Les résultats de Carrefour et Auchan affectés par la crise en Europe

Carrefour et Auchan ont présenté ce matin des résultats trimestriels contrastés. Ils traduisent des difficultés en France et Europe du Sud, encore plus sensibles chez Carrefour dont le résultat opérationnel courant baisse de 40 % dans l'Hexagone. La progression de l'activité des deux groupes est essentiellement portée par les pays émergents.

Si les chiffres d'affaires des deux groupes au cours du premier semestre ont progressé de 5 % chez Auchan et de 1 % chez Carrefour (hors essence et à taux de change constant), ils le doivent essentiellement aux performances de leurs grands pays émergents (Brésil et Chine pour Carrefour et Russie et Chine pour Auchan). le résulat d'exploitation courant (Ebidta) est en baisse de 1,5 % chez Auchan à 1005 millions d'euros et de 9,5 % chez Carrefour (1679 millions). Notamment du fait d'une activité en France et dans les pays d'Europe occidentale très affectée par la crise et les plans de rigueur mis en place (hausse des taxes, etc). Le résultat opérationnel courant de Carrefour France baisse ainsi de 40 % !

Les deux groupes restent très prudents concernant le second semestre qu'ils jugent tous deux difficiles. Carrefour a ainsi annoncé un nouveau plan de relance pour la France, baptisé "Reset" et mené par le nouveau DG du pays Noel Prioux. Il repose sur trois volets : retrouver une meilleure qualité d'exécution afin notamment de diminuer les ruptures qui ont énormément affecté l'activité au premier semestre (7 % en al, 18 % en non al), notamment en créant des équipes dédiées à 100 % aux hypers ; décentraliser les décisions en redonnant "le pouvoir aux directeurs d'hypers"; et enfin être plus agressif en prix en y affectant une grande part des investissements promotionnels aux dépends notamment des investissements de fidélisation et des promos ponctuelles. "Il faut arrêter d'acheter du CA", a martelé Noel Prioux qui a fait forte impression avec son langage direct et son bon sens commerçant.

Autre objectif : accélerer le développement des nouveaux métiers, comme les drive et internet où Carrefour accuse beaucoup de retard. En non alimentaire, le site marchand revu avec les équipes de Pixmania doit ouvrir en novembre et le plan d'expansion des drive va être sérieusement accéléré avec 46 unités attendues pour la fin de l'année (22 en hypers, 24 en supers), contre une poignée aujourd'hui. "Nous voulons couvrir très rapidement le territoire avec essentiellement des drive accolés et sans doute un assortiment beaucoup plus important que celui proposé aujourd'hui".

Drive qui fait aussi figure de priorité chez Auchan qui a ouvert ce matin à Noyelles-Godault son 40ème Auchan Drive et devrait approcher le cap des 50 unités d'ici à la fin de l'année. "Les progressions de chiffre d'affaires de nos drive les plus anciens restent très soutenues", s'est félicité Vincent Mignot, le DG des Hypers Auchan France. S'y ajoutent les 33 Chronodrive gérés par la branche e-commerce du groupe.
A noter la performance des supermarchés Simply Market en France dont les ventes sont en hausse de 3,2 % au premier semestre et de + 4 % en comparable. Ils ont largement contribué à la croissance des ventes du groupe en France (+3,3 %) avec des hypers en progression de + 2,7 % et de seulement +0.1 % à comprarable et hors essence...

Enfin, Auchan a accru ses investissements en France, alors que Carrefour va les baisser et compte également ralentir le plan de transformation des Carrefour Planet, officiellement pour se donner le temps d'ajuster encore mieux le modèle. Ce ne sont donc que 27 Planet qui seront transformés cette annnée en France, contre 40 prévus initialement et 82 en 2001 contre 98 annoncés l'an dernier.

Lars Olofsson, le pdg du groupe, a d'ailleurs concédé avoir fait un certain nombre d'erreurs (recrutement des dirigeants trop de chantiers en même temps...).

Carrefour a enregistré une croissance de ses ventes au premier semestre 2011 portée par les marchés émergents, mais les résultats n’ont pas été satisfaisants, avec une performance décevante de la France et d’importantes charges non courantes", a commenté Lars Olofsson, président directeur général de Carrefour. Quant àVianney Mulliez, président du Conseil d’administration d’Auchan, il écrit : «Dans cette période encore difficile en Europe occidentale, nos équipes ont su résister en continuant à mener un commerce discount de qualité. Nous avons également diminué notre niveau d’endettement, tout en renforçant nos investissements, notamment à l’international. Ce dernier représente aujourd’hui 55 % de nos revenus, grâce à notre développement et nos performances en Europe de l’Est et en Chine».

 

Voici des extraits des communiqués de presse des deux groupes de distribution: 

CARREFOUR

«Tout en poursuivant notre Plan de Transformation, nous avons défini une nouvelle feuille de route visant à déployer une nouvelle stratégie commerciale en France pour regagner compétitivité et trafic dans nos hypermarchés et nous adapter à un environnement économique de plus en plus difficile. Nous avons décidé de privilégier la création de valeur durable plutôt que les gains à court terme et anticipons un résultat opérationnel courant 2011 en baisse d’environ 15% par rapport à l’année dernière. Les actions radicales que nous mettons en oeuvre avec notre nouvelle direction exécutive, combinées à la poursuite de nos gains en efficacité, permettront à Carrefour de retrouver une dynamique solide ", a déclaré Lars Olofsson, président directeur général de Carrefour

Concrètement, le premier semestre 2011 affiche une croissance des ventes de +2,3% à 39,6 Mds d’euros (+1% hors essence et à taux de changes constants), portée par la croissance des marchés émergents. Le résultat opérationnel courant est: 772 m€ (?22%) reflétant principalement la sous?performance de la France, de la Grèce et de l’Italie. A noter que les économies de coûts (236m€ réalisées au S1 2011) sont en ligne avec les objectifs et les gains cumulés depuis 2009 supérieurs aux objectifs.

En France (17milliards d’euros de CA au 1er semestre 2011), le chiffre d’affaires est globalement stable hors essence (+1,6% en publié). Les petits formats (proximité et supermarchés) enregistrent une croissance solide. «Les hypermarchés ont sous?performé, partiellement du à un niveau de rupture de stocks excessif pendant une période de transition au cours de laquelle nous avons mis en place des changements dans l’organisation, les process et les systèmes», note Carrefour. La marge commerciale est en baisse, affectée par une hausse des tarifs fournisseurs et une pression concurrentielle soutenue. Le résultat opérationnel courant est en baisse de 40% à 302m€.
En Europe (11,5 milliards d’euros de CA), le chiffre d’affaires baisse de 4,6% hors essence et à taux de changes constants (?3,9% en publié). Dans tous les pays, le chiffre d’affaires est affecté par un environnement économique très difficile, mais plus particulièrement en Grèce et en Italie. L’Espagne résiste tandis que la Belgique confirme son redressement. Au total, le résultat opérationnel courant s’établit à 142 m€, une baisse de 33,3% vs S1 2010. L’impact sur la profitabilité de la baisse du chiffre d’affaires de 472m€ et de la marge commerciale notamment en Italie, a été partiellement compensé par une excellente maîtrise des frais généraux en Pologne, Belgique, Espagne et Italie. La rentabilité en Grèce et en Italie s’est détériorée, conséquence des conditions économiques difficiles.
La croissance du chiffre d’affaires en Amérique latine (7,2 milliards) reste solide (+11,6% à taux de change constant hors essence et +12,9% en publié) porté par de solides croissances des ventes à magasins comparables et une expansion continue dans l’ensemble de la zone. Le résultat opérationnel courant augmente de 27,4% à 193m€ (2,7% des ventes, en hausse de 30pb) en forte hausse par rapport au premier semestre 2010. La profitabilité du Brésil s’améliore significativement, signe encourageant que le plan d’action, mis en place en 2010, commence à porter ses fruits.
Les ventes en Asie (3,7 milliards) progressent de 6,7% à taux de changes constants (+7,7% à taux de changes courants) portées par une expansion soutenue. Le résultat opérationnel courant augmente de 10,8% à 135m€, principalement en raison d’une solide performance en Chine et du redressement confirmé de Taiwan.

AUCHAN

« Dans cette période encore difficile en Europe occidentale, nos équipes ont su résister en continuant à mener un commerce discount de qualité. Nous avons également diminué notre niveau d’endettement, tout en renforçant nos investissements, notamment à l’international. Ce dernier représente aujourd’hui 55 % de nos revenus, grâce à notre développement et nos performances en Europe de l’Est et en Chine», a déclaré. Vianney Mulliez, président du Conseil d’administration d’Auchan pour commenter les résultats semestriels de l’enseigne. «Nos fondamentaux sont solides et nous permettent de conserver et gagner la confiance du plus grand nombre de clients, malgré les fortes turbulences actuelles. Avec l’engagement de nos équipes, ce sont nos meilleurs atouts pour aborder un second semestre qui s’annonce tout aussi incertain que ce que nous avions anticipé il y a 1 an » , a-t-il ajouté.

Au 1er semestre 2011, les activités du Groupe ont dû évoluer dans un contexte difficile en Europe, comparable à celui du second semestre 2010. L’été 2010 avait marqué une rupture, avec la mise en place de plans de rigueur gouvernementaux dans de nombreux pays européens ayant fortement impacté le niveau de consommation.

Les revenus hors taxes consolidés du Groupe sont en hausse de 5,8 % pour atteindre 21,2 milliards d’euros. Leur progression reste significative hors essence et à taux de change constant : elle ressort à 5,0 %, la contribution de l’expansion comptant pour 3,7 % et les performances à magasins comparables pour 1,3 %. Les évolutions sont cependant contrastées selon les pays : hausse de 3,3 % en France mais légère diminution (-0,8 %) en Europe occidentale hors France. Par contre, ils continuent de progresser fortement (+16,8 %) pour la zone Europe centrale et de l’Est et Asie. Au 30 juin, l’international représente plus de 55 % des revenus (25 % en Europe occidentale hors France et 30 % dans les autres pays), contre 54 % en 2010. L’EBITDA diminue légèrement (-1,5 %), essentiellement du fait de la pression sur les marges en zone Euro. Il représente 4,7 % des revenus.

Résultats : baisse du résultat d’exploitation courant (-8,5 %) et hausse du résultat net (+45,4 %).
Le résultat d’exploitation courant diminue de 8,5 % à 450 millions d’euros. Cette évolution est due à la baisse de l’EBITDA et à la hausse des dotations aux amortissements liées aux investissements. Les provisions pour dépréciations de créances de l’activité de crédit continuent cependant de diminuer, notamment en France.
Le résultat d’exploitation s’élève à 611 millions d’euros, en progression de 24,4 % ; il comprend une plus-value de 161 millions d’euros générée par la restructuration du partenariat entre les groupes Auchan et Ruentex en Chine. Préalablement à l’introduction en bourse, en juillet, d’une part du capital de leur filiale commune Sun Art Retail Group, les deux groupes ont procédé, en mai, à un échange de titres, générant notamment cette plus-value de 161 millions d’euros dans le résultat d’exploitation, soit 140 millions d’euros nets d’impôt. Suite à cette restructuration, les comptes d’Auchan Chine et de RT Mart Chine sont 2 consolidés en intégration proportionnelle à hauteur de 51 %, contre respectivement 67,2 % pour Auchan et 50 % pour RT Mart auparavant.

Le résultat net des activités poursuivies atteint 361 millions d’euros (+45,4 %). Retraité de la plus-value liée à la restructuration en Chine, il ressortirait en baisse de 11,2 %. Au 30 juin 2011, le résultat net part du Groupe s’élève à 341 millions d’euros et représente 1,6 % des revenus du Groupe.

Investissements en hausse de 20,1 % à 562 millions d’euros
Les investissements courants s’élèvent à 562 millions d’euros, en hausse de 20,1 % par rapport au 1er semestre 2010, où ils avaient été réduits fortement (469 millions d’euros). Leur niveau reste cependant encore en deçà de celui du 1er semestre 2009 (632 millions d’euros).
Ils se répartissent pour 50 % en Europe occidentale (dont 35 % en France) et 50 % en Europe centrale et de l’Est et en Asie.

Diminution sensible du niveau d’endettement : 3 879 millions d’euros (-7,2 %)
La dette financière nette atteint 3 879 millions d’euros (45,3 % des capitaux propres). Elle diminue de 7,2 % par rapport au 1er semestre 2010 où elle atteignait 4 181 millions d’euros, soit 52,0 % des capitaux propres. La capacité d’autofinancement est stable (729 millions d’euros contre 728 millions d’euros au 30 juin 2010). En juin, le Groupe a procédé à une nouvelle émission obligataire de 500 millions d’euros, à échéance 2018, lui permettant de sécuriser sa liquidité et d’en allonger les maturités.

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