Marchés

Les puces intelligentes démangent la distribution

La technique d'identification par radiofréquence (rfid) gagne du terrain en France. Une étude publiée en exclusivité par LSA montre que distributeurs et industriels sont pragmatiques. Une dizaine de pilotes sont en cours.

Des avancées timides... Mais des avancées tout de même. Et, surtout, un intérêt marqué. C'est le principal constat qui ressort du Livre blanc sur l'identification par radiofréquence (rfid) rédigé par Pierre Audoin Consultants (PAC) et dévoilé en exclusivité dans LSA. Cette étude, commandée par Microsoft et Hewlett-Packard, est la plus importante jamais réalisée en France sur le sujet (220 entretiens auprès de distributeurs et d'industriels ).

Une relative indifférence

Deux chiffres illustrent la complexité du sujet ainsi que l'écart entre sa médiatisation et la réalité du terrain. Si la quasi-totalité des personnes interrogées a entendu parlé de la rfid et de ses avantages - de l'économie engendrée sur la main-d''oeuvre en entrepôt à l'efficacité logistique en passant par la réduction du vol -, silence dès que l'on entre dans les détails. Seuls 20 % des sondés peuvent citer les principaux acteurs du marché (fournisseurs de solutions, intégrateurs...). Éloquent.

Rien d'étonnant, donc, à ce que seulement quatre pilotes en cours et cinq projets soient actuellement recensés dans les enseignes. Et que le marché demeure confidentiel. Il représente 30 M E pour 2004 dans l'Hexagone, indique Pierre Audoin Consultants. « Le secteur du transport et de la mobilité sont en avance sur les autres secteurs avec un marché estimé à 15,4 ME, indique Juliette Audoin, un des auteurs de l'étude. Suivent le commerce et les produits de grande consommation avec une activité évaluée à 7,7 ME. » On est bien loin des centaines de millions de dollars placés sur les puces intelligentes dans les pays anglo-saxons...

Un culte du secret néfaste

Les causes de cette relative indifférence ? L'attentisme, avant tout. S'ils mettent toujours en avant le prix - jugé élevé - des étiquettes (20 cents l'unité nue), la plupart des acteurs attendent en fait qu'un projet leader, du type de ceux conduits par Wal-Mart, Metro ou Tesco, démontre la faisabilité technique et le retour sur investissement de la technologie. Des modèles plutôt difficiles à chercher au sein des pilotes hexagonaux, tous réalisés dans le secret le plus total.

Autre explication de l'attentisme des distributeurs, plus positive celle-ci, « le retour sur investissement de la rfid en France est moins visible qu'aux États-Unis, car l'optimisation des systèmes logistiques est déjà bien avancée. Disons que les États-Unis comblent le retard pris dans les années 70 », estime Bernard Jeanne-Beylot, directeur division industrie-logistique chez Balogh, fournisseur de solutions RFID. Ce qui n'empêche pas les pionniers français d'avancer avec pragmatisme sur des enjeux bien définis. C'est la principale nouveauté qui ressort de l'étude. À la suite des succès de Marks & Spencer, dont les ventes des articles tagués ont bondi de 10 % l'an dernier, c'est essentiellement sur le textile que devraient se concentrer les pilotes et premiers projets de déploiement cette année. Selon nos informations, Carrefour poursuit des tests d'étiquettes placées sur certains articles dans son entrepôt textile de Vert-Saint-Denis, en région parisienne. Dans le sillage de Zara, dont les tests ont facilité le processus de cross-docking, Caroll International prévoit un pilote courant 2005. Décathlon, après des tests assez décevants en Espagne, planche de nouveau sur la question.

« Le principal atout du textile est qu'il n'y a aucune standardisation des matériels requis, car la boucle de réapprovisionnement reste fermée, sur un nombre limité de fournisseurs externes, et les magasins sont en interne », poursuit Juliette Audoin. L'opération de Casino (lire LSA n° 1898), qui va protéger à la source plus de 12 millions d'articles de sa collection textile à marque de distributeur en mai prochain, résonne ainsi comme un avant-goût du passage à l'étiquette intelligente. D'autres produits à forte valeur ajoutée sont en première ligne. Un parfumeur s'est lancé depuis six mois dans un test d'étiquettes posées à la source sur l'emballage. Jusqu'à la Fnac, qui souhaite tester la rfid sur palettes et colis et a décidé d'équiper des précieuses puces une poignée d'écrans LCD et plasma.

Un coup de pouce des pouvoirs publics

Pour le reste, les enseignes alimentaires font dans le minimalisme. Elles s'essaient toutes aux étiquettes, mais sur les bacs en plastique. Le système reste en boucle fermée et permet des économies substantielles vue la disparition chronique des bacs (plus de 20 % par rotation). Mais on est encore loin d'une lecture des palettes livrées par des industriels. Pourtant, pas besoin de révolution informatique pour débuter les tests. « Un pilote en boucle fermée nécessite un peu d'informatique, une grande implication de la direction générale, savoir ce qu'on souhaite mesurer et une limite dans le temps », commente Juliette Audoin.

Bref, il faut se lancer maintenant pour ne pas manquer le train et s'approprier la technologie. La technique de lecture progresse, elle, de jour en jour. « En deux mois, nous sommes passés de taux de lecture de 40 % à plus de 80 % sur des demi-palettes en ultra-haute fréquence », indique Xavier Barras, responsable d'ePC Global France, qui utilise un laboratoire de tests. « Wal-Mart a connu des problèmes de lecture qu'HP a résolus en faisant tourner les palettes », indique Lucien Repellin, en charge des projets RFID chez HP, aux États-Unis. Un coup de pouce des pouvoirs publics ne serait pas négligeable. L'alignement de la réglementation française, qui autorise quatre fois moins de puissance dans le choix de fréquences que les autres pays européens, serait un geste fort envers les tests en boucle ouverte. Dans un rapport à paraître en mai, ePC Global indique qu'avec une réglementation plus souple le taux de lecture des colis progresse de... 110 %. De quoi développer un marché très prometteur pour les fournisseurs de solutions informatiques qui affûtent leurs programmes.

jean-bernard gallois

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