« Les prix de l'électricité vont encore augmenter »

|

Avec l'ouverture, le 1er juillet, de 70 % du marché français à la concurrence, EDF doit affronter de nouveaux acteurs. Le directeur de la branche commerce de l'ex-monopole public fait le point sur les défis à venir et l'évolution des prix sur ce marché.

LSA - Quelles sont les conséquences de l'ouverture du marché de l'énergie pour les entreprises et les professionnels ?

Jean-Pierre Benqué - À partir du 1er juillet, chaque entreprise peut choisir son fournisseur d'énergie et négocier ses contrats. Tout client a donc le choix entre trois possibilités : conserver son contrat historique avec EDF, renégocier un nouveau contrat, ou passer à la concurrence. À nous de convaincre 3,5 millions de clients de continuer avec EDF, comme nous l'avons fait lors des premières étapes de la libéralisation en 2000 et en 2002.

LSA - Combien de clients sont passés à la concurrence lors de ces étapes ?

J.-P. B. - À l'issue de ces deux premières phases, qui concernaient 37 % du marché, soit 3 600 sites de grands industriels et d'enseignes de distribution, nous avons conservé une part de marché de 79 %. Un résultat tout à fait correct, avec un taux de satisfaction de notre clientèle qui a augmenté. Il faut dire que nous avons fait des efforts très importants de transformation en profondeur de notre entreprise. Après le lancement de la branche commerce en juillet 2002, nous avons créé deux marques, EDF Pros et EDF Entreprises, de nouveaux centres d'appels, et une nouvelle démarche commerciale avec le personnel. C'est dire la révolution culturelle majeure menée en interne.

LSA - Avec l'ouverture du marché, vos clients vont-ils payer plus cher l'électricité ?

J.-P. B. - Non, nous avons décidé de maintenir toutes nos offres pour les entreprises et les professionnels indexées sur l'évolution du tarif. Ce qui veut dire que dans le cadre d'un marché haussier, comme celui que nous connaissons actuellement, nous garantis-sons à nos clients une sécurité tarifaire. Si un client quitte aujourd'hui le tarif historique et choi-sit une nouvelle offre EDF, avec des services supplémentaires - dont certains sont payants -, nous nous engageons à ce que son prix actuel soit identique à celui du tarif historique. Au lieu de pratiquer, comme nos concurrents, une offre valable un an qui est susceptible de changer.

LSA - Certains de vos concurrents annoncent des baisses de prix de 10 % à 15 %. Comment expliquez-vous cela ?

J.-P. B. - Ne comptez pas sur moi pour parler de mes concurrents... Je veux juste indiquer que si la concurrence fait baisser les prix, elle ne doit pas oublier les fondamentaux. Je le répète, nos tarifs aux clients sont dans le marché. Vous pouvez avoir un concurrent qui, voulant faire un coup, annonce une réduction de 10 %. Notre client peut, bien entendu, partir. Mais, une fois parti, il doit savoir qu'il ne reviendra pas au tarif historique EDF. S'il veut revenir, nous lui ferons une autre offre. En tenant compte de l'augmentation des prix de l'électricité.

LSA - Pourquoi les prix de l'électricité augmentent-ils ?

J.-P. B. - Avant de vous répondre, je voudrais recadrer ce mouvement dans le passé récent. Entre 1983 et 2000, il y avait une surcapacité d'offre d'électricité, ce qui a fait baisser les tarifs de 45 %. Résultat, nous arrivons en 2000, lors de l'ouverture du marché sur les grands clients, avec un tarif qui est le plus bas d'Europe occidentale. Donc, quand des industriels nous disent « on a eu 25 % de hausse sur l'énergie », c'est tout à fait vrai. En fait, il s'est produit un rattrapage des prix. Mais nous sommes revenus au niveau du tarif de 1999 en francs constants. Quant à l'augmentation actuelle des prix, elle est structurelle et s'explique par un décalage entre l'offre et la demande. La consommation augmente de 2 % par an depuis 1999, soit l'équivalent de la production d'une centrale nucléaire, alors qu'il n'y a pas de nouvelles capacités.

LSA - Quand cette hausse s'arrêtera-t-elle ?

J.-P. B. - Quand nous aurons atteint des niveaux de prix qui nous permettront de réinvestir dans de nouvelles capacités, ce fameux seuil de 35 E par MWh, qui assure la rentabilité de la construction d'une centrale. En attendant cette étape, qui ne devrait pas arriver avant quatre ou cinq ans, nous nous attachons à servir le mieux possible nos clients.

LSA - Quelles nouvelles offres leur proposez-vous ?

J.-P. B. - Nous leur proposons des offres de maîtrise de l'énergie, des produits de couverture associée aux risques des prix de l'électricité... Et d'autres offres encore. Nous proposons à nos clients PME-PMI, supérettes et supermarchés, qui disposent de plusieurs sites, avec plusieurs factures, d'avoir désormais une seule facture. Ils peuvent avoir une vision globale par internet des consommations par site, une alerte en cas de dépassement de puissance ou de consommation anormale sur un site, et une gestion de la facture unique s'ils le souhaitent. Nous pouvons également les aider à optimiser leur consommation d'énergie dans le domaine de l'éclairage. Nous expérimentons enfin, avec Électricité de Strasbourg, une offre qui sortira en 2005 : l'assurance, pour le client, d'être dépanné par un installateur dans un délai de quelques heures, 7 jours sur 7 et 24 h sur 24.

LSA - Comment allez-vous communiquer sur ces offres ?

J.-P. B. - Nous faisons, dès le 1er juillet, une campagne de publicité sur nos nouvelles offres. Par ailleurs, nos clients peuvent nous appeler sur deux numéros uniques de centres d'appels. Et nous disposons de 600 commerciaux dédiés aux professionnels et de 200 personnes pour les entreprises pour apporter davantage de services.

LSA - Les récentes actions des syndicats risquent-elle d'avoir des conséquences sur les départs à la concurrence ?

J.-P. B. - J'espère que non. Il y a beaucoup de gens à EDF qui se sont plongés dans cette ouverture. Un travail immense a été fait. J'encourage les clients à ne pas se laisser influencer par leur légitime agacement face à ces comportements.

LSA - Au final, les clients ont-ils tout à gagner de la nouvelle concurrence ?

J.-P. B. - La concurrence est bonne pour les clients. Je crois qu'à terme, elle peut faire baisser les prix. Le mécanisme d'offre et de demande nous donne la possibilité d'être plus imaginatif sur nos offres. Par ailleurs, dans le contexte de libéralisation à l'échelle de l'Europe, la France a la chance d'avoir plusieurs opérateurs solides qui ont une bonne assise européenne.

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 1867

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous

 
Suivre LSA Suivre LSA sur facebook Suivre LSA sur Linked In Suivre LSA sur twitter RSS LSA