Marchés

Les plastiques face à la hausse des prix

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Hausse des prix, approvisionnements incertains... Le monde du plastique traverse des jours difficiles. La montée en puissance des filières recyclage et « bio » est attendue avec de plus en plus d'impatience.

Qui sait ? Tirée à deux, la sonnette d'alarme tintera peut-être plus fort ? C'est probablement ce que se sont dit, avant les vacances, Roland Roth et Dominique-Paul Vallée, respectivement responsables de IK et d'Elipso, les associations allemande et française représentatives des deux industries de l'emballage plastique et souple. De fait, de ce côté du Rhin en tout cas, les industriels tentent, depuis de longs mois, d'attirer l'attention sur leur double problème de prix et de disponibilité des matières premières.

 

Situation critique

« Des hausses de 13% à 35% des matières plastiques ont été enregistrées sur l'année 2010. Cette situation critique a été aggravée par de nombreuses ruptures d'approvisionnement. Ces hausses s'amplifient et s'installent, depuis le début de l'année 2011, avec + 12% à + 32% d'augmentation, selon les matériaux, en moins de six mois, et, actuellement, des annonces de plus de 5% chaque mois ! », affirme Elipso dans un communiqué, qui précise que la facture matières premières peut représenter jusqu'à 80% du coût total dans l'industrie de l'emballage plastique.

Comme si le tableau n'était pas encore assez noir, le problème est accru par de fortes tensions sur les approvisionnements et par des écarts de prix importants entre zones géographiques. Elipso cite l'exemple du polystyrène cristal, vendu 64% plus cher en Europe qu'en Asie (23% par rapport aux États-Unis)...

Autant dire que les progrès réguliers réalisés depuis longtemps par la filière pour alléger ses produits, et donc réduire la quantité de plastique utilisée par unité d'emballage, ne suffit pas pour absorber de tels chocs. Elipso prévient donc : « Le marché devrait être plus conscient que les coûts des matières premières ne doivent pas uniquement être supportés par les fabricants d'emballages ». Un membre de l'association renchérit : « Le plastique ne fait pas exception à la règle. Les hausses de prix, il faut bien à un moment ou à un autre les répercuter aux clients. »

Elipso craint-elle que ses clients industriels soient tentés de développer des stratégies alternatives, de recourir à d'autres matériaux ? Personne ne semble le redouter chez les fabricants de plastiques, et aucun des grands industriels de l'agroalimentaire ne paraît pour l'instant s'orienter vers cette voie. « Le plastique est quasiment incontournable sur certains marchés, comme celui des eaux minérales par exemple. Il est étroitement associé au produit. Difficile de remettre en cause son statut, même face à d'importantes hausses de prix », affirme un industriel, qui souligne que si la question se posait, elle remettrait aussi en cause les infrastructures d'embouteillage...

 

Matériaux alternatifs

Selon le même industriel, tant du côté des producteurs de plastiques que de leurs clients, pas d'autre choix que de pousser les filières du recyclage et celle des matériaux bio-sourcés. « Sur ce marché, tout le monde raisonne encore " base pétrole " pour faire face aux volumes. Mais, d'ici à quelques années, on peut imaginer que les deux autres filières constituent de vraies alternatives. »

De fait, du côté du recyclage, la marge de progression est encore très importante. Aussi bien en matière de collecte, où l'Hexagone avance des résultats encore très moyens, que de valorisation des déchets. Le taux de collecte s'est établi, en 2010, à 22,5% (mais il atteint 51% si l'on ne considère que les bouteilles et les flacons). Un taux qu'Éco-Emballages estime insatisfaisant. Parmi les points faibles du système actuel : la complexité - ou l'impossibilité - du tri sélectif au niveau des particuliers. Pour remédier à cette lacune, un dispositif devrait être lancé en test, à partir de 2012, qui permettra à 5 millions de Français de déposer dans un seul et même bac de recyclage tous les emballages ménagers en plastique. Grâce à cette simplification du geste de tri, Éco-Emballages espère assister à une importante augmentation des volumes collectés. À l'issue d'une période test de trois ans, le procédé pourrait être généralisé à l'ensemble du territoire.

Du côté de la valorisation aussi, la marge de progression est importante. « Le PET recyclé est aujourd'hui aussi cher que le PET vierge produit à partir de pétrole », rappelle un industriel. Une situation due à la jeunesse de la filière, mais aussi au fait qu'il a fallu attendre 2008 pour que du plastique recyclé reçoive l'agrément « contact alimentaire ». Actuellement à l'étude à Bruxelles, une soixantaine de procédés - dont une cinquantaine pour le seul PET - attendent le fameux agrément... Une effervescence de R et D qui laisse présager de jolis gains de productivité pour les années à venir.

Un autre secteur connaît une effervescence comparable : celui des matériaux bio-sourcés. La production mondiale actuelle, environ 1 million de tonnes, est encore dérisoire. Elle correspond à la moitié des besoins du seul marché français. Reste que plusieurs projets, en Inde et au Brésil notamment, bénéficient du soutien de quelques très grands industriels de l'agroalimentaire et du pétrole. Parmi les innovations récentes les plus remarquables figure notamment un polyéthylène (base végétale) doté de la même structure moléculaire que celle de son cousin « base pétrole ». Il se recyclerait donc de la même façon...

Une solution, le recyclage

  • La Chambre syndicale des eaux minérales l'affirme : 50% des bouteilles en plastique sont recyclées, contre 19 % des ordures ménagères en général. Mais les industriels veulent aller plus loin dans la prévention des déchets, la collecte et le recyclage des bouteilles plastique, dans le droit fil du Grenelle de l'Environnement. Parmi les engagements pris par les membres de la chambre syndicale : augmenter significativement, d'ici à 2012, le taux de recyclage global pour les bouteilles d'eau en PET ; introduire progressivement au cours des cinq prochaines années jusqu'à 25% de matériaux recyclés dans la fabrication de leurs bouteilles, et ce, dès que les approvisionnements en matières secondaires seront sécurisés.

LES CHIFFRES

40% : Le poids des emballages dans la consommation totale de plastiques en France et en Europe

70% : Le poids du marché agroalimentaire dans le chiffre d'affaires de l'emballage souple

Source chiffres : Elipso

Augmentation des prix des principales matières plastiques en Europe, en %, de janvier 2010 à janvier 2011.

Source : Elipso

La filière emballage est durement touchée par des hausses de prix sur toutes les matières plastiques couramment utilisées. C’est le polyéthylène basse densité (PEBD), très employé pour les films de palettisation, qui a subi la plus forte augmentation de prix sur un an.

 

Evian s’allège
La nouvelle bouteille d’1,5 l (le format phare de la marque) pèse

28,6 g contre 32 g pour la précédente. Elle comprend 25% de

plastique recyclé, l’ambition étant d’augmenter le pourcentage à

50% dès cette année. Résultat: une empreinte carbone

diminuée d’environ 30% par rapport  au produit précédent. La

réductiondu volume de plastiqueutilisé est un enjeu

économique, mais aussi marketing, pour les leaders de l’eau

minérale.

 

Volvic, pionnière du plastique bio-sourcé

Au sein du pôle Eaux du groupe Danone, Volvic

a lancé la première bouteille produite en partie

à base de PET d’origine végétale, issu des déchets

de la canne à sucre. Après les formats 50 cl, cette

innovation est désormais déclinée sur les bouteilles

de 1,5 l en France. Dans un avenir très proche,

l’objectif de la division est de parvenir

à fabriquer une bouteille à partir de plastique issu à

100% de biomatériaux.

 

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