Les projets commerces d'Anne Hidalgo et Nathalie Kosciusko-Morizet pour Paris (Exclusif LSA)

|
Twitter Facebook Linkedin Google + Email Imprimer

EXCLUSIFINTERVIEWLÉGISLATION - LOISTRAVAIL DOMINICAL LSA a interviewé les porte-paroles des deux candidates pour la Mairie de Paris en exclusivité. Fil rouge de leur campagne, Nathalie Kosciusko-Morizet, veut insuffler une énergie nouvelle à l’économie parisienne, qu’elle trouve distancée par rapport à d’autres métropoles internationales. Sans pour autant contredire le message clé d’Anne Hidalgo : soutenir la vitalité et la diversité commerciale de Paris - en particulier les commerces de bouche et de proximité. Leurs positions sont davantage tranchées sur les ouvertures dominicales et nocturnes que veut étendre la candidate UMP, a contrario de son adversaire PS qui veut les limiter pour préserver les rythmes de la ville et les petits commerces. Les candidates ont aussi en commun de voir dans la grande distribution et les centres commerciaux les "contrepoints" raisonnés d’une Capitale - qui à l’instar d’un village – fait de son tissu commercial traditionnel son principal référent.  

1) LE FIL ROUGE DE LEUR CAMPAGNE POUR LE COMMERCE

LSA : Quel est le "fil" rouge de la campagne de la candidate que vous représentez, pour le commerce de Paris ?

 Agnès Evren, porte-parole de Nathalie Kosciusko-Morizet. Avec Nathalie Kosciusko-Morizet, nous voulons insuffler une énergie nouvelle à l’économie parisienne. Treize ans après l’arrivée de la gauche à l’Hôtel de Ville, la performance de l’économie parisienne est en perte de vitesse par rapport à d’autres métropoles internationales telles que Barcelone ou Londres, comme vient de le confirmer une étude de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris. En témoigne, par exemple, le différentiel de croissance avec Londres : depuis 2001, l’économie londonienne a progressé deux fois plus vite que l’économie parisienne. Paris doit donc impérativement trouver un nouveau souffle pour rester dans la compétition que se livrent les grandes métropoles mondiales. Parmi les axes de dynamisation de l’économie parisienne, il y’a évidemment le développement et la protection du commerce de proximité. C’est pour nous un enjeu aussi bien économique que social. Le commerce de proximité est l’essence même du dynamisme et de la vitalité de Paris. Il participe très largement à l’attractivité et au rayonnement des quartiers parisiens.

Rémi Féraud, co-directeur de la campagne d’Anne Hidalgo. Soutenir la vitalité et la diversité commerciale de Paris - en particulier les commerces de bouche et de proximité - est une priorité d’Anne Hidalgo. Le commerce de proximité fait partie du patrimoine parisien et joue un rôle essentiel d’animation des quartiers, sans compter le nombre d’emplois qu’il représente (il y a aujourd’hui 80 000 commerces et locaux commerciaux à Paris, de 1 à 4 employés chacun). Certes, la Loi dite de Modernisation de l’Economie, votée en août 2008, en retirant à la ville la possibilité de donner son accord pour toute implantation de superficie inférieure à 1000 m2, a favorisé l’implantation des enseignes internationales au détriment des petits commerces, à l’assise financière moindre. Mais la Ville a mis en place une politique destinée à préserver la diversité des commerces en confiant à la SEMAEST (1) le pouvoir de préempter les murs de pieds d’immeuble, afin de les donner en location à des commerces de bouche, de proximité ou à vocation culturelle (librairies…). Ce sont aujourd’hui 350 commerces qui ont pu être installés dans les quartiers concernés. Anne Hidalgo souhaite à l’avenir poursuivre et amplifier cette politique de préservation du dynamisme de ces commerces qui font le visage de Paris.

(1) Société d’économie mixte de la ville de Paris

2) LEUR POSITION SUR L’OUVERTURE DES MAGASINS LE DIMANCHE

LSA : Quelle est votre position dans le grand débat sur l’ouverture dominicale des magasins ?

R.F. pour A.H. Nous sommes contre une généralisation des ouvertures dominicales. D’abord pour préserver les rythmes de la ville, mais aussi pour préserver les petits commerces qui n’ont pas forcément la capacité financière d’ouvrir tous les jours, et qui seraient forcément amenés à voir leur part de marché diminuer. Certaines études, comme celle du CREDOC, démontrent que la création d’un emploi le dimanche dans un grand magasin entrainerait la destruction de près de 2 emplois dans un « petit » commerce.
Il n’y aura bien sûr pas de retour en arrière sur les ouvertures déjà autorisées. Et nous ne sommes pas contre des modifications de périmètres, afin de mieux prendre en compte certaines réalités (rue des Franc-Bourgeois dans le quartier du Marais par exemple). Mais cela sera fait en concertation avec les acteurs économiques, les riverains (ceux du 9ème arrondissement ne sont pas forcément favorables à voir les grands magasins ouvrir le dimanche, selon le même rythme trépidant de la semaine, engendrant circulation et pollution) et les syndicats. Chacun doit y trouver son compte. Enfin, et contrairement à ce que certains veulent laisser entendre, 20 000 commerçants sont aujourd’hui ouverts à Paris le dimanche.

 A.E. pour N.K.M. Il y a à Paris un énorme gâchis, un potentiel sous-exploité pour les salariés, les entreprises et la ville. Alors que la responsabilité de délimiter les zones dérogatoires incombe au maire de Paris, la candidate socialiste n’a eu de cesse de tergiverser sur cette question. Le résultat de cette frilosité, c’est que de plus en plus de tour-opérateurs proposent des « packages » dans lesquels les touristes quittent Paris le samedi soir pour aller faire des achats à Londres. Il faut stopper cet énorme gâchis. La capacité d’une grande ville à accompagner l’évolution des modes de vie de ses habitants est une condition essentielle de son dynamisme. Nathalie Kosciusko-Morizet a annoncé, dès le début de sa campagne, son intention d’étendre les possibilités de travailler le dimanche. Il ne s’agit pas, bien-sûr, de généraliser l’ouverture dominicale mais d’élargir les zones dérogatoires existantes et donner ainsi plus de liberté à chacun. Liberté de faire ses courses quand on le souhaite, liberté de travailler quand on veut. Aujourd’hui, seuls 650 commerces non alimentaires sont ouverts le dimanche à Paris, soit moins de un sur cent. Ouvrir les magasins le dimanche pourrait générer plus de 10 00 emplois supplémentaires.
Paris est une ville en mouvement, portée par l’énergie de ses commerçants et de ses habitants. La carte actuelle ne peut éternellement restée figée et de nouvelles zones doivent être définies en concertation avec les acteurs concernés. Nous proposons d’étendre certaines zones touristiques existantes autour de l’avenue Montaigne, de la rue du Faubourg Saint Honoré ou encore de la rue Saint Honoré. Les commerçants, eux-mêmes, estiment à 5 000 le nombre d’emplois pouvant être crées dans ce périmètre. Sur les grands boulevards, de l’Opéra à la Bastille, les grands magasins ont indiqué qu’ils seraient en mesure de créer 1 000 emplois en cas d’ouverture. D’autres zones dérogatoires sont possibles, notamment à Bercy Village, Montmartre ou les Halles.

3) SUR LA PROLONGATION DES OUVERTURES LE SOIR

LSA. La question se pose aussi pour l’extension d’ouverture des magasins le soir…

 A.E. pour N.K.M. L’autre volet est effectivement l’ouverture nocturne des commerces. Il n’est pas normal que dans certains quartiers très fréquentés par les touristes, comme les Champs-Elysées, les magasins soient fermés passé 21 heures ! Nathalie Kosciusko-Morizet a d’ailleurs déposé une proposition de loi visant à élargir le dispositif existant.

R.F. pour A.H. Nous n’y sommes pas, non plus favorables [NDLR : comme pour l’ouverture dominicale évoquée plus haut]. Toujours par souci pour la qualité de vie des habitants, de même que celle des salariés ! Et encore une fois pour protéger les commerces de proximité de la concurrence sans borne des grandes surfaces.

4) LEURS PRIORITES POUR LE(S) COMMERCE(S) DE PARIS

LSA. Quel est votre programme pour le commerce de Paris ?

 A.E. pour N.K.M. Nous souhaitons poursuivre la politique consistant à réserver certains locaux pour les petits commerces de proximité, afin de lutter contre la mono-activité et l’uniformisation de certains quartiers. La gestion de la SEMAEST qui agit pour le dynamisme du commerce de proximité et des activités artisanales à Paris, n’est pas assez efficace. L’équipe sortante gère les questions d’urbanisme commercial de manière beaucoup trop archaïque. Il aura fallu trois ans au maire du 9e arrondissement pour obtenir le classement de Pigalle en zone « Vital’Quartier » (2). Pour redonner du dynamisme au commerce de proximité, il faut que les arrondissements soient beaucoup plus associés qu’aujourd’hui à la politique menée par la ville. Nous voulons également encourager la reprise de locaux en pied d’immeuble pour créer des commerces. Aujourd’hui, ils restent trop souvent et trop longtemps vacants.

(2) NDLR : mission en faveur du développement du commerce de proximité, notamment dans les zones dégradées ou en mono-activité, déléguée à la SEMAEST

R.F. pour A.H. Défendre le commerce de proximité qui participe de la qualité vie des Parisiens, et en priorité les métiers de bouche tels que boulangers, bouchers ou poissonniers, grâce à la protection que permet le Plan local d’urbanisme et l’opération Vital’ Quartiers confiée à la SEMAEST. Soutenir aussi les 82 marchés couverts ou ouverts de la Capitale. Et nous voulons apporter un soutien spécifique aux libraires. En réfléchissant notamment à l’aménagement de loyers pour les locaux appartenant à la Ville. Et en lançant aussi une ‘‘Nuit des Libraires’’. De manière plus générale, un levier pour promouvoir les commerces de proximité serait de les associer aux grands évènements parisiens : Nuit Blanche, Salon du Livre, Fashion Week... Nous voulons notamment réserver des espaces en pieds d’immeuble dans les bâtiments sociaux de la ville pour y offrir des conditions d’installations préférentielles aux artisans ouvrant leurs premiers magasins. Et pour aller encore plus loin, nous souhaitons que les milliers de pieds d’immeubles appartenant aux bailleurs sociaux fassent l’objet d’une politique mise en harmonie avec la politique de préservation de la vitalité des commerces. Cette mise en œuvre sera facilitée par la Loi votée par l’Assemblée nationale en mars dernier, et qui permettra ainsi la régulation des loyers, le droit de priorité pour le commerçant en cas de vente des murs, et la possibilité de déléguer à un opérateur le droit de préemption, non seulement des murs mais également des baux.

5) LEURS SOLUTIONS POUR LA LIVRAISON DES COMMERCES

LSA. Plus encore que dans d’autres grandes villes, les livraisons posent de nombreux problèmes à Paris…

 A.E. pour N.K.M. Des emplacements seront prévus dans les programmes de constructions neuves et d’urbanisme, en particulier pour les commerces de proximité. Les conditions de livraison doivent être aussi améliorées, s’agissant de leur emplacement ou de leur taille.

R.F. pour A.H. Nous allons privilégier trois orientations. D’abord développer des livraisons plus écologiques en encourageant le recours aux véhicules électriques ou hybrides, en évitant de recourir au diesel dans l’acheminement du fameux ‘’dernier kilomètre’’. Nous travaillons aussi avec Rungis sur la question du «fret propre » grâce au rail et aux voies fluviales. Deuxième axe : la mise en place de deux espaces logistiques de livraison aux Olympiades dans le XIIIe arrondissement et à Montparnasse. Nous menons, enfin, une réflexion sur le mode d’utilisations des places de livraisons, qui existent, mais sont trop souvent indisponibles. La solution pourrait être la réservation préalable par internet ou smartphone, assortie d’un système de blocage ou d’accès exclusivement réservé.

6) ET LE « GRAND COMMERCE » DANS PARIS...

LSA. Le soutien aux commerces de proximité est au coeur dans votre programme.  Du coup quel est votre politique vis-à-vis de la grande distribution et des centres commerciaux ?

R.F. pour A.H. Nous ne dénions pas aux grandes enseignes le droit de s’installer dans les rues de Paris, ce que nous ne voulons pas, c’est que la ville s’uniformise. Il faut savoir préserver un juste équilibre entre le développement de nouveaux espaces commerciaux - Anne Hidalgo a par exemple fortement soutenu la construction du centre Beaugrenelle - et le maintien des commerces de proximité. Chacun doit pouvoir trouver sa place, dans un équilibre qui correspond à l’intérêt et aux attentes des Parisiens.

 A.E. pour N.K.M. Il est primordial que les Parisiens puissent trouver une offre adaptée à chacun. La qualité de vie à Paris et son attractivité passent par des espaces publics de qualité. A ce titre, les espaces commerciaux doivent être mis en valeur, mais en respectant impérativement l’identité et le paysage de leurs quartiers d’implantation. Là encore, il s’agit de trouver un juste équilibre commercial a contrario du nouveau centre Beaugrenelle, dans le 15e arrondissement, qui risque de dénaturer ce quartier résidentiel, le transformant en quartier commercial. Les 45 000 m² de Beaugrenelle ne seront pas sans effets sur les emplois dans les magasins des rues adjacentes. Il faut aussi être vigilant sur une dérive des dépenses comme par exemple sur le chantier des Halles qui coutera au final quelques 800 millions d’euros ! La capacité à donner la priorité au développement économique, au commerce et donc à la création d’emplois nécessite une rupture profonde avec la politique de l’équipe sortante.

Précisions : Ce «face-à-face virtuel» est issu de deux interviews distinctes réalisées le 19 février pour Agnès Evren, la porte-parole de Nathalie Kosciusko-Morizet, et le 26 février pour Rémi Féraud, co-directeur de la campagne d’Anne Hidalgo. Propos recueillis (et données chiffrées revalidées auprès des intéressés) par Daniel Bicard. 

 

 

 

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Appels d’offres

Accéder à tous les appels d’offres

 
Suivre LSA Suivre LSA sur facebook Suivre LSA sur Linked In Suivre LSA sur twitter RSS LSA