Les robots envahissent la distribution

|

Pepper est le plus emblématique des robots mais il existe bien d’autres cas de robotisation dans la distribution. L’objectif recherché ? Optimiser les opérations, en soutien à l’humain, ou à sa place.

«Bonjour. Avez-vous un chauffage individuel au gaz ? » C’est avec ces mots que Pepper, le robot d’accueil créé par SoftBank Robotics, captait l’attention des clients, en fin d’année dernière, chez ­Darty, pour promouvoir le thermostat connecté Nest et, surtout, les offres d’énergie au gaz d’Engie. Cette même phrase prononcée par un vendeur classique n’aurait certainement pas eu le même succès… « Le robot avait vocation à informer et amener le client dans l’univers de la maison connectée, détaille Richard Malterre, business manager chez Lonsdale Digital Branding, qui a conçu l’opération. Il aide à la vente et à l’événementiel, mais il n’est pas qualifié pour remplacer les gens. Dans le cas de Darty et d’Engie, l’humain intervient dès lors que le contact a été défini comme pertinent. »

Pepper mesure 1,20 mètre, dispose d’une caméra vidéo, d’une tablette et de douze heures d’autonomie pour un prix d’achat de 20 000 €. Mais cet investissement n’est pas un frein. Carrefour, Kiabi, King Jouet… nombreuses sont les enseignes à être tombées sous le charme du robot. Dans le magasin parisien du Marais d’Uniqlo, Pepper accueillait les clients et, surtout, leur faisait découvrir les services de la boutique. « 80% des personnes interrogées à la sortie du magasin se souvenaient d’au moins un service, précise Richard Malterre. La communication est plus aisée avec un robot. Pepper engage immédiatement la conversation dès qu’il détecte un client à proximité. Il a une empathie différente de celle d’un humain, ce qui change la relation. »

Pour Olivier de Panafieu, associé chez Roland Berger, « SoftBank Robotics a montré la voie avec ses robots Nao et Pepper, et les nombreuses expérimentations ont permis de générer des vocations. » Bien évidemment, la robotique dans le retail ne se limite pas à Pepper. On peut également citer le robot Tiki, d’Event Bot, retenu par L’Oréal ou Orange, ou encore le chariot robot de Follow Inspiration, testé chez Intermarché de novembre à décembre 2016. wiiGo, c’est son nom, porte les courses du client et le suit partout dans ses déambulations en magasin. « Le bilan est positif, commente l’enseigne. Près de 75% des clients ont indiqué qu’ils réutiliseraient wiiGo lors de prochaines courses. Une seconde phase de test est prévue en mars, permettant d’éprouver davantage la technologie du robot en magasin. »

Des usages qui se multiplient

  • Front office : analyse du parcours client (comptage, analyse de comportements) et expérience client (accueil, démonstration de produits, promotion).
  • Gestion des marchandises : robot inventaire, robot contrôle de merchandising, surveillance, emballage.
  • Service client marchandise : picking produit consigné, encaissement automatique, file virtuelle, livraison de produits.

De l’emballage à la livraison

La robotisation ne porte pas que sur les points de vente : toutes les opérations de back office, elles aussi, bénéficient de ces avancées. L’Oréal ou encore Gémo ont, pour leur part, adopté les solutions de Scallog, des robots qui déplacent les étagères pour amener les produits aux opérateurs. « Avec notre système, le picking atteint de 450 à 500 produits par heure, contre 100 à 150 en manuel, explique Olivier Rochet, cofondateur de la start-up. Les erreurs sont limitées grâce au pointeur qui illumine la référence à prélever. Les distributeurs commencent à regarder notre système avec davantage d’attention. Ils semblent plus matures sur le sujet qu’il y a deux ans. » Il faut dire aussi que la solution de Scallog se révèle flexible et plus abordable que d’autres. Le Perle, l’entrepôt robotisé de E. Leclerc sorti de terre fin 2014, a, lui, nécessité un investissement de 60 millions d’euros. Le prix à payer pour répondre à la croissance de la ScapAlsace. Dans le cas de Scallog, qui ne permet pas de traiter de gros volumes mais des produits protéiformes, le ticket commence à 160 000 € pour quatre machines et une gare.

Chez Cdiscount, cela fait plusieurs années que la société s’intéresse à la mécanisation et la robotisation de l’entrepôt. Pour Pierre-Yves Escarpit, directeur des opérations, « la robotique permet d’améliorer notre vision client. Depuis juin 2016, nous avons investi dans un robot d’emballage 3D créé par Neopost Shipping, le CVP-500, pour fabriquer nos cartons sur mesure. Les gains ont été immédiats, notamment vis-à-vis du client, avec un meilleur emballage, mais aussi d’un point de vue RSE car, en réduisant de 30% le volume des cartons, cela signifie 30% de camions en moins sur les routes. » Cdiscount s’intéresse aussi à la logistique du dernier kilomètre. L’e-marchand (ou, plus exactement, le Père Noël) a ainsi expérimenté la livraison par drone, en décembre 2016, pour apporter leurs cadeaux aux enfants du CHU de Bordeaux. « Nous étions dans un espace privé, ce qui nous a permis de tester techniquement la solution, explique le directeur des opérations. Mais les règles de la Direction générale de l’aviation civile limitent les possibilités aujourd’hui. Nous restons en veille et, dans cette optique, nous avons créé une cellule R & D avec des start-up. Nous cherchons en permanence à insuffler de l’innovation sur l’ensemble de la chaîne de valeur. »

30

fois plus d’interactions par jour entre un humain et un robot qu’entre un humain et une borne digitale

- 26%

de baisse annuelle du coût de fabrication d’un robot capable d’interagir avec un humain

10 Mrds€

La taille du marché des robots androïdes en 2025

Source : Roland Berger, étude Think Act Robot et Retail

L’apport de l’intelligence artificielle

La robotisation de la distribution n’en est qu’à ses débuts. Pour la partie supply chain, les investissements peuvent être faits par les distributeurs qui exploitent eux-mêmes leur entrepôt. Mais nombre d’entre eux passant par des sous-traitants, la question est de savoir qui investit. Pour la partie magasin, les robots devraient fleurir car « la robotique a passé un grand cap, précise Richard Malterre, de Lonsdale. On n’en est toutefois pas encore au robot multifonction, et cela sera la prochaine étape. Pour le moment, robot et intelligence artificielle évoluent parallèlement mais la combinaison des deux est prometteuse. Aujourd’hui, on doit créer des scénarios de bout en bout. »

Ce constat est partagé par Olivier de Panafieu : « On est à une conjonction de phénomènes. La technologie est désormais au point, les coûts de fabrication sont mieux maîtrisés et, au même moment, les magasins doivent se réinventer car ils ne peuvent plus être un simple lieu transactionnel. Les robots vont faire ce que l’humain ne savait pas faire. À commencer par apporter de la réalité augmentée pour montrer ce qu’un produit rendra physiquement lorsque celui-ci n’est pas disponible en point de vente. Aucun robot n’est en revanche aussi généraliste qu’un humain mais il peut apporter de la valeur ajoutée. »

Un Robot, C’est quoi ?

Par robot, on entend toute forme de dispositif mécatronique (alliant mécanique et électronique ou informatique), qui n’a pas nécessairement l’aspect humain, mais qui peut accomplir des tâches qui sont généralement effectuées par les hommes.

Engie vend chez Darty avec Pepper

  • Gain généré Vente de contrats multipliée par trois par rapport à une promotion classique sans robot.

Fin 2016, le robot Pepper a été installé chez darty pour interpeller les clients afin de savoir si ces derniers avaient un chauffage au gaz individuel. Un point clé pour promouvoir la vente de contrats d’Engie mais une question fastidieuse à poser par un humain. Pepper embrayait ensuite sur la présentation de Nest, un thermostat connecté, et sur l’offre de gaz, avant de renvoyer les clients vers un collègue… humain.

Cdiscount emballe sur mesure avec Neopost

  • Gain généré Meilleure image client. gain de 30 % sur le volume des cartons. 15 % de matière première en moins. Produit mieux protégé.

Depuis l’été 2016, Cdiscount utilise la machine CVP-500, un système d’emballage 3D imaginé par Neopost Shipping. Les opérateurs déposent les produits d’une commande sur un tapis. Ceux-ci sont scannés lors de leur passage sous une arche. À partir de ces données, le robot crée un carton aux dimensions nécessaires. L’opération se poursuit avec l’ajout de l’étiquette de transport.

Gémo fait bouger les étagères grâce à Scallog

  • Gain généré Prélèvement de 450 à 500 produits par heure, contre 100 à 150 en manuel. Moins de déplacements et baisse des troubles musculosquelettiques pour les employés.

Gémo a installé 400 étagères pour gérer ses 20000 références à faible ou moyenne rotation dans son entrepôt dédié à l’e-commerce. Et ce sont les petits robots de Scallog qui se chargent d’amener les produits aux opérateurs. Plus exactement, les machines déplacent les étagères en se positionnant sous celles-ci, à raison de 1,20 mètre par seconde.

Sauver le monde des hommes suit ses clients à l’aide de capteurs

  • Gain généré Chiffres précis sur l’affluence et sur le taux de transformation. Outil de management pour les équipes magasins.

Les quatre boutiques parisiennes de la marque de mode Sauver le monde des hommes ont installé des capteurs thermiques et vidéo, afin de connaître l’affluence et le nombre de passages en magasin et devant la vitrine. Un autre capteur détecte par wi-fi le téléphone des clients, ce qui permet de savoir s’ils sont déjà venus et de suivre leur parcours en magasin.

 

Clotilde Chenevoy

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 2450

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous

Nos formations

X

Recevez chaque semaine l’actualité des équipements et technologies pour le magasin et de la supply chain des distributeurs.

Ne plus voir ce message