Les sodas light, consommés... mais mal perçus

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En matière de boissons avec édulcorants, les parents se montrent très ambivalents : s’ils autorisent les enfants à en consommer, ils ne les perçoivent pas comme des alternatives saines et diététiques aux boissons sucrées. De quoi offrir de nombreuses pistes d’innovation.

Virginie, 34 ans, son mari Sébastien, et ses fils Léo (10 ans) et Milo (7 ans) : "Notre aîné, Léo, apprécie beaucoup le Coca-Cola Zéro, tandis que son petit frère Milo –?qui n’aime pas les bulles?– préfère l’Ice Tea Zéro à la pêche. Dans la journée et pendant les repas, nous ne buvons que de l’eau du robinet. Mais ils ont droit à un ou deux verres de boissons light en rentrant de l’école. Et pas question de culpabiliser si, exceptionnellement, ils se servent un troisième verre."
Virginie, 34 ans, son mari Sébastien, et ses fils Léo (10 ans) et Milo (7 ans) : "Notre aîné, Léo, apprécie beaucoup le Coca-Cola Zéro, tandis que son petit frère Milo –?qui n’aime pas les bulles?– préfère l’Ice Tea Zéro à la pêche. Dans la journée et pendant les repas, nous ne buvons que de l’eau du robinet. Mais ils ont droit à un ou deux verres de boissons light en rentrant de l’école. Et pas question de culpabiliser si, exceptionnellement, ils se servent un troisième verre."© © Martial Ruaud / Andia

Le chiffre 

  • 57 % : taux de pénétration des boissons avec édulcorants dans les foyers français avec enfants de 3 à 10 ans.

Source : Institut des Mamans

Ces dernières années, le « Zéro » s’est fait une large place dans le rayon des boissons rafraîchissantes : depuis le célèbre Coca-Cola Zéro, lancé en 2006, Oasis, Lipton Ice Tea, Orangina, Schweppes ou la limonade artisanale Lorina affichent désormais sur leurs packs ce symbole du sans-sucre. Pourtant, les consommateurs sont très partagés concernant ces boissons, notamment quand il est question d’en donner aux enfants. Florence, par exemple, n’en propose jamais à ses trois filles, qui prennent du lait et du jus d’orange au petit déjeuner et de l’eau du robinet dans la journée. « Les sodas sont réservés aux anniversaires ou aux grandes occasions. Mais je n’achète jamais de boissons avec édulcorants : je n’ai pas assez confiance et, quitte à prendre des produits sucrés, autant le faire en conscience », explique cette Francilienne de 44 ans. Chez Virginie, à l’inverse, les deux enfants ont droit à leur verre de soda ou autre boisson avec édulcorants en rentrant de l’école. « Je ne veux pas les priver tout en limitant leur consommation de sucre. Ainsi, ils ne mangent pratiquement jamais de bonbons, n’en ayant pas l’habitude », argumente cette Angevine de 34 ans.

Alors, les boissons avec édulcorants constituent-elles une bonne alternative aux boissons sucrées ? Selon les récents chiffres de l’Institut des Mamans, le « Zéro » n’est pas bien vu : 60 % des parents d’enfants de 3 à 10 ans pensent ainsi qu’elles ne sont pas diététiques, 55 % qu’elles ne sont pas une alternative saine et 52 % qu’elles ne contribuent pas à prévenir la prise de poids. Au final, 59 % estiment qu’elles doivent être soumises aux mêmes restrictions publicitaires et taxes que les boissons sucrées. « Zéro » ou pas, même combat !

Une consommation portée par les adultes

Malgré cette majorité d’avis négatifs, les boissons avec édulcorants sont présentes dans 57 % des foyers avec enfants… Si la consommation est portée par les adultes (notamment les femmes, qui sont 51 % à en consommer), elle touche aussi 41 % des enfants. « Même si la consommation des plus petits n’est pas négligeable – 7 % des moins de 2 ans en boivent au moins une fois par semaine –, la bascule se fait vers 6 ans et l’entrée à l’école primaire », observe Patricia Gelin, directrice de l’Institut des Mamans. Non seulement le nombre de consommateurs réguliers grimpe à partir du CP, mais aussi la part d’estomac : sur 10 boissons (hors eau) consommées par un enfant, 2 sont avec édulcorants. « Même s’ils estiment qu’elles ne sont pas la panacée, certains parents considèrent qu’elles sont toujours meilleures que les boissons avec sucre, ingrédient encore plus diabolisé que le gras », poursuit Patricia Gelin. Des consommateurs qui, à l’instar de Virginie, veillent aussi à la mention « sans sucres ajoutés » pour leurs achats de compote ou de jus de fruits.

Surtout pour les moments festifs

Les parents sont aussi soumis à la pression de leurs bambins, bien informés. Ainsi, c’est parce que ses filles en avaient goûté chez une amie que Florence a racheté une fois du thé May Tea. « À l’occasion des anniversaires, elles ont le droit de choisir une bouteille au supermarché. La dernière fois, elles ont opté pour du Schweppes Agrum’ », se souvient-elle.

La consommation de boissons sucrées ou avec édulcorants est souvent réservée à « des moments où les parents ne veulent pas de conflit, comme le goûter ou l’apéritif », observe Patricia Gelin. « C’est de la consommation plaisir », résume ainsi Virginie, tandis que Florence explique « ne pas vouloir priver ses filles, surtout qu’elles ne sont pas des consommatrices régulières ».

Au final, l’image qu’ont les parents des boissons avec édulcorants reste donc très paradoxale : méfiants mais acheteurs tout de même, associant ces boissons à des moments de plaisir et de partage et estimant qu’elles restent un moyen – discuté – de limiter la consommation de sucre. De quoi donner de nombreuses pistes de réflexion aux fabricants pour en finir avec la méconnaissance et la défiance des consommateurs vis-à-vis de ces boissons.

L’étude de l’Institut des Mamans souligne par ailleurs que les parents méconnaissent certaines caractéristiques des boissons avec édulcorants : 41 % sont ainsi incapables de dire si elles stimulent ou non l’appétit. De même, à l’instar de Virginie qui les choisit pour limiter l’apport de sucre, certains s’interrogent sur les effets d’une consommation à long terme d’aspartame. Des efforts de pédagogie sont donc nécessaires. Dernier point : partant du constat que la consommation de boissons sucrées ou avec édulcorants est souvent liée à des moments de plaisir, les acteurs doivent travailler cet aspect festif et convivial. En jouant notamment sur les formats. « Il y a des choses à faire sur le format individuel, qui permet aux parents de faire plaisir tout en conservant un certain contrôle des quantités. L’essor des mini-canettes est éloquent à cet égard », analyse Patricia Gelin.

D’autant que les consommateurs changent de formats selon les occasions et les saisons : plutôt consommatrice de grandes bouteilles au quotidien, Virginie privilégie les cannettes ou mini-bouteilles pour l’été, plus facilement transportables. De son côté, Florence n’achète que des grandes bouteilles. Une nouvelle preuve de l’ambivalence des consommateurs, qui, bien que réticents et méfiants, associent invariablement ces boissons à des moments de partage ou de joie en famille.

Florence, 44 ans, et ses filles Clotilde (7 ans)et Juliette (9 ans) : "Nous achetons très occasionnellement des sodas et jamais des “light”."

« La consommation de sodas est très occasionnelle chez nous, et plutôt réservée à certaines occasions, comme du Champomy pour Noël… ou du Coca-Cola en cas de maux de ventre. Pour leur anniversaire, elles peuvent choisir une bouteille de leur choix au supermarché. Elles ont récemment découvert le thé May Tea chez des amies,et comme elles avaient apprécié le goût, nous en avons racheté une fois. »

Une consommation régulière

Surtout portée par les adultes – près de 60 % en boivent, dont près de 25 % au moins une fois par semaine –, la consommation de boissons light touche aussi 41 % des enfants, dont 12,6 %en prennent au moins une fois par semaine.

L’entrée à l’école primaire, un moment déterminant

Si un quart des enfants de moins de 3 ans en consomment épisodiquement, ils ne sont que 7,3 % à en boire au moins une fois par semaine. Des ratios qui grimpent à près de la moitié des 12-17 ans, avec 13 % de consommateurs réguliers. Le tournant se situe à 6 ans lors de l’entrée à l’école primaire.

Des boissons qui ne font pas l’unanimité

Bien qu’assez présentes dans les foyers avec enfants, les boissons light sont vues de manière très mitigée par les parents : plus de la moitié d’entre eux ne les considèrent pas comme diététiques, saines ou utiles pour prévenir la prise de poids.

2 Questions à Patricia Gelin (président de l'institut des mamans)

LSA - Qui consomme des boissons avec édulcorants ?

Patricia Gelin - Leur consommation est surtout portée par les adul­tes (60 %), mais la part des enfants est loin d’être négligeable : plus de 40 % des enfants de plus de 6 ans en boivent, dont 12 % régulièrement.

LSA - Pourtant, les parents ont des avis très mitigés sur ces boissons…

P.- G. - En effet, la majorité des parents ne les voit pas comme saines ou diététiques. Mais ils estiment que même si elles ne sont pas la panacée, elles sont toujours meilleures que les boissons avec sucre, ingrédient encore plus diabolisé que le gras. L’utilisation de boissons avec édulcorants est donc un moyen pour les parents de limiter la quantité de sucres ingérés par les enfants, tout en s’accordant des moments de plaisir. .

 

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Article extrait
du magazine N° 2547

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