Marchés

Les sachets souples font des adeptes

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Pratiques et sûrs, les emballages souples ont le vent en poupe. Autant appréciés par les consommateurs que par les industriels, ils n'ont qu'un seul défaut : ils échappent, dans la plupart des cas, aux filières de recyclage.

Dans le monde de l'emballage, la souplesse est une valeur porteuse. Selon les chiffres du Comité de liaison des industries françaises de l'emballage (Clife), les conditionnements souples constituent même le seul secteur à avoir enregistré une croissance de son chiffre d'affaires en 2009 (voir infographie). Un succès qui s'explique par le simple fait que ces derniers, des plastiques complexes pour la plus grande partie d'entre eux, proposent toute une série de qualités qui permettent soit une meilleure protection du produit, soit une mise en oeuvre plus pratique. Protection contre l'humidité, les transferts d'odeurs... Mais ils permettent aussi, par exemple, une utilisation fragmentée beaucoup plus facile (tels les sachets refermables de préparations culinaires) ; d'autres se plongent directement dans la casserole ou sont micro-ondables... Bref, toute une série d'avantages qui leur ont permis, malgré un surcoût parfois important, d'intégrer tous les rayons, de la parfumerie à l'épicerie en passant par les surgelés et, bien sûr, les historiques écorecharges du rayon lessives.

 

Son poids, un atout certain

Autre avantage, et non le moindre, l'emballage souple propose presque à tout coup un rapport poids du conditionnement/poids de la marchandise emballée extrêmement favorable. Un argument « écologique » qui a été et est encore (les poids continuent de diminuer) capable à lui seul de séduire les industriels, mais aussi les consommateurs, ces derniers pouvant être par ailleurs également relativement sensibles au poids et à l'encombrement de leurs poubelles.

Mais, puisque toute médaille a son revers, les emballages souples ont aussi le leur. Souvent complexes, voire multicouches, ils échappent quasi complètement au recyclage. Soit parce qu'ils ne sont pas recyclables, soit encore parce qu'aucune filière n'existe pour leur collecte. Un revers que certains ont tendance à balayer... d'un revers de main, en soulignant que le bénéfice logistique ajouté au confort de mise en oeuvre par le consommateur sont suffisants pour que le problème ne se pose pas, même dans les pays du Nord de l'Europe, beaucoup plus réceptifs que nous au thème environnemental.

 

Opter pratique ou écolo ?

Il n'empêche. Certains industriels, sans en faire une priorité absolue, avouent travailler sur le sujet. Chez Elle et Vire, par exemple, où Crème et Préparations culinaires ont été lancées en « poches plastiques refermables » en 2006 et 2007. « À l'époque, c'est le souci de praticité qui l'a emporté, se souvient Armelle Bertrand, chef de groupe. Un choix que nous ne regrettons pas, mais qui est le résultat d'un arbitrage. La naturalité est la valeur phare de la marque. Dès lors, utiliser un emballage non recyclable ne peut-être complètement satisfaisant. » Bref, la marque s'impose comme un vrai rendez-vous de trouver une solution parfaitement écologique, sans pour autant, bien sûr, renoncer aux avantages apportés par le conditionnement plastique... Le problème est d'autant plus complexe qu'il ne peut, en effet, se limiter à la recherche d'un matériau recyclable. En aval, les industriels de l'eau minérale le savent bien, encore faut-il qu'un circuit de collecte fonctionne.

Autre exemple du côté du sucre. Face à l'offensive des marques premiers prix et des MDD, les industriels se sont engagés depuis quelques années dans de vastes entreprises marketing de revalorisation du produit et des marques. Des démarches au sein desquelles l'emballage occupe une place très importante. « L'emballage souple nous a permis de travailler à la fois sur le produit, la marque et le bénéfice consommateur », explique Matthieu Simonin, directeur adjoint marketing pour Daddy (Cristalco). « Fini le bec verseur imprécis et fragile, le sucre en poudre qui prend l'humidité et qui s'agrège en blocs... la transparence nous a permis de travailler sur la marque et sur la perception du produit qui ne se cache plus au fond du placard nous disent les consommateurs... Bref, c'est un succès, même si le surcoût que représente le plastique pèse sur les marges », poursuit le directeur adjoint. Mais, tout comme chez Elle et Vire, reste le problème de la non-recyclabilité. « C'est évident, il faut tenir compte des facteurs environnementaux. Nous y travaillons. Plusieurs pistes sont possibles. Les matériaux " bio-sourcés " notamment », envisage Matthieu Simonin.

 

Plusieurs scénarios

Experte du secteur de l'emballage, Annette Freidinger-Legay s'avoue incapable de dessiner le scénario qui permettra aux industriels de résoudre le problème. Mais elle affiche néanmoins sa confiance : « Les matériaux souples continuent de progresser en valeur ajoutée, tant pour les industriels que pour les consommateurs. Je suis persuadée qu'ils vont évoluer dans la prise en compte du facteur écologique. Une seule chose est à peu près certaine, il n'y aura pas un, mais plusieurs scénarios. Le recyclage n'est pas la seule voie, même s'il a encore beaucoup de potentiel en France. Il y a aussi la biodégradabilité, les écorecharges... Tous les grands industriels travaillent sur le sujet. Un peu de patience ! », recommande-t-elle.

 

Un segment en croissance

Crise économique, tendance à la réduction des emballages… Deux facteurs qui expliquent l’année noire qu’a connue le secteur de l’emballage en 2009. Seule oasis de croissance, les emballages souples.

 

Évolution, en %, du chiffre d’affaires des différentes filières de l’emballage entre 2008 et 2009 :

 

(source: Clif)

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