Les répercussions de l'affaire Findus

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L'ÉVÉNEMENT DE LA SEMAINE La découverte de viande de cheval dans des produits Findus censés être au boeuf a provoqué un tollé. Retrait des produits en magasin, analyse de la filière, enquêtes en cours afin de trouver les responsables... Un scandale qui suscite des interrogations sur l'approvisionnement et le rôle des intermédiaires.

Vendredi 8 février. Communiqué de Findus. Le groupe annonce le retrait de trois de ses plats cuisinés surgelés (lasagnes bolognaises, hachis Parmentier et moussaka). Le début d'une tornade que le leader des surgelés n'envisageait sûrement pas. Cette décision a été motivée par la présence de viande de cheval dans des recettes devant contenir du boeuf. Une tromperie découverte par Findus lui-même en procédant à des tests inopinés le lundi 4 février. L'alerte est immédiatement lancée auprès des autorités sanitaires des pays concernés : France, Grande-Bretagne et Suède.

Mais il aura tout de même fallu cinq jours avant que les plats incrimés soient définitivement ôtés des rayons. S'ensuit le retrait des 90% des produits des marques de distributeurs français (Auchan, Casino, Carrefour, Système U, Cora, Monoprix et Picard). Tromperie, fraude, spéculation alimentaire... Les rumeurs vont bon train. Si la traçabilité est immédiatement montrée du doigt, le problème réside plutôt dans le nombre d'intermédiaires présents sur la filière et le manque de contrôle.

SONDAGE EXCLUSIF Toluna

Ce qu'en pensent les Français

96 % des Français ont entendu parler de l'affaire Continueront-ils à acheter ? 25,2 % comme avant, dont 20,5% en regardant les étiquettes, 23 % pensent ne pas acheter les produits des marques concernées, 31,3 % aucune, en attendant les résultats Les principaux responsables 70,9% les fournisseurs, 53,1 % les fabricants, 28 % les distributeurs, 19,3 % l'Europe et 9,7 % l'État Les réactions de l'agroalimentaire 45,8 % des Français pensent qu'elle va réagir rapidement, 36,4 % qu'elle va seulement gérer le scandale, et 11,7 % laisser les autorités publiques s'en charger La sortie de crise 68,6 % des sondés pensent qu'elle passera par un renforcement de la réglementation et de la traçabilité, 65,5% par un renforcement des contrôles sanitaires et 56,3 % par la condamnation des responsables 36,4 % considèrent qu'il faut développer les informations sur les étiquettes et 28,9% priviligier l'achat de produits de base au lieu de produits transformés

MÉTHODOLOGIE

Le sondage Toluna a été réalisé en France sur www.quicksurveys.com le 11 février 2013 auprès d'un échantillon de 1 000 personnes âgées de 18 ans et plus. Les résultats ont été redressés pour être représentatifs de la population nationale en termes de région, sexe et âge (dispersion des professions).

L'image de l'agroalimentaire écornée

Car un produit estampillé Findus vient de loin. Ces références ont été fabriquées par l'entreprise française Comigel, qui se fournit en viande auprès de la société française Spanghero. Cette dernière a elle-même acheté de la viande provenant d'abattoirs roumains, après que la commande a été passée par l'intermédiaire d'un trader chypriote, qui avait lui-même sous-traité à un homologue aux Pays-Bas... Selon Findus, cette affaire pourrait remonter à août 2012. Mais dans ce vaudeville, chacun se renvoie la responsabilité. Des enquêtes sont d'ores et déjà menées par la DGCCRF afin de déterminer à quel stade la fraude a eu lieu ou s'il s'agit de négligence. Le gouvernement a en outre annoncé que des contrôles seraient réalisés sur toute la filière tout au long de l'année. Parallèlement, Findus, Spanghero et la Fédération nationale bovine (FNB) ont déposé plainte contre X pour « atteinte à l'image de la production française ». « Les éleveurs ne comprennent pas comment, alors que la France dispose d'un cheptel important et de qualité, il est fait appel à une cascade d'intermédiaires pour fournir de la viande bovine, ce qui peut ouvrir la voie à des tentations de fraudes et de malversations », indique-t-on à la FNB.

Crise sanitaire ? Faille dans le système de traçabilité ? « Ce n'est pas un problème de traçabilité, mais de contrôle qualité. La traçabilité a, bien au contraire, montré son exemplarité puisqu'on est remonté au producteur roumain en quelques heures », souligne Pierre Georget, président de GS1 France.

Il n'en reste pas moins que ce délit remet en question la confiance que portent les consommateurs à l'industrie agroalimentaire. La filière des surgelés va subir de plein fouet cette crise. Interrogés en exclusivité par Toluna pour LSA, plus d'un tiers des consommateurs déclarent en effet qu'ils n'achèteront plus les marques concernées tant que les résultats de l'enquête n'auront pas été publiés.

Reste à savoir si les consommateurs auront la mémoire courte ou si leur vigilance et leur méfiance à l'égard de l'agroalimentaire vont durement et longuement s'accroître...

Quel avenir pour Findus ?

Findus se retrouve encore sous le feu des projecteurs. Après les rumeurs persistantes sur son état financier et sur son éventuel rachat l'an passé, le leader des surgelés salés, qui a enregistré en 2012 une progression de 7,8 % de ses ventes, à 192 M €, et qui s'octroye 8 % de part de marché valeur en 2012, fait encore parler de lui. Car le scandale des plats préparés surgelés à la viande de cheval, censés contenir du boeuf, est « malheureusement » tombé... sur lui. « On nous certifiait avoir de la viande de boeuf française dans nos recettes. En réalité, on nous a fourni de la viande de cheval roumaine. Nous avons été trompés. Nous portons plainte contre X », a indiqué Mathieu Lambeaux, directeur général de Findus France.

Un coup dur

Pourtant, il n'est pas le seul concerné, de nombreux autres produits, dont des marques de distributeurs, sont également touchés. Il n'en reste pas moins que cette affaire est un sérieux coup dur pour le groupe, qui mise sur la proximité et la transparence auprès des consommateurs. En effet, Findus essaye depuis de nombreuses années de montrer sa démarche de qualité sur ses produits : il a été le premier à supprimer l'huile de palme, à prôner une pêche responsable et à miser sur le « made in France » avec son site de production à Boulogne-sur-Mer, pour lequel il a investi 10 M € sur 2011-2013. Avec cette stratégie, il cherche ainsi à se démarquer des MDD, très fortes sur cette catégorie, avec plus de 50 % de part de marché. Si ce récent scandale risque de briser le lien de confiance entre les consommateurs, Findus et même les marques nationales, il faut mentionner que la tromperie a été découverte par Findus lui-même en procédant à des tests inopinés avant de lancer l'alerte. Mais il va se passer des semaines, voire des mois, avant que les consommateurs ne pensent plus à la fraude dont ils ont été victimes en voyant un logo Findus.

C. H.

Y a-t-il eu trop d'intermédiaires ?

L'affaire Findus a révélé les différentes étapes qui ont conduit à la commercialisation de plats cuisinés surgelés à la viande de cheval dans les grandes surfaces. C'est Tavola, une filiale luxembourgeoise de la société Comigel, distributeur de Findus en Europe, qui acheté la viande auprès de la société française Spanghero (filiale d'Arcadie du groupe coopératif basque Lur Berry). Ce dernier s'était adressé à un trader chypriote, qui avait passé commande à un trader néerlandais. Lequel s'était ensuite tourné vers une société de découpe et un abattoir roumains... Le nombre d'intermédiaires est impressionnant. « C'est tout à fait inhabituel. La règle générale, c'est que les abattoirs comme Bigard ou SVA achètent les animaux, les abattent, les découpent, les conditionnent et revendent les produits finis à la distribution ou à l'industrie alimentaire, sans autre intermédiaire. Lorsqu'il y a un trader, c'est pour l'export, et, en général, il n'y en a qu'un », affirme Pierre Chevallier, président de la Fédération de la viande bovine (FNB).

Une affaire purement économique

La cause de l'affaire est purement économique - la viande de cheval roumaine vaut en effet un tiers du prix de celle du boeuf - et Pierre Chevallier s'étonne qu'une société française ait fait appel au marché roumain, « où il n'y a pratiquement pas de production de viande bovine »... « Il y a eu un grave dysfonctionnement, qui nuit à toute à la filière », poursuit le président de la FNB. La Fédération va d'ailleurs se porter partie civile et conseille d'acheter la viande en France, où est produit 1,6 million de tonnes de viande de boeuf chaque année, parfaitement tracée...

S. A.

Les contrôles sont-ils en cause ?

Ce n'est pas pour rien que l'administration en charge de la sécurité sanitaire et des risques de tromperie sur la marchandise s'appelle la répression des fraudes... Parce qu'il y en a. L'an dernier, la DGCCRF a procédé à 16 000 analyses bactériologiques et 7 500 sur la loyauté des produits. Auxquels s'ajoutent des contrôles sur les températures des meubles de froid, l'hygiène dans les locaux... Le système fonctionne bien, même si la présence de viande de cheval dans des plats surgelés certifiés 100 % pur boeuf montre que des produits passent entre les mailles des filets. Mais c'est aussi la première fois que la substitution de viandes est à l'origine d'un scandale. Habituellement, les fraudes concernent l'origine des produits. Les rappels d'articles, assez courants, n'effraient plus personne et font même la preuve d'une vigilance accrue qui fonctionne. Jean-René Buisson, président de l'Association nationale des industries alimentaires (Ania), s'en félicite. « Il y a 200 fois moins d'incidents pour un million d'habitants en France qu'aux États-Unis. » Et la capacité des autorités à remonter aussi vite toute la filière d'intermédiaires a impressionné.

L'importateur responsable selon la loi

Les distributeurs comme les industriels rejettent la faute sur l'un des intermédiaires (à cette heure encore inconnu), soupçonné de les avoir trompés sur la marchandise. De ne pas avoir respecté les contrats d'approvisionnement. C'est effectivement le premier metteur en marché qui est responsable pénalement au regard d'une non-conformité (en l'occurrence l'importateur), le reste relevant d'une traçabilité de type documentaire et non lié à des contrôles qualité. Au Royaume-Uni, depuis l'adoption du Food Safety Act de 1990, la responsabilité de la conformité incombe au dernier opérateur de la filière avant le consommateur, en l'occurrence le distributeur.

S. A.

Quel impact pour le marché des surgelés ?

Raz de marée sur le rayon des surgelés ce week-end... Après l'annonce de Findus le 8 février, 90 % des produits des marques de distributeurs ont également été sortis des rayons. Il est vrai que les MDD détiennent 51,2 % de part de marché des plats cuisinés et que le hard-discount y affiche 22 %. Rien de très positif, donc, pour un marché des plats cuisinés déjà en perte de vitesse. Selon SymphonyIRI, ce rayon de 456 M € de chiffre d'affaires en GMS a reculé en 2012 de 2,8 % en valeur et de 4,4 % en volume. Avec une surconsommation en Aquitaine (indice 116) et une sous-consommation en Basse-Normandie (86).

Attention aux confusions...

« L'ensemble du marché des surgelés est montré du doigt dans cette affaire, mais il y a un amalgame entre la filière viande, qui est concernée, et le procédé de fabrication de la surgélation. Nous voulons lutter contre cette confusion. En tout cas, ce n'est clairement pas bon signe pour le marché des surgelés », indique Christian Millet, secrétaire général des Entreprises de glaces et de surgelés. Du côté des produits suspectés, il a été nécessaire de faire le tri dans un rayon foisonnant (110 références en hypers). « Nous avons établi la liste des produits qui sont retirés des magasins pour protéger les clients. Il faut relativiser cette affaire, parce qu'il ne s'agit pas d'une crise sanitaire, mais d'une non-conformité de l'étiquetage. Les effets commerciaux sont sans doute importants, mais ils ne sont pas chiffrés », indique-t-on à la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution (FCD). Les distributeurs, eux, attendent les résultats des analyses en cours de réalisation sur des produits retirés du marché. Ils devraient être fixés d'ici au mercredi 13 février. Une chose est sûre en revanche : il y a une vraie crise de confiance.

C. H.

Faut-il changer la réglementation ?

Toute la filiere sous surveillance... C'est en résumé ce qui va changer après la réunion convoquée par le gouvernement à Bercy ce lundi 11 février, regroupant les ministres Benoît Hamon (Consommation), Stéphane Le Foll (Agriculture), Guillaume Garot, (Agroalimentaire) et l'ensemble de la filière viande, des abatteurs aux distributeurs. « Il n'est pas question d'avoir un agent des fraudes derrière chaque pain de viande, mais nous allons procéder à un inventaire extensif de tous les produits sur lesquels il existe une suspicion », a déclaré Benoît Hamon. Les contrôles de la DGCCRF, a-t-il précisé, vont s'étendre « tout au long de 2013 ».

Tous les produits de la filière viande et pêche seront ainsi soumis à des « échantillonnages », « au-delà de ce qui est identifié aujourd'hui comme suspect », a renchéri Stéphane Le Foll, en évoquant notamment des « raviolis ou autres surgelés », en conserve ou vendus au rayon frais. La France entend « pousser » à cette occasion pour un meilleur étiquetage des produits, a ajouté le ministre. « C'est le sens de l'Histoire. La Commission devait faire rapport à la fin de l'année. Ces malheureux événements doivent la contraindre à aller plus vite. »

De leur côté, les professionnels se sont dits prêts à envisager l'extension des contrôles ADN sur les viandes : « C'est envisageable mais il y aura des coûts », a déclaré Jean-René Buisson, président de l'Ania. « Cet épisode doit être une alerte pour tous les industriels et tous les distributeurs sur le contrôle du respect des allégations obligatoires sur les produits. La directive européenne 1169/2011, applicable en décembre 2014, obligera en effet d'afficher en clair sur les sites marchands ces informations. Dès lors, la conformité des allégations n'engagera plus seulement le fabricant et la marque mais aussi le distributeur », prévient Pierre Georget, président de GS1 France.

S. A.

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Article extrait
du magazine N° 2261

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