Les PME textiles européennes fustigent la grande distribution

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étude - Selon une enquête commanditée par la Commission européenne, un producteur d'habillement sur trois en Europe dénonce des pratiques incorrectes, voire abusives, de la part de la grande distribution.

La pression sur les prix empoisonne plus que ja-mais la filière du textile. Telle est la conclusion d'une recherche commanditée par la Commission européenne à l'université Bocconi et à l'institut Baker et McKenzie, et récemment présentée à Milan. Conduite auprès des PME européennes du textile comptant au moins 20 employés et desservant la grande distribution, elle établit que près de un tiers des fournisseurs interrogés se plaint d'être soumis à « des pratiques incorrectes et, dans certains cas, même à des abus ». Les hypers sont désignés à 50 % comme les plus portés sur ces méthodes vexatoires, les producteurs d'Europe de l'Est apparaissant comme les plus « brimés ».

Tout peut être prétexte

La liste des pratiques considérées comme abusives est longue. À commencer par la commission fixe exigée comme simple droit d'entrée (dénoncée par 28,3 % des industriels). Près de 46 % se plaignent de délais de livraison de plus en plus resserrés et des pénalités qui démarrent au quart de tour. « Avec la grande distribution, j'ai appris la ponctualité », ironise Gianfranco Bossi, patron d'International Fashion Group, producteur de sous-vêtements, qui se souvient comment sa première livraison auprès d'un grand magasin fut refusée pour une demi-heure de retard... « Dans les négociations, les distributeurs sont désormais obsédés uniquement par le prix », note-t-il. De plus en plus de producteurs dénoncent les rabais automatiques réclamés à tout va. « Il s'agit de pénalités imposées de manière systématique, prenant prétexte de la moindre défaillance formelle, tel l'oubli d'un timbre. Cumulées, elles représentent une somme coquette en fin de saison », explique Davide Ravasi, de l'université Bocconi. Sans oublier les retards de paiement des distributeurs, sans compensation (30,7 %), ou les pressions toujours plus fréquentes concernant les invendus. Soit le distributeur demande un rabais supplémentaire (35 %), soit il exige que le fournisseur récupère sa marchandise (30,9 %).

« Ce sont des conditions improbables, où l'on nous réclame sans cesse des remises sans contrepartie, fustige Marco Capella, directeur des achats pour la marque de lingerie Cotonella. Si elles continuent ainsi, les PMI italiennes n'auront plus qu'à mettre la clé sous la porte. » Même constat pour Franco Marenzi, producteur d'accessoires : « Les distributeurs sont en position de force. Depuis quelques années, leur tactique consiste à envoyer des acheteurs très jeunes et inexpérimentés, qui nous regardent de haut sans nous laisser aucune marge de tractation. Avant même de regarder le produit, ils t'étranglent sur le prix ! » Autre pratique peu scrupuleuse (pour 30,8 % des industriels) : l'exploitation des idées. Certains distributeurs ne se gênent pas pour faire copier les échantillons et produire en Chine...

Des partenariats, aussi

Pourtant, 46 % des producteurs estiment être parvenus à instaurer un rapport de partenariat au moins avec l'un de leurs clients. C'est le cas de Silvio Albini, dont l'entreprise familiale, spécialisée dans la fabrication de tissus pour chemises, réalise un chiffre d'affaires de 170 millions d'euros et travaille notamment avec Marks et Spencer et Inditex. « Pour survivre, nous avons essayé de cibler nos interlocuteurs et d'instaurer un partenariat avec eux, indique-t-il. Nous leur avons apporté nos compétences en matière de qualité du produit et d'anticipation des tendances. De leur côté, ils nous ont beaucoup appris. Par exemple, les standards à mettre en place sur de grands volumes. Cela nous a incités à revoir totalement notre logistique. Mais nous sommes favorisés par notre taille. Du coup, la négociation est un peu plus équilibrée. »

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Article extrait
du magazine N° 2040

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