Les producteurs laitiers bretons s’adressent à Emmanuel Besnier sur les prix du lait

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Plusieurs syndicats bretons de la FNSEA viennent d’écrire une lettre ouverte à Emmanuel Besnier, le président de Lactalis, sur la baisse du prix du lait qui les met en colère. Les cours sont au plus bas partout en Europe.

Le président de Lactalis, Emmanuel Besnier, est à nouveau interpellé par les producteurs laitiers
Le président de Lactalis, Emmanuel Besnier, est à nouveau interpellé par les producteurs laitiers

 Alors que la crise porcine semble désormais enrayée à tel point que nul ne parle plus du fameux fonds porcin qui devait être mis en place, la crise laitière n’en finit pas. Depuis la principale région de production, en Bretagne, leq producteurs laitiers s’adressent au président de Lactalis, via une lettre ouverte. Pour se plaindre des prix et des volumes que le groupe qu'il dirige vient de fixer. “Les dernières annonces du prix du lait payé à vos producteurs soufflent un vent de panique et d’inquiétude dans les campagnes. Elles attisent une colère grandissante des producteurs vis à vis du groupe que vous dirigez

Le prix du lait “Lactalis” tournerait autour de 0,26 centimes d’euros par litre hors primes, un niveau de prix évidemment très inférieur à celui payé en 2015 et surtout à celui de 2014, qui plus est sur un volume de collecte réduit. Le revenu des producteurs en est très affecté, d'où leur courroux. Pourtant, le prix du lait payé aux producteurs français par Lactalis semble rester à un niveau supérieur à celui payé ailleurs en Europe, notamment Allemagne, Pays -Bas ou Irlande, ce dernier pays se livrant à une course effrénée à la production pour gagner des parts de marché et compenser par le volume les chutes de prix. Selon une interview donnée récemment à LSA, Dominique Chargé, président des coopératives laitières, mais aussi de la filière lait au sein de l’Observatoire France Agrimer, les cours en France se situaient en moyenne au premier trimestre à 0,28 € le litre hors primes, 0,31 avec primes. Mais il faut se méfier des moyennes : certains fromages aoc comme le comté rémunèrent jusqu'à 0,40 € le litre mais avec un cahier des charges plus contraignant, tandis que des producteurs sans débouchés bradent tout ou partie à 0,18 € !

La guerre des bassins laitiers

La crise n’est donc pas passée, loin de là, compte tenu de la guerre des prix que se livrent partout en Europe les bassins laitiers, et les producteurs bretons en sentent le vent du boulet. “La situation des producteurs est catastrophique. Chaque jour, ils s’enfoncent un peu plus dans la crise. L’absence de considération et l’impossibilité de se projeter accentuent le mal-être”, ajoutent les auteurs de la lettre à Emmanuel Besnier.  A cette situation, le ministre de l’Agriculture répond par un nouveau sparadrap législatif dans la loi Sapin 2, qui a fort peu de chances d’être efficace sur le plan économique, et un décret sur la mention d'origine des produits agricoles.

La mention d’origine du lait sur les étiquetages est une obligation qui va alourdir les charges des entreprises, coûter aussi en terme d’étiquetage et de complexification, eet lle donne évidemment aux autres pays l’idée d’en faire autant et a donc pour effet de réduire les exportations de produits laitiers. Il n'est pas sûr que les producteurs français y gagnent . Et pourquoi ne pas aussi indiquer si le lait provient d’une vache de race hollandaise ou d’une blonde d’Aquitaine ? Dans la loi Sapin II, les négociations tripartites - même si des industriels comme la laiterie Saint Denis de l’Hôtel avec Lidl, des groupements de producteurs - cherchent à les mettre en place - ne peuvent valoir que sur du lait liquide en bouteille, pour une région donnée, pour des volumes insignifiants par rapport à la production laitière française et européenne. Ils ne pèseront en rien sur les cours du beurre, de la poudre de lait, des fromages, yaourts, à marque, en MDD ou en premiers prix. Ces accords ne résoudront donc pas non plus la crise.

“L’amendement Lactalis”

Quant à l’obligation pour les industriels laitiers - et tous les industriels de la transformation - de publier leurs comptes, sous peine d’une amende de 2 % du chiffre d’affaires - que l’on a appelé “l’amendement Lactalis” parce qu’il serait l’objet d’une petite vengeance du ministre de l’Agriculture vis à vis du groupe d’Emmanuel Besnier -  elle donnera aussi accès à des informations dont pourront se servir tous les concurrents européens - ils ne manquent pas - et les acheteurs, lesquels s'intéressent logiquement à acheter au plus bas. Eux n’ont pas à piloter les investissements ou la masse salariale pour pour que l'entreprise reste compétitive et donc qu’elle continue d'acheter le lait des producteurs. Bref, l’économie de marché régulée par la loi ne marche pas. Pour autant, nul ne détient la solution. Fallait-il vraiment lâcher la course à la production, pour faire remonter les cours ? C’est ce que défendent producteurs, coopératives et… industriels, choix qui à date n’a pas (encore) produit de résultats. Il faudrait que la production laitière mondiale toute entière fasse de même, ou que la consommation redevienne supérieure à la production. Aucun des deux scénarios n’est d’actualité. La crise laitière va probablement se poursuivre pendant plusieurs mois, d’où la détresse des producteurs bretons. Et avec ou sans loi Sapin 2...

 
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