Les robots prêts à envahir notre quotidien

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La robotique dite de service, pour l'assistance, la sécurité ou l'éducation, est promise à un bel avenir. Elle offre des opportunités aux industriels et aux distributeurs qui sauront s'en saisir.

Robots

Ils font rêver ou peur, mais ne laissent personne indifférent. Apparus dans les années 1960, les robots ont peu à peu pris place dans notre quotidien, parfois à notre insu. Aujourd'hui, on les trouve dans de nombreux secteurs : l'industrie, la défense, la médecine, l'exploration spatiale, et bien sûr aussi dans nos logements. Dans le domaine de la robotique de service (loisirs, éducation, sécurité, assistance), le marché de demain, il existe déjà des tondeuses s'occupant de la pelouse sans assistance, des aspirateurs capables de gérer seuls le ménage. À en croire les acteurs du secteur, l'histoire ne fait que commencer !

« La chambre économique de l'Onu et des gouvernements comme celui de Corée du Sud et du Japon ont mené des études parallèles. Toutes arrivent aux mêmes conclusions : lorsque les industriels sauront produire des robots de service au prix d'une petite voiture, il s'en vendra autant que de téléphones portables. La robotique sera assurément l'une des révolutions du XXIe siècle, comme l'automobile l'a été au XXe », assure Bastien Parent, responsable de la communication d'Aldebaran Robotics. Cette société française travaille au projet Nao, un robot d'une soixantaine de centimètres de haut, équipé de microphones, de hauts parleurs, de caméras et de capteurs pour le rendre interactif, capable de se mouvoir, de saisir des objets, et, surtout, d'apprendre, seul ou grâce à des programmes développés par une communauté d'utilisateurs. Pour l'heure, Nao est utilisé comme outil de recherche en laboratoires et dans les universités, mais il sera commercialisé d'abord en série limitée à la fin de l'année, puis en grande série fin 2011.

 

1Mrd $

Le chiffre d'affaires mondial en 2010 du robot de service.

Source : ABI Research

 

Démythifier et rassurer

Lorsque l'on évoque les robots, de quoi s'agit-il au juste ? Bruno Bonnel, PDG de Robopolis, qui commercialise des robots en France, et président du Syndicat de la robotique personnelle et de services (Syrobo), et auteur du livre Viva la Robolution, en fournit une définition : « Un robot est une machine ayant la capacité à capter son environnement, dotée de processeurs pour gérer les informations reçues, et d'actionneurs pour agir sur le monde extérieur. » Nous sommes loin de l'image du robot issu des films et des livres de science-fiction, qui effraie plus qu'il ne rassure.

 

18 Mrds $

Le chiffre d'affaires mondial du marché du robot de service estimé à l'horizon 2015.

Source : ABI Research

 

5 millions

Le nombre d'exemplaires de l'aspirateur Roomba (iRobot) vendus dans le monde.

Source : LSA

La France en bonne place 

D'ailleurs, c'est bien là un point essentiel que les intervenants du domaine ont intégré : pour vendre des robots, il va falloir les faire accepter par le grand public, lui en faire comprendre l'intérêt. Et lutter contre la peur que ces machines peuvent engendrer, surtout lorsqu'elles ressemblent trop à un être humain, à l'image des créations de la société japonaise Kokoro ou encore de la réplique conforme (Geminoid) du professeur Hiroshi Ishiguro. Pour autant, une fois adopté, indique Bruno Bonnel, « nous développons une relation émotionnelle avec le robot, nous lui faisons confiance, et allons même jusqu'à lui donner un nom ».

L'Asie est indéniablement la terre d'élection de la robotique. Le Japon et la Corée du Sud, en pointe sur le sujet, consacrent des investissements importants pour apporter des solutions de confort à une population vieillissante, aider dans les tâches courantes ou au travail. C'est le cas de l'exosquelette HAL®, de Cyberdyne. Semblable à une armure pour les bras et jambes, il détecte les signaux bioélectriques envoyés par le cerveau lorsque l'utilisateur souhaite faire un mouvement (se lever, marcher...), et les facilite. La société japonaise prévoit sa commercialisation auprès des personnes âgées en Europe et aux États-Unis dans les prochaines années.

La France n'est pas en reste. « Nous sommes bien placés pour fabriquer des robots », assure Bruno Maisonnier, président d'Aldebaran Robotics et de Cap Robotique. Le pays compte des entreprises aux savoir-faire variés dans la mécanique de précision, le design, les algorithmes de haut niveau ou les logiciels. Ses laboratoires de recherche publient 7 à 8 % de la littérature spécialisée mondiale. « La fabrication des robots va entraîner la création de millions d'emplois, c'est une opportunité à ne pas laisser passer. Tel est le but de Cap Robotique, cluster d'entreprises au sein du pôle de compétitivité Cap Digital. » L'objectif de ce regroupement, qui compte 80 partenaires, est de faire du lobbying et de communiquer auprès d'entreprises pouvant apporter leur concours, et les convaincre de rejoindre la communauté.

100 000

Le nombre de tondeuses robotisées vendues dans le monde par Husqvarna.

Source : constructeur

 

 

 Demain, le service

Parce que l'enjeu de demain est l'assistance au quotidien, Cap Robotique travaille au projet Romeo, un robot pour personnes en perte d'autonomie. Il sera capable de surveiller une personne âgée, d'ouvrir une porte et, à terme, d'aider un individu à se relever. Doté d'un financement de 10 millions d'euros, le premier prototype est prévu pour fin 2010, le deuxième, opérationnel, un an plus tard. La commercialisation devrait débuter en 2015. Si le projet aboutit, Romeo sera le symbole de ce que la robotique apportera au quotidien, et ce dans un avenir très proche. « Je pense que nous verrons, dès 2012, arriver sur le marché des robots permettant à chacun d'expérimenter cette voie », prévoit Bruno Maisonnier. Il reste encore quelques mois pour se faire à cette idée.

Faciliter le quotidien

Le grand enjeu de demain en robotique de service est l'aide et l'accompagnement des personnes âgées ou en perte d'autonomie. Les pays asiatiques travaillent sur la question, mais la France également, avec le projet Roméo, un robot haut de 1,40 m (à gauche). Dans sa première version, dont le prototype opérationnel est prévu pour la fin 2011, il sera capable de se mouvoir, d'assister une personne. Puis, sans doute vers 2013 ou 2014, Romeo sera équipé de bras et de mains pour accroître ses capacités d'assistance. Le travail mené pour le robot Nao (à droite) dans les laboratoires de recherche concourt aussi au développement de Romeo.

Nettoyer et jardiner

De nombreux concurrents du Roomba (iRobot, à partir de 300 €), le robot aspirateur ou laveur de sol vendu en France à 800 exemplaires en 2006, 55 000 en 2009 et qui pourrait atteindre les 80 000 cette année, se profilent. Samsung a annoncé son robot aspirateur Navibot (à partir de 450 €), et LG son Roboking. Dans le jardin, les tondeuses savent fonctionner de manière autonome, telle la gamme Automower d'Husqvarna (ci-contre). Même les animaux peuvent en bénéficier : une litière pour chat est proposée sur le marché.

Surveiller à distance

Dans la lignée des robots communicants, des produits existent qui permettent de surveiller le logement à distance (Spykee de Meccano, 300 € ; Rovio de WowWee, ci-dessous, 400 €), grâce à un robot équipé d'une webcam. Celui-ci est capable de se déplacer dans les pièces, seul ou selon un parcours prédéfini. Il est aussi possible de piloter la caméra pour zoomer sur un endroit précis.

Apprendre et s'amuser

La robotique de service peut servir aux loisirs et à l'apprentissage. Des robots peuvent devenir de petits compagnons pour les enfants, prenant la forme d'animaux. Ils savent aussi les stimuler par des jeux interactifs, comme des quiz, ou par la possibilité de les programmer. Emblème du secteur, le robot chien Aibo, de Sony, dont la production a été interrompue en 2006, a trouvé des successeurs, comme Genibo, de Dasarobot (photos ci-contre, 2 000 € ), ou Bioloid, de Robotis (ci-dessus), à construire soi-même (Premium Kit à 1 300 € ).

La promesse de la tendance

"C'st la révolution du XXIe siècle

«Dans les années 1980, l'informatique a transformé notre quotidien en devenant, pour chacun, un outil personnel pour les loisirs ou l'éducation. Aujourd'hui, il en va de même pour la robotique, qui représente la révolution du XXIe siècle. Une partie de notre développement économique passe par là. Les perspectives sont énormes, puisque l'on évoque un marché mondial de 18 milliards de dollars à horizon 2015. Mais il reste difficile de donner des chiffres précis, tant la robotique s'intègre dans nombre de secteurs. Par exemple, on la retrouve dans l'électroménager, avec des machines intelligentes capables d'optimiser les tâches quotidiennes. Face à ces nouveaux enjeux, se pose la question, pour la distribution, de savoir s'il faut ou non aller vers la domotique en ouvrant un rayon spécialisé. Déjà, des enseignes s'interrogent, comme la Fnac ou Boulanger, qui commercialise quelques produits et cherche à se développer sur ce segment. »

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Article extrait
du magazine N° 2143

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