Les recrutements reprennent

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S'il est loin d'être euphorique, le marché de l'emploi reprend lentement. La grande distribution, qui a moins allégé ses effectifs que d'autres secteurs pendant la crise, participe au mouvement. Avec prudence : elle privilégie les profils expérimentés ou plus diplômés. Les outils de recrutement ne cessent d'évoluer.

Évolution du nombre d'offres d'emploi en septembre 2010 par rapport à septembre 2009, en %Source : Keljob.com
Évolution du nombre d'offres d'emploi en septembre 2010 par rapport à septembre 2009, en %Source : Keljob.com

La règle immuable selon laquelle croissance rime avec emplois pourrait bien, pour une fois, ne pas se vérifier. Depuis quelques mois, tout se passe comme si les embauches reprenaient avant la croissance. Alors que cette dernière devrait rester molle pour 2010 (+ 1,6 % selon les dernières prévisions de Christine Lagarde, ministre de l'Économie), les entreprises, pour leur part, recommencent à recruter. Ainsi, Laurent Wauquiez, secrétaire d'État à l'Emploi, ne se félicitait-il pas dernièrement des 60 000 créations d'emplois sur les deux premiers trimestres de l'année, tandis que 250 000 emplois avaient été détruits sur la même période de l'année dernière ?

La distribution reflète la même tendance, mais dans une moindre mesure, celle-ci ayant moins ralenti le rythme de ses recrutements depuis 2008. Même au plus fort de la crise, elle a continué de créer des richesses, ouvrant toujours des magasins. « Encouragé par la loi de modernisation de l'économie (LME), ce secteur a poursuivi sa politique d'ouverture de petites surfaces de moins de 1 000 m2 et, par conséquent, a moins freiné que les autres le volume de ses recrutements », affirme ainsi Bern Terrel, qui dirige le département marketing et commercial du cabinet de recrutement Hudson.

Depuis quelques mois, tout s'accélère. + 29 % en février, + 37 % en mars, + 18 % en juin, + 19 % en juillet : le nombre d'offres d'emplois dans la distribution n'a cessé de croître, selon le site cadremploi.fr. Avec des secteurs mieux lotis que d'autres. Le non-alimentaire donne le la. Ainsi, la vente à distance affiche une progression de 36 % de ses offres sur les six derniers mois, d'avril à septembre, toujours selon les données du site, l'informatique et les télécommunications de 33 %, l'habillement de 20 %. A contrario, le commerce alimentaire traîne des pieds (- 1 %, toujours sur la même période). Pis, le volume d'offres d'emplois des hypermarchés et des supermarchés s'inscrit en retrait de 15 % ainsi que, c'est l'exception du non-alimentaire, celui des enseignes de bricolage de 19 %.

 

Les CDD en nette progression

Cependant, il convient de relativiser ces chiffres. Il y a un an, les hypers et les supermarchés plongeaient de 39 %, le bricolage de 36 %. Effet mécanique oblige, la reprise est moins forte dans la distribution qu'ailleurs. « Celle-ci est passée dans le vert, comme les autres secteurs, mais les remontées seront moins spectaculaires, puisque les baisses ont été moins importantes pendant la crise », estime Sophie Ak, directrice du marketing de Cadremploi-Keljob. « La reprise est assez massive, pointe Fabrice Robert, cofondateur du site JobIntree, qui reçoit 1 million de visites par mois. Sur notre site, le volume d'offres d'emplois venant de la grande distribution a quasiment doublé en un an, passant de 450 à 830. »

De fait, les signes de reprise se multiplient, et les grandes enseignes ne revoient pas leurs plans de recrutement à la baisse. Au pire ils restent stables, au mieux ils sont en hausse. 7 000 embauches pour Carrefour en 2011 en contrats à durée indéterminée (CDI), 6 000 pour Auchan, 2 000 pour Monoprix, 1 800 pour Leroy Merlin : les prévisions de ces distributeurs restent inchangées. D'autres se montrent plus optimistes encore, comme Kiabi, dont la politique de recrutement suit la courbe de créations des magasins. « Avec 40 ouvertures en 2010, nous avons dû recruter à tous les postes, dans les magasins comme dans les sièges », précise Isabelle Frigière, directrice du recrutement et des carrières pour l'entreprise nordiste. Cette dynamique va se poursuivre en 2011 avec 3 000 recrutements prévus... Soit 900 de plus que cette année. Avec une nuance de taille, toutefois. Sur ces 3 000 postes, 2 500 sont en CDI, et 500 en CDD. La reprise est là, certes, mais plus fragile que jamais, le ticket d'entrée sur le marché du travail passant de plus en plus souvent par un contrat à durée déterminée... « Les enseignes restent prudentes, constate Lionel Deshors, directeur associé de CCLD Recrutement. Ce n'est pas encore reparti comme en 2007. »
 

 

Toujours plus opérationnels

La crise économique a laissé des traces à tous les niveaux, positivement d'abord. « En un sens, elle a pu bénéficier à la distribution que des candidats ont découverte à l'occasion, explique Sophie Ak. Ce n'est pas le secteur le plus sexy, il faut beaucoup travailler, et les stéréotypes ont la vie dure. Mais comme c'était l'un des rares secteurs en croissance, les candidats se sont orientés vers elle et le font plus spontanément maintenant. » Négativement ensuite. « La pression économique est toujours là, et les enseignes privilégient les profils confirmés, qui sont opérationnels tout de suite », souligne Lionel Deshors. La crise les a rendues prudentes.

Lorsque qu'un Casino cherche un manager épicerie, il a tendance à donner la priorité à un candidat occupant le poste équivalent chez Carrefour Market ou Simply Market. La règle n'est pas figée et, faute de combattants parfois, la grande distribution s'ouvre à des parcours plus diversifiés. « C'est surtout le cas des enseignes spécialisées, estime Emmanuel de Catheu, directeur exécutif de Manpower Professionnel, l'un des plus principaux cabinets de recrutements dans la distribution. Des postes comme le category manager demandent des compétences larges, à la croisée du marketing, des achats et des produits. » Des fonctions de plus en plus transversales, tels les responsables développement durable ou de la qualité hygiène, appellent des profils venus d'ailleurs.

Les postes les plus classiques - vendeurs et directeurs adjoints de magasin - sont toujours aussi recherchés. « Si les enseignes ont repris les embauches, cela n'évolue pas beaucoup du côté des candidats, soupire Lionel Deshors. La plupart n'ont pas envie de bouger, et, les trois quarts du temps, les salaires proposés sont équivalents. » Ce début de paralysie ne freine pas les ardeurs de la grande distribution, qui demande toujours plus. « Il faut de plus en plus de personnes ayant un profil de gestionnaire de centre de profits », précise Hervé Gougeon, PDG d'Edifia, société de conseil et de recrutement. Ce qui signifie toujours plus de diplômes. « Une majorité des personnes embauchées ont au moins bac + 3, voire bac+ 5 », confirme Emmanuel de Catheu. Lorsque la pénurie devient trop importante, certaines enseignes forment leurs recrues en interne. Ainsi, Kiabi a créé ses propres écoles de formation pour trois métiers, responsable de collection, acheteur et contrôleur de gestion. Une manière d'attirer des profils différents sur les services centraux.
 

 

Internet gagne du terrain

Quant aux méthodes de recrutement, elles ne cessent d'évoluer, vers toujours plus d'internet. Voulant maîtriser l'outil, beaucoup d'enseignes créent leur propre site dédié. Isabelle Frigière y voit beaucoup d'avantages : « Cela permet aux candidats d'avoir des informations sur l'entreprise et de présenter les métiers. » Carrefour, qui a ouvert recrute.carrefour.fr en février 2010, se félicite des premiers résultats. « Cette année, nous enregistrerons plus de 2 millions de visiteurs qui déposent en moyenne 40 000 CV chaque mois. Chaque visiteur reste huit minutes sur le site et regarde plus de 11 pages. »

Autre forme de recrutement en vogue, la méthode dite de simulation permet de mettre les candidats en situation. Elle est utilisée le plus souvent pour les postes de caissière et de vendeur, et parfois pour des métiers plus pointus, comme la logistique. La méthode, qui permet d'allier la théorie du CV et la pratique d'un métier, doit être gagnante-gagnante : pour l'enseigne, il s'agit d'élargir son champ de recrutement, pour le candidat, de tester sa propre motivation. Malgré tout, le bilan est mitigé. Auchan s'est contenté d'une seule opération, sans suite, en recrutant une cinquantaine de jeunes sans CV. Leader Price s'y est essayée en début d'année, avant d'en faire son deuil. « Cela fait gagner du temps aux enseignes, mais beaucoup se sont aperçues qu'elles finissaient finalement par préférer les candidats issus de la distribution. » L'ouverture a ses limites.

 

« Les enseignes sont à la recherche de potentiels »

LSA - La sortie de crise se profile-t-elle et se traduit-elle déjà dans la reprise des recrutements ?

Emmanuel de Catheu - La grande distribution n'a jamais arrêté totalement de recruter, même en période de crise. Les process de recrutements étaient seulement un peu plus lents en 2008-2009. Cela reste l'un des secteurs les plus créateurs de richesses : les enseignes continuent d'ouvrir des magasins. De plus, comme les métiers évoluent dans les centrales d'achats, comme en magasins, un turnover assez naturel s'installe. Pour 2011, les perspectives de recrutement sont bonnes, et une vraie dynamique est de retour.

LSA - Notez-vous une évolution en ce qui concerne les profils recherchés ?

E. de C. - Oui, les mentalités évoluent. Les distributeurs sont plus à la recherche de potentiels que de personnes. Ils s'ouvrent à d'autres profils et sortent d'un côté « cosanguin ». Les enseignes varient également les plaisirs, et ont recours à des techniques de recrutement nouvelles, comme la méthode par simulation. Cette dernière est de plus en plus utilisée, notamment sur les fonctions managériales dans les points de vente. Elle présente l'avantage de concilier la théorie et la pratique.

Les sites spécifiques

Le principe Ouvrir son propre site consacré au recrutement.

Les avantages Les enseignes maîtrisent leur image et leur politique d'embauches sans passer par un cabinet de recrutement. De plus, cela apporte des réponses aux questions très concrètes des candidats.

L'exemple Cette pratique est fréquente, à l'image de ce qu'ont fait Casino, Kiabi, Monoprix ou Carrefour. Cette année, Kiabi (ci-dessus) a inauguré un nouveau site consacré au recrutement, www.kiabi.com/emploi. Structuré en cinq rubriques, il resitue l'entreprise dans son histoire et présente les métiers à travers des témoignages vidéo. Deux rubriques s'adressent aux étudiants et aux entrepreneurs ou managers qui veulent devenir affiliés. La rubrique offres d'emplois permet d'effectuer une recherche par critère ou de déposer une candidature spontanée.

La méthode par simulation

Le principe Mettre des candidats in situ. Ils sont soumis pendant quelques heures à des mises en situation concrètes qui leur permettent, à eux, de savoir si le métier va leur plaire et, à l'enseigne, si c'est la bonne personne.

Les avantages Cela permet de tester directement les compétences des candidats et favoriser un plus large éventail de candidatures.

L'exemple Monoprix en a fait l'un de ses slogans :« Venez nous montrer ce que vous savez faire. » Selon l'enseigne, la méthode permet d'embaucher sans discrimination. Alliant la théorie et la pratique, elle concerne surtout les postes en magasins [vendeurs(ses) et caissiers(ères)].

Les chiffres

2 500 recrutements pour Kiabi en 2011

2 000 embauches pour Monoprix en 2011

1 800 embauches pour Leroy Merlin en 2011

Source : LSA, enseignes

7000 recrutements chez Carrefour en 2011

6000 recrutements pour Auchan en 2011

Source : LSA, enseignes

La reprise concerne d'abord le non-alimentaire, en particulier les secteurs culturels, qui affichent des progressions à deux chiffres volume d'offres d'emplois.

Bern TERREL, directeur du département marketing commercial d’Hudson

« Si les enseignes ont repris les embauches, cela n'évolue pas beaucoup du côté des candidats : la plupart n'ont pas envie de bouger. »

Lionel Deshors, directeur associé de CCLD Recrutement

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Article extrait
du magazine N° 2151

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