Les Pieds Nickelés du bio

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"L'explosion de la demande impose une rigueur qui devrait être partagée par tous. "

Arrestations et condamnations en cascade, de Morlaix à Périgueux, en passant par Tours ou Poitiers : la filière bio donne ces temps-ci dans le prétoire. Un comble pour les acteurs et défenseurs d'une démarche qui se veut à l'encontre d'une agriculture productiviste soumise aux lois du marché, porteuse d'une certaine éthique d'amont en aval de la filière. Passé le temps des pionniers, voici venu celui des affairistes. Quelques faux certificats, quelques trucages dans la comptabilité, quelques réseaux bien organisés et voilà une filière gangrenée par des professionnels peu scrupuleux.

Citant une estimation de la DGCCRF - la Direction générale de la consommation, de la concurrence et de la répression des fraudes - « le Canard enchaîné » annonçait la semaine dernière que seules 120 000 des 500 000 tonnes de céréales écoulées depuis cinq ans en Europe avec le label bio provenaient de l'agriculture biologique. Une information de nature à s'interroger, entre autres, sur la qualité des volailles certifiées bio. Mais pas seulement. Dans son édition du mois de juin, « Que Choisir » révèle, tests à l'appui, que nombre de produits labellisés bio (farines, salades, mueslis ) sont non conformes aux cahiers des charges, présentant notamment de forts résidus de pesticides.

La naïveté n'est toutefois plus le propre du consommateur. Soucieux de la qualité des produits qu'il achète en ces temps de crises alimentaires, il s'éveille suffisamment à l'information pour tenter d'orienter ses achats vers une offre porteuse de garanties. Le consommateur ne s'étonnera donc guère de l'émergence de quelques escrocs au coeur d'une filière à forte croissance, génératrice de gains substantiels - à coups de dizaines de millions de francs - sous couvert d'actions délictueuses. La filière bio n'a pas naturellement vocation à échapper aux dérives qui agitent parfois le monde des affaires. Pour autant, les événements de ces dernières semaines ne sauraient s'amplifier sans porter un grave préjudice au label AB (Agriculture biologique), celui-là même qui entend offrir au consommateur toutes les garanties d'une production sévèrement encadrée et contrôlée. Et affecter durablement les efforts déployés tant par les producteurs que par les distributeurs.

La révélation de fraudes répétées, la liberté dont s'affranchissent certains producteurs à l'égard de leur cahier des charges ne doivent pas être pris à la légère. Ni par les pouvoirs publics, qui ont un devoir de contrôle et de poursuite. Ni par les acteurs de la filière qui doivent trouver les voies d'une remise en ordre urgente. Et encore moins par les responsables du label AB, qui doit demeurer insoupçonnable. L'explosion de la demande, alors même que l'offre demeure très insuffisante, impose une rigueur qui devrait être partagée par tous. Faute de quoi, l'intérêt des consommateurs français - dont 47 % affirment aujourd'hui consommer du bio - pourrait bien se retourner. Et ramener le bio à une simple opération marketing mal maîtrisée.
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Article extrait
du magazine N° 1730

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