« Les soldes sont un vrai soutien à la consommation »

|
Twitter Facebook Linkedin Google + Email Imprimer

Pas question de supprimer les soldes pour François-Xavier Dupont. Alors que les périodes de promotions se sont succédé en 2003, ils gardent tout leur sens selon le directeur du navire amiral du Printemps. Servant toujours à écouler les stocks, les soldes jouent aussi le rôle de moteur de la consommation.

LSA Comme chaque année, les soldes d'hiver étaient attendus. Le cru 2004 sera-t-il aussi bon que l'année dernière ?

François-Xavier Dupont - Pour l'instant, nous sommes au-dessus de nos prévisions. Les promotions en général et les soldes en particulier sont des périodes sur lesquelles nous progressons chaque année. Il y a deux ou trois ans, les soldes d'hiver pesaient 12 à 13 % de notre chiffre d'affaires sur six semaines ; aujourd'hui, la proportion est toujours la même... mais sur quatre semaines. C'est donc un temps fort de l'année pour un grand magasin comme le nôtre, qui réalise 500 ME de CA par an. Une journée comme le 7 janvier, premier jour des soldes à Paris cette année, équivaut, en valeur, à l'une des cinq premières journées de l'année du Printemps, le dimanche des Huit jours en or arrivant en tête.

LSA Depuis deux saisons, le niveau des stocks était assez élevé avant le lancement des soldes, notamment dans l'habillement...

F.-X. D. - C'est vrai que les ventes de textile ont marqué le pas en 2003. Mais le Printemps a gagné des parts de marché dans ce secteur en 2003, et pas seulement dans la mode féminine. Il est vrai aussi que décembre avait mal commencé, mais nous nous sommes plus que rattrapés la deuxième quinzaine. Les gens ont vraiment démarré leurs emplettes de Noël la troisième semaine de décembre.

LSA Ne pensez-vous pas que l'inflation des promotions cette année, ainsi que la multiplication de soldes déguisés anticipés, relativise, voire banalise, le phénomène des soldes ?

F.-X. D. - Chez nous, il n'y a pas eu de soldes anticipés. Nous ne le faisons pas parce que la loi l'interdit. De telles initiatives sont dommageables pour l'ensemble du commerce et contribuent à le décrédibiliser. Une opération commerciale ne tient que si elle est bien délimitée. Quant aux promotions, il y en a toujours eu.

LSA Les soldes jouent donc pleinement leur rôle ?

F.-X. D. - Avant tout, les soldes sont l'occasion de faire place nette sur les collections avant l'arrivée d'une nouvelle saison. Nous sommes d'abord un magasin de mode. Déjà avant la fin des soldes, à partir de la troisième semaine, nous introduisons des vêtements de demi-saison. C'est pour cette raison qu'une durée de quatre semaines et demie, comme c'est le cas cette année, nous convient parfaitement, du moins pour l'hiver. L'été, il nous paraît moins indispensable de la raccourcir. La clientèle est en effet différente : les touristes font leur entrée dans la capitale, tandis que les Parisiens commencent à partir en vacances. Pour les grands magasins parisiens, l'essentiel est que les soldes débutent avant la fin du mois de juin.

LSA Mais les soldes ne remplissent pas qu'une fonction de déstockage...

F.-X. D. - Loin de là ! Ils restent un soutien indispensable à la consommation. D'autant plus indispensable en période de ralentissement économique, comme aujourd'hui. Le phénomène des soldes s'amplifie : ces derniers sont devenus l'occasion d'attendre des périodes où les prix sont plus bas. Ce qui permet au consommateur soit d'acheter plus pour moins cher, soit de mettre à portée de bourse des articles qui ne le sont pas habituellement. Ce n'est pas un hasard si le luxe attire du monde pendant cette période. Mercredi 7 janvier, dès l'ouverture, 50 personnes attendaient devant chez Gucci, au premier étage luxe de notre magasin. Et ce n'était pas seulement des étrangers, mais aussi des parisiens de classe moyenne. À part le luxe, nous avons remarqué que la chaussure, devenue un accessoire de mode, et la mode homme, étaient particulièrement prisés. La clientèle masculine notamment n'hésite pas à faire le plein pendant cette période de réduction.

LSA Vous ne partagez donc pas l'avis de certains professionnels qui vont jusqu'à suggérer la suppression des soldes ?

F.-X. D. - Je ne suis pas du tout pour leur disparition. C'est un phénomène national et c'est pour nous la seule période pendant laquelle on peut vendre à perte, « à n'importe quel prix ». Le tout étant de préserver un équilibre entre les marges et les frais de manutention ou de stockage qui seraient générés par la remise en réserve des articles.

LSA Vous avez ouvert vos portes dès 8 heures, une heure et demie avant l'horaire habituel. Cela a provoqué la colère des syndicats. Vouliez-vous, à l'instar de Morgan et de Celio, théâtraliser le phénomène des soldes ?

F.-X. D. - Les soldes restent une vraie opération commerciale en tant que telle. Nous étions le seul grand magasin parisien à ouvrir si tôt, avec quelques-uns de nos magasins de province. Ce jour-là, nous devons gérer une affluence record, environ 80 000 personnes cette année. Notre but vise à apporter un service supplémentaire à la clientèle. D'une année sur l'autre, nous avons constaté qu'il y avait beaucoup de monde à l'ouverture des portes et ces personnes vivent les soldes comme stressantes. Ouvrir à 8 heures permet notamment aux gens qui travaillent de pouvoir aussi en bénéficier. Nous avons anticipé l'ouverture, mais aussi retardé la fermeture (20 heures). Sur le terrain, il n'y a eu aucun gréviste ni défection. Nous avions organisé nos plannings à l'avance et ces heures rentrent dans le cadre de nos accords sur le temps de travail. Pour faciliter la tâche au client, nous avons mis également en place une opération « achats mains libres » où leur est offerte la possibilité de confier leurs paquets au personnel.

LSA Les aléas conjoncturels ont pesé sur l'activité des grands magasins en 2003. Comment abordez-vous l'année 2004 ?

F.-X. D. - Nous avons toutes les raisons d'être confiants. Nous sortons d'une période de grands travaux étalés sur cinq ans. 95 % de la surface de vente totale (45 000 m2) ont été rénovés au moyen d'investissements importants. Mais nos concepts ne nécessitent pas forcément des travaux lourds à chaque fois. D'ailleurs, nous avons beaucoup baissé le coût de nos investissements au mètre carré. En trois ans, nous avons divisé le coût par deux, de 2 000 E à 1 000 E au mètre carré.

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 1843

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous

 
Suivre LSA Suivre LSA sur facebook Suivre LSA sur Linked In Suivre LSA sur twitter RSS LSA