Marchés

Les produits provençaux, authentiques, mais novateurs !

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BRÈVES Les PME de Provence-Alpes-Côte d’Azur se réjouissent de l’intérêt des enseignesà leur égard. Innover dans les spécialités n’implique pas de renier son identité.

Avec quelques croûtons de pain tartinés de crème de tomates séchées ou d’aubergines, nouveautés 2014 signées Jean Martin, pas besoin de cigales pour sentir pointer l’été ! « Nous avons conçu un univers, mis en scène dans un meuble, facile à installer et à repérer, où nous soignons l’équilibre entre nos valeurs sûres et nos innovations, affirme Bernard Martin, le PDG de la société de Maussane-les-Alpilles (13). Les distributeurs entendent mieux notre approche qualitative, car afficher leur proximité avec leurs fournisseurs contribue à fidéliser leurs clients. »

Voici encore trois ans, les PME de Provence-Alpes-Côte d’Azur évoquaient des relations souvent difficiles avec les centrales. Le terroir redevenant « tendance », les enseignes comptent sur elles. « Auchan, en région, nous a tendu la main et laissé le temps de nous imposer. Carrefour nous a référencés nationalement en décembre. À condition que la qualité justifie le prix, les distributeurs écoutent notre différence », confie Céline Faure, responsable commerciale du fabricant de glaces Alti-Flore, à Chabottes (05). Après l’argousier et le génépi, il lance une saveur yaourt, en s’approvisionnant auprès de sa voisine, la Laiterie du Col Bayard.

Inventer local

« Ce fut long, mais nos efforts d’élaboration d’une gamme de plats cuisinés à base de produits locaux ont fini par être récompensés », se réjouit Agnès Put, gérante des Mijotés de Provence, à Sisteron (04). Réputée pour ses Pieds & paquets, la TPE sort une blanquette carottes et pois gourmands, ainsi qu’un sauté à la sarriette à base d’agneau origine France garantie.

Pérenniser son implantation impose aussi d’innover régulièrement. « Progresser sur le calisson d’Aix est compliqué. Afin de dynamiser nos ventes, nous proposons donc chaque année notre collection, à l’image des Califruits », argue Maurice Farine, PDG de la Confiserie du Roy René, à Aix-en-Provence. La Conserverie Au Bec fin, à Cogolin (83), valorise, elle, son « contrat nature » avec ses fournisseurs régionaux. « S’ils font de mauvaises récoltes, nous n’irons pas chercher de matières premières ailleurs. Les enseignes sont sensibles à l’argumentation », affirme Marie Franqueza, la dirigeante. SMA Diffusion, à Carnoux (13), veut surprendre, comme avec Croq’Infusion, des cubes de fruits à laisser infuser avant de les croquer ! Elle prévoit des animations, car « la publicité ne suffit plus pour inciter à la découverte », note Michel Osteng, son dirigeant.

À Chabottes, Les Tourtons du Champsaur mise sur la diversité des conditionnements et garnitures. Son tourton à la ratatouille provençale est cohérent avec l’identité du produit. « C’est impératif pour séduire », insiste le directeur, Eugène Pellegrin. « Nos herbes de Provence sont produites et traitées en Provence ! Le client devient prescripteur si l’authenticité lui est proposée à un prix abordable », remarque Alexandre Mauran, responsable développement des Méridiennes, à Brignoles (83). Confiseur et chocolatier à Oraison (04), France Marion a lancé des barres de pâtes de fruits agrumes, framboises et abricots enrichies en vitamines B1, C et acérola. Elle a réussi cette année à implanter d’autres produits de sa gamme. « La demande est venue parce que notre discours sur l’origine des fruits a suscité l’intérêt. Nous y répondons, mais en veillant à ne pas nous rendre dépendants », soutient Jean-Marc Doucet, le PDG. Frédéric Fuchs de la Confiserie Florian, à Nice, affiche la même prudence : « Nous participons aux opérations “ Le meilleur d’ici ” dans les Casino des environs. Mais nos essais en région parisienne ont été lourds à gérer pour notre taille. »

Grandir ensemble

Si certaines PME refusent de vendre en GMS, d’autres souhaitent accentuer la coopération. Soleillans, par exemple, déjà chez Carrefour, avec ses coulis et sauces pizza à base de tomate 100% provençale. « Nous sommes les seuls sur ce créneau “ Provence & Tomate ”, affirme Yanik Mezzadri, le directeur. Notre approche filière agricole identifiable est reconnue. Il faudrait maintenant nous entendre sur le fait qu’en circuit court, notre potentiel de croissance reste limité si le poids des marges est trop important. » Guy Peter, directeur commercial de Confit de Provence à Puyricard (13), voudrait aussi une relation évaluée à la hauteur de la différenciation apportée : « La négociation tarifaire reste la même que pour des produits plus basiques, ce qui empêche trop souvent d’avoir la surface d’exposition en linéaire pour attirer le client. » L’entreprise a lancé début 2014 sa sixième recette de compotées de fruits avec morceaux, Poire Williams-Coing.

Jean-Michel Salon, directeur de la Fédération régionale des industries agroalimentaires Paca, rêve de distributeurs « capables, comme en Allemagne, d’aider les PME à grandir en leur assurant la rentabilité suffisante pour continuer à investir et innover ». Clients, distributeurs et fournisseurs auraient tout à y gagner, selon Alix Kautzmann, dirigeante du Coq noir, à l’Isle-sur-la-Sorgue (84). « Nous avons proposé en premier le confit d’oignons avec du foie gras. Quand la PME , par sa créativité et son savoir-faire est force de proposition pour l’enseigne, ce partage est une clé de réussite commune », conclut-elle.

7 Mrds €

Le chiffre d’affaires généré par les quelque 1 000 entreprises agroalimentairesde Provence-Alpes-Côte d’Azur (Paca).Ce secteur est le deuxième employeur industriel régional avec près de 30 000 salariés.

+ 6%

L’évolution du chiffre d’affaires à l’exportde l’industrie agroalimentairede Paca, entre 2012et 2013, à 1,48 Mrd €.
Hors boissons, il s’élèveà 832,5 M €, à + 3%.£

Source : Friaa

« Provence », une marque sans l’être

En juillet 2012, la région Paca lançait la marque et le logo « Provence », après un test encourageant sur la pomme, la tomate et la ratatouille. L’initiative, aux moyens restreints, n’a pas pu « fondre » les individualismes des terroirs. Chacun compose comme il peut. Sur les salons, la Fédération régionale des industries agroalimentaires de Paca (Friaa) réunit les PME sur un stand « Espace Provence ». Dans les Hautes-Alpes, par exemple, les productions locales arborentla mention « Hautes-Alpes... Naturellement ». AOC (taureau de Camargue, banon...), AOP, IGP (agneau de Sisteron, rizde Camargue) servent aussià marquer son ancrage, comme l’inscription « Cuisiné en Provence ». « J’ai l’impression que cette marque “ Provence ” est riche de tellement de symboles que certains s’évertuent à ce qu’elle puisse être revendiquée parun trop grand nombre d’acteurs », regrette Jean-Michel Salon, directeur de la Friaa.

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