Marchés

Les pros du textile se mettent à la collecte de vêtements

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Dossier Les trois quarts des vêtements finissent un jour ou l'autre à la poubelle. D'autant plus dommage que, souvent, ils pourraient avoir une seconde vie « utile ». Si les réseaux associatifs sont à l'oeuvre depuis longtemps pour organiser la collecte, les enseignes ont davantage tardé. Mais s'y mettent aussi désormais.

Fabien-Denis Beauprez responsable des partenariats au Relais, réseau spécialisé dans le recyclage textile, numéro un de la collecte en France
Fabien-Denis Beauprez responsable des partenariats au Relais, réseau spécialisé dans le recyclage textile, numéro un de la collecte en France

La statistique a de quoi donner des haut-le-coeur : 75% des vêtements achetés finissent au bout du compte à la décharge. Donc pas valorisés. Une seconde vie est pourtant possible. Elle est même, développement durable oblige, souhaitable. Et, sur ce terrain brûlant, les choses changent, petit à petit.

« La France, avec 2 kilos de textiles collectés par an et par habitant, est encore en retard par rapport à la moyenne européenne, située à 4 ou 5 kilos, mais de grands progrès sont faits, jour après jour », témoigne ainsi Fabien-Denis Beauprez, responsable des partenariats au Relais, association d'insertion par l'activité économique, spécialisée dans le recyclage textile. Et quel spécialiste : 2 200 salariés, plus de 90 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2012 et, déjà, plus de 16 000 conteneurs installés un peu partout en France.

  • 75% des vêtements achetés finissent à la décharge, sans être valorisés
Source : Le Relais
  • 50 à 60% des vêtements récupérés trouvent une seconde vie immédiatement et peuvent être portés à nouveau
Source : iCollect
  • 30% des vêtements sont recyclés comme matériaux isolants
  • 10 à 15% des vêtements sont transformés en « textile utile », chiffons d'essuyage ou autres
  • 5% ne sont pas réutilisables, mais servent toutefois à la production d'énergie
Source : iCollect

Les pistes

  • Installer des conteneurs de collecte sur son parking, c'est assurer un maximum de visibilité au service de la collecte et se forger aussi une bonne image de marque
  • Les collectes, avant organisées de manière ponctuelle, sont de plus en plus pérennisées, avec des bornes installées soit sur le parking, soit en magasin. De quoi créer du trafic dans son point de vente

Les freins

  • Curieusement, si le tri de ses déchets ménagers est maintenant entré dans les moeurs, ce n'est pas encore le cas de la collecte de ses vieux vêtements. Essentiellement parce que c'est plus compliqué à organiser : on doit installer des bornes, expliquer les modalités de collecte, etc.

La plupart sont sur les parkings des sites commerciaux. Ils sont aussi, et de plus en plus, à l'intérieur des magasins. Car, indépendamment ou avec l'aide des réseaux associatifs, les enseignes ont maintenant compris l'importance du phénomène. Le groupe H et M a ainsi lancé, en février dernier, un vaste programme de collecte dans ses magasins. Et vaste est le mot, en effet, car l'idée est, très vite, d'étendre le service aux 2 900 magasins du réseau dans le monde. En France, 21 points de vente ont d'abord été concernés. « Ils sont aujourd'hui 79, et les 179 boutiques du parc seront toutes équipées de bornes de collecte d'ici à la fin du mois d'août », réagit la porte-parole du groupe en France.

 

Pérénnisation du système

C'est tout récent encore, mais, à raison de 45 à 50 pièces collectées par jour et par magasin, c'est déjà 27 tonnes de vêtements qui ont été récupérées. Pas si mal. Ces vêtements sont pris en charge par iCollect, qui les rachète au kilo, et s'échine à leur trouver une seconde vie (lire chiffres par ailleurs).

Les rachète ? Oui, mais qu'on se rassure, H et M n'en retire aucun bénéfice. L'enseigne reverse ainsi deux centimes par kilo collecté à l'Unicef, en France. Et offre même, pour inciter au geste, 5 € de réduction pour chaque sac apporté par ses clients. Bonobo, enseigne du groupe Beaumanoir, agit exactement de même dans ses 330 magasins. « Après l'avoir pratiqué de manière ponctuelle, nous avons pérennisé ce système de collecte depuis deux ans maintenant », explique le directeur général, Yann Jaslet.

Quand l'enseigne réalisait cette collecte à raison de deux vagues annuelles de quinze jours, elle recueillait entre « 15 000 et 20 000 jeans dans l'année », lesquels étaient ensuite donnés à Emmaüs. « En 2012, avec un système de collecte valable toute l'année, c'est 50 000 jeans qui ont été donnés à l'association », se satisfait Yann Jaslet. Celui-ci annonce, fort de ce succès, vouloir étendre la collecte à toutes les pièces textiles, hors accessoires. « Ce sera chose faite dès le mois d'août, déclare-t-il. Et quelle que soit la marque, évidemment. Le seul critère à respecter est celui de la propreté, afin que ces vêtements puissent être écoulés facilement dans le réseau Emmaüs ensuite. »

 

Coton écoresponsable

Dans les deux cas, pour H et M comme pour Bonobo, ces bornes de collecte, installées dans leurs points de vente, font partie intégrante d'un projet plus large. Il a, chez H et M, pour nom « Conscious », représenté, par exemple, par une gamme de textile écoresponsable. « À terme, l'idée serait de pouvoir boucler la boucle, c'est-à-dire de recycler ces vêtements et de les remettre sur le marché, dans nos magasins H et M », pointe la porte-parole du groupe.

Ce qui empêche de le faire ? Des problèmes techniques essentiellement, avec des produits recyclés aux fils trop fins, trop fragiles et compliqués à travailler, pour que la qualité soit suffisante aux yeux du géant suédois. En attendant, ce dernier cherche à mieux organiser ses matières premières pour que, « d'ici à 2020, la totalité du coton utilisé soit issu d'un développement écoresponsable », c'est-à-dire soit labellisé, organique ou recyclé.

Bonobo, à son échelle, a la même démarche, via notamment une collection baptisée « Instinct », que l'enseigne souhaite promouvoir. « Notre offre écoresponsable représente 7% de nos pièces aujourd'hui (tous modèles et coloris confondus). Nous souhaitons la renforcer encore », indique ainsi son directeur général.

Les enseignes alimentaires, évidemment moins directement concernées par la collecte des textiles, ont, elles aussi, leur mot à dire. La plupart sont partenaires du Relais pour autoriser l'installation de conteneurs sur leur parking. Un petit geste qui sert beaucoup à l'association : « Ce sont des zones de flux extraordinaires pour nous permettre de faire connaître le service de collecte, indique Fabien-Denis Beauprez. Mécaniquement, avec 50 à 60% des magasins équipés, nous pouvons encore faire d'importants progrès en la matière. »

Fabien-Denis Beauprez responsable des partenariats au Relais, réseau spécialisé dans le recyclage textile, numéro un de la collecte en France « À peine 25% des textiles en fin de vie sont collectés »

LSA - On trie plus ses déchets que ses vêtements. Les choses changent-elles ?

Fabien-Denis Beauprez - Toutes opérations de tous organismes confondus, on collecte à peine 25% du textile en fin de vie en France. C'est peu comparé à la moyenne européenne, mais les progrès sont flagrants. Nous avons ainsi, au Relais, doublé les volumes recueillis en cinq ans. L'objectif est maintenant d'arriver à au moins la moitié des textiles collectés d'ici à 2020.

LSA - Les enseignes jouent-elles le jeu pour arriver à cet objectif ?

F.-D. B. - Le Relais existe depuis 1984. Si nous étions seuls au début, ce n'est plus le cas avec, depuis 2008-2009, de nombreuses opérations de partenariats menées avec les enseignes, de tous secteurs. C'est important, car, si nous disposons déjà de 16 000 conteneurs partout en France, c'est sur les parkings des hypermarchés et des centres commerciaux que nous réalisons les meilleures collectes. Rien que sur le parking du Carrefour de Lomme (59), cela représente 52 tonnes de vêtements par an. C'est énorme !

LSA - De quoi avez-vous besoin pour encore accroître les volumes ?

F.-D. B. - C'est une tendance de fond, avec des clients demandeurs et des enseignes qui ont compris l'importance de participer aux collectes. Aujourd'hui, dans la distribution, 50 à 60% des magasins sont ainsi équipés. Mécaniquement, donc, les axes de progrès sont importants. Mais tout cela avance vite et bien. 

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