Les pure players en quête de geeks

|

Les pure players de l'e-commerce aussi ont d'importants besoins de recrutements. Afin de développer de nouvelles fonctionnalités et de rester plus performants que leurs concurrents, ils doivent attirer des talents de la tech. Voici leurs techniques pour les séduire. 

La souplesse dans l’organisation du télétravail fait partie des arguments mis en avant par les DRH pour attirer et retenir les profils recherchés.
La souplesse dans l’organisation du télétravail fait partie des arguments mis en avant par les DRH pour attirer et retenir les profils recherchés.© antoniodiaz/123RF

Coronavirus égale pénurie de masques, de gel et… de p’tits génies de la tech, une denrée rare difficile à recruter pour les pure players de l’e-commerce. Afin de comprendre le lien entre ces phénomènes apparemment distincts, développons l’équation : Coronavirus égale davantage de clients pour l’e-commerce… et donc plus d’entreprises qui mettent les moyens pour les séduire et engranger du chiffre d’affaires. Pour faire face à la pression croissante de la concurrence, les sites de vente en ligne misent sur la technologie. Cnova a investi 100 millions d’euros en 2021, notamment pour booster la tech de sa filiale e-commerce ­Cdiscount.

Mais au-delà du cash, développer son site et ses services signifie recruter des pointures du codage et de la data. LSA a interrogé les quatre plus gros e-commerçants spécialistes du non-alimentaire en France pour estimer leurs besoins. Résultat : Veepee prévoit 780 embauches de geeks en 2022, dont 53 CDI. Pour Cdiscount et ManoMano, ce sont 150 CDI. Tandis qu’Amazon n’a pas souhaité donner ses chiffres.

« Nous cherchons tous types de profils : data scientist, data engineer, développeur… », liste Franck Aimé, DRH de Veepee. « La tension sur le marché s’accentue, car ces profils sont aussi chassés par les distributeurs qui se digitalisent, les start-up, les cabinets de conseil… Ils peuvent facilement sauter d’un marché à l’autre », pointe Lionel Chambet, responsable retail chez Capgemini Invent France. Résultat : « Le turn-over des équipes IT progresse », note Nathalie ­Estrada, DRH de Cdiscount. « Il est très difficile de recruter des profils seniors car, il y a quinze ans, personne ne formait de data scientists en France », contextualise Lionel Chambet. Pour faire face, la Fevad a milité pendant la campagne présidentielle pour la création de nouvelles écoles digitales. Certains forment même des salariés en interne. « Nous peinons à recruter des développeurs et des data scientists à cause du manque de talents. Nous proposons donc des compléments de formation », souligne Franck Aimé.

Des labels honorifiques payants

Pour charmer des candidats dans ce contexte tendu, les pure players prônent leur flexibilité. « En septembre dernier, nous avons revu notre politique de télétravail. Maintenant, c’est au salarié et non au manager de choisir s’il souhaite travailler de chez lui, entre zéro et cinq jours par semaine », détaille Éric Décisier, vice-­président RH de ManoMano. Ils doivent seulement participer physiquement à cinq ­rendez-vous annuels de deux à trois jours. Veepee recrute partout en France. Il accède ainsi à plus de profils et limite la hausse des salaires des divas de la data : les rémunérations sont moins élevées en région. Reste que les e-commerçants alignent leurs grilles sur les tarifs du marché, en hausse. En 2021, un data scientist français de cinq à dix ans d’expérience touchait 60 000 à 70 000 € brut par an. En 2022, ce sera 10 000 € de plus, selon le cabinet de recrutement Robert Walters.

Ces groupes travaillent aussi leur image « d’entreprise digital native ». « Nous avons un flux important de CV entrants car nous sommes une entreprise tech, attirante pour les experts de l'informatique », assure la DRH de Cdiscount. Pour muscler leur marque employeur, ils misent sur des labels RH. Amazon est Top Employer depuis 2019 et Cdiscount Great Place to Work depuis 2021. Ces labels sont payants : 17 000 € en 2020 pour Top Employer. Contrairement à ce qui se passe avec Great Place to Work, les salariés ne sont pas interrogés par la société. Les équipes RH répondent à une batterie de questions. Ces retours sont analysés par un cabinet d’audit indépendant (mais payé par le Top Employers Institute). Les postulants sont ensuite choisis, ou non, pour recevoir le précieux tampon, qu’ils mettent en avant pendant les entretiens d’embauche. Un investissement coûteux, qui permet de convaincre certains candidats, hypnotisés par les paillettes que leur soufflent devant les yeux des équipes RH sous pression.

+ 10 000 € : la hausse, entre 2021 et 2022, du salaire annuel brut, hors primes, en France, d’un data scientist ayant cinq à dix ans d’expérience (de 60 000 à 70 000 €)

Source : Robert Walters

 

Les techniques de séduction des employeurs

  • S’aligner sur les salaires du marché, qui grimpent.
  • Proposer aux futurs salariés des postes à 100 % en télétravail lorsque c’est possible.
  • Recruter des profils dans toute la France.
  • Muscler sa marque employeur avec des labels RH attestant de la qualité de vie au travail.

 

Les métiers de la tech les plus recherchés

• Le data engineer

Il a pour mission de bâtir des autoroutes de l’information. Le data engineer construit des architectures technologiques sécurisées pour collecter, organiser et sélectionner des données afin que celles-ci puissent circuler, être analysées et utilisées pour répondre à des problématiques concrètes.

• Le data scientist

C’est celui qui traite, analyse et « fait parler » les multiples données. Le data scientist élabore des modèles prédictifs basés sur des algorithmes mathématiques, qui visent à aider directement les différentes branches métier dans leurs prises de décisions et à améliorer finalement les performances de l’e-commerçant.

• Le développeur

Java, C++, Python… À partir de différents langages informatiques qu’il maîtrise comme sa langue maternelle, le développeurcrée et améliore des programmes et des fonctionnalités destinés aux acheteurs des sites web (pour le front-office). Ces informaticiens peuvent également développer des solutions visant à faciliter le travail des équipes marketing, commerciales, RH et autres des e-commerçants, en back-office.

 

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Article extrait
du magazine N° 2707

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous