Les salariés d'Ed redoutent de perdre leur statut

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Le sort de la filiale hard-discount de Carrefour, qui devait être cotée à la Bourse de Madrid le 5 juillet, inquiète beaucoup les salariés français. Ces derniers ont peur de ne pas garder leurs acquis sociaux.

« Non au démantèlement ! », « Oui à la création d'emplois ! », peut-on lire sur les banderoles des centaines de salariés d'Ed, filiale de Carrefour.
« Non au démantèlement ! », « Oui à la création d'emplois ! », peut-on lire sur les banderoles des centaines de salariés d'Ed, filiale de Carrefour.© PASCAL SITTLER/REA

Ils sont venus battre le pavé ce matin de juin, place du Palais-Royal, à quelques mètres du Carrousel du Louvre, où se tient l'assemblée générale de Carrefour. Évelyne, Sébastien, Gérard, Jean-Luc et les autres veulent alerter les actionnaires sur l'avenir incertain des quelque 10 000 salariés de la filiale hard-discount de Carrefour, Ed-Dia. « Non au démantèlement ! », « Oui à la création d'emplois ! », peut-on lire sur les banderoles qu'ils brandissent.

« Pas de projet commercial »

Ce n'est pas tant la cotation à la Bourse de Madrid ce 5 juillet qui les inquiète que leur avenir en tant que salariés dans les mains de plusieurs propriétaires encore inconnus. « C'est une très bonne opération financière [Ed-Dia est évalué à 3 Mrds €, NDLR] mais, socialement, nous sommes à la merci du premier acheteur venu et, commercialement, il n'y a pas de projet », confie Évelyne, 58 ans, chef d'un magasin Ed à Vernon (Eure). Tous redoutent la sortie d'un groupe qui ne les traitait pas si mal. Sébastien, dix-huit ans d'ancienneté chez Ed, 1 800 E net par mois pour un poste de chef de magasin égrène les avantages. « Un intéressement propre à Ed, une participation axée sur les bénéfices, une mutuelle prévoyance... »

C'est le saut dans l'inconnu qui angoisse le plus les salariés. « La politique de l'entreprise n'a jamais été aussi floue, déplore Gérard Covache, délégué syndical central FO chez Ed. Les lois sociales seront celles de l'Espagne ou d'un groupe étranger. Depuis dix-huit mois, date des premiers transferts d'enseignes Ed en Dia, nous avons peu de visibilité et la situation est très anxiogène pour les salariés. » À ce jour, 40% des 980 magasins Ed sont passés sous la bannière Dia et, à fin 2012, ils le seront tous.

La politique de l'entreprise n'a jamais été aussi floue. Les lois sociales seront celles de l'Espagne ou de l'étranger. La situation est très anxiogène pour les salariés, à la fois à cause de la scission de Dia et aussi à cause du passage en location-gérance. Celui-ci se fait avec une perte de statut collectif. Les locataires-gérants ne maintiennent pas les acquis sociaux et embauchent au rabais.

Gérard Covache, délégué syndical central FO chez Ed

« Un moins-disant social »

Un changement d'enseigne qui va de pair avec un changement de statut. Comme les magasins Dia en Espagne, le parc français va passer en location-gérance, à hauteur de 35-40%. Or, toujours selon les syndicats - la direction de Carrefour n'ayant pas répondu aux sollicitations de LSA -, la transformation en location-gérance ne se traduit pas par un mieux-disant social. Au contraire. « Le locataire-gérant, quand il reprend un magasin, se débarrasse en général d'un chef de magasin et d'un adjoint, raconte Sébastien. Du coup, les points de vente tournent avec quatre, cinq personnes au lieu de six. » Gérard Covache dénonce une politique systématique de baisse des coûts et une perte de statut collectif. « Les locataires-gérants ne maintiennent pas les acquis sociaux, même pas quinze mois. Ils en profitent pour réduire le personnel et réembaucher derrière à moindre coût. » Et de chiffrer à 1 500 salariés la baisse des effectifs depuis dix-huit mois. Ce qui fait plus de 10% des effectifs... et correspond quasiment à la baisse de chiffre d'affaires (- 8,4%) subie par Ed-Dia en 2010.

Au final, les syndicats redoutent la fermeture des magasins les moins rentables, ceux qui tournent à moins de 2 M E de chiffre d'affaires annuel. De source syndicale, une centaine pourrait fermer. Une douzaine a déjà baissé le rideau dans le nord et l'est de la France.

Les chiffres

  • 980 Le nombre de magasins Ed. Un tiers seront en location-gérance fin 2012 et la totalité sous enseigne Dia.
  • 10 000 Le nombre de salariés.
  • - 8,4 %, La baisse du chiffre d'affaires d'Ed-Dia en 2010.

 

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Article extrait
du magazine N° 2190

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