Marchés

Les sacs poubelle font leur révolution verte

Sous l'impulsion du gouvernement, les industriels comme les distributeurs se sont engagés à développer les ventes de sacs poubelle biodégradables. Ce projet est semé d'embûches...

« Le problème est un peu le même que pour les ampoules. Nous allons expliquer aux consommateurs pourquoi il faut des sacs bio. »
Le problème Ils contiennent encore trop de pétrole. En rayons, difficile d'imaginer qu'un sac portant la mention « à base de matière végétale » contient jusqu'à 60 % de pétrole... La solution Le seuil minimal de matière végétale doit passer de 40 % aujourd'hui à 50 % en 2011 et à 70 % en 2018. Les objectifs de la convention établie entre le ministère de l'Écologie, les industriels et la distribution visent plus haut : 60 % en 2011 et à 90 % en 2018.
Le problème Les sacs poubelle biodégradables ne sont pas aussi résistants que ceux en plastique simple. Il vaut mieux éviter d'y jeter du marc de café ou du thé encore chaud, sous peine de les voir se dégrader dans les heures qui suivent... La solution La convention signée prévoit des critères d'amélioration de la qualité, qu'elle soit au moins équivalente au plastique classique.
Le problème La filière de compostage est encore extrêmement réduite en France. La solution L'Association des maires de France prend part à l'opération pour encourager des collectivités à mettre sur pied des filières de compostage des déchets organiques (nourriture, épluchures, etc.)
Le problème Les consommateurs ne sont pas sensibilisés à l'intérêt écologique du compostage. La solution Dans les six mois, des magasins situés dans les villes à la pointe de ce type de recyclage vont mettre en valeur les sacs biodégradables dans leurs rayons. Ils vont expliquer l'intérêt du tri des matières « fermentescibles », c'est-à-dire composés de matières organiques biodégradables.

Après les ampoules à incandescence, la révolution écologique va-t-elle renvoyer les sacs poubelle au placard ? Le 20 novembre, Chantal Jouanno, secrétaire d'État chargée de l'Écologie, s'est rendue au 92e Congrès des Maires de France, à Paris, pour signer une convention sur les sacs poubelle biodégradables avec les industriels et les distributeurs. L'accord incitatif, soumis à des évaluations régulières, vise à développer les ventes de produits biodégradables aux dépens des sacs classiques, en polyéthylène. « Les sacs plastique, c'est fini ! », a osé Chantal Jouanno. Séduisant... mais il reste pas mal d'obstacles à franchir pour que ce soit vrai.

Des sacs « bio » truffés de pétrole

D'abord, parce que les sacs « bio » contiennent encore une bonne part de pétrole. Les consommateurs ne s'en doutent pas, mais un sac portant la mention « à base de matière végétale » peut contenir jusqu'à 60 % de plastiques issus d'énergies fossiles. Même s'ils se dégradent aussi bien que ceux à base d'amidon de pomme de terre, l'argument écolo en prend un coup... « Au niveau bilan carbone, on peut considérer qu'on est encore à mi-chemin », reconnaît Francis Bouvier, fondateur du producteur de sacs biodégradables Biocool. Aussi la convention établie par le gouvernement prévoit-elle une augmentation graduelle des plastiques végétaux dans leur composition. D'ici à 2011, le seuil passera de 40 % à 50 %, avec pour objectif 90 % en 2018. Et ce n'est pas tout.

La qualité du produit est également une source de problèmes. « J'ai une demande à l'égard des producteurs, a lancé Chantal Jouanno en guise de conclusion de la séance de signatures. Faites-nous des sacs plus pratiques et qui ne se délitent pas au bout d'un ou deux jours dans la poubelle. » Une pointe d'ironie de la secrétaire d'État, qui n'exagère pas tant que cela. Prévus pour contenir des déchets dits « fermentescibles » (épluchures, restes de repas, etc.), les sacs bio résistent mal à la chaleur combinée à l'humidité. Il suffit parfois de jeter un marc de café bien fumant pour se retrouver avec les déchets sur les pieds au moment de descendre les poubelles...

Pour en avoir le coeur net, les curieux peuvent vérifier dans leurs rayons. Certains sacs portent des mentions déconseillant d'y mettre des restes de thé ou de café chaud. « C'est pour cela que l'engagement des industriels est de fournir des produits de remplacement à qualité égale », se félicite Jérôme Bédier, président de la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution (FCD) et cosignataire de la convention.

Les MDD ont un créneau à investir

En effet, la résistance des sacs à base de matière végétale n'est pas celle du polyéthylène standard, et il faut donc plus de matière pour obtenir une même qualité. Résultat, le prix n'est pas le même en rayons ! « Le problème vient du prix de la matière première, estime Francis Bouvier. Pour une qualité équivalente à un sac en plastique classique, il faut 30 % de matière en plus. Comme la matière de base est plus chère que le polyéthylène, le sac coûte quatre ou cinq fois plus cher à l'arrivée. » Enfin, la convention vise aussi à sensibiliser les consommateurs sur l'importance du tri des déchets compostables. « Dans notre poubelle, la moitié des déchets sont fermentescibles. Or, le compostage ne concerne que 14 % d'entre eux », a dénoncé Chantal Jouanno. Là, le rôle des distributeurs sera prépondérant. « Au cours de l'année à venir, on verra, dans les rayons de plusieurs magasins pilotes, des présentations spécifiques de sacs biodégradables, avec une explication du rôle du compostage, a confié Jérôme Bédier. Tous les distributeurs sont favorables à ce projet, et s'il n'y a pas encore de MDD bio sur ce créneau, je suis sûr qu'elles sont dans les tuyaux. »

Désormais, la seule difficulté est de trouver les villes qui pourront accueillir ces tests. « La filière compostage est sous-développée en France », déplore un industriel. Les villes qui, comme Rousset-sur-Arc, près de Marseille (Bouches-du-Rhône), disposent déjà d'une filière de collecte des déchets fermentescibles sont encore rares.

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