le plaisir à petit prix a le vent en poupe. « Les petits formats sont plus demandés qu'avant à cause de leur prix unitaire moins élevé. Nos nouveaux mélanges pour soupe, par exemple, font un vrai carton. C'est lié au petit grammage [20 et 40 g, NDLR] et au packaging coloré qui leur donne un aspect cadeau », ajoute Olivia Guyard. « Les produits les plus chers ont accusé des baisses significatives. Mais dans les moments d'incertitude, les consommateurs apprécient de pouvoir se faire des petits plaisirs peu coûteux », renchérit Philippe Hass. Et il évoque le succès des minimeringues en sachet vendues 2,43 E les 100 g. Dans ce registre, Dom Petroff (la marque de diffusion de Petrossian) vient de sortir le « 10 », soit 10 g de caviar d'élevage pour 10 E. Ce n'est pas encore tout à fait la démocratisation du caviar, mais on s'en approche.

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter