Les soldes, une histoire de surenchère législative

Les soldes sont encadrés par un corpus législatif impressionnant. De 1841 à nos jours, que de lois ! Pour lutter, évidemment, contre les prix trop bas…

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Les soldes, une histoire de surenchère législative

« Coupon d’étoffe qui n’a pas été vendu ». Le mot « solde », en argot, est utilisé par les vendeurs de tissus pour désigner ce reste d’étoffe parce qu’il vaut un « sou » ou à « peine un sou ». La solde correspond aussi à la paie des soldats, qui, dans les siècles passés, n’étaient pas toujours payés à la hauteur de leur sacrifice… L’origine du terme est donc une sorte de croisement étymologique.

Peu importe. Il servira aux grands magasins parisiens tel le Petit Saint Thomas, qui deviendra le Bon Marché en 1852, relayé par le Printemps, en 1865, pour écouler leurs stocks, à moindre prix, de tissus, de linge, puis d’un peu de tout. Du masculin singulier, il passera au pluriel : « les soldes ». On en attribue la paternité à un certain Simon Mannoury, le fondateur du Petit Saint Thomas, qui aurait aussi inventé les premières ventes « en ligne » – on disait à distance il y a encore peu –, les prix fixes, et les prix cassés pour écouler les invendus. Évidemment, entre les commerçants, c’est la foire d’empoigne. Une première loi apparaît en 1841 contre les colporteurs, ces va-nu-pieds qui cassent les prix avec des ventes au déballage. Les petits se plaignent des grands, chacun choisit sa date, il y a de faux prix et donc de faux soldes…Comme aujourd’hui, on trouve toujours un assez grand nombre pour exiger des pouvoirs publics d’imposer des règles (et ce sont les mêmes qui s’en plaignent !).

Des lois et des abus

En 1906, l’État légifère à nouveau et introduit pour la première fois le mot en droit. « Des ventes sous forme de soldes sont devenues de plus en plus fréquentes, au grand détriment des commerçants locaux. Les marchands qui voudront se livrer à des ventes de ce genre devront se munir d’une autorisation spéciale du maire de la localité, et, seront tenus de fournir un inventaire détaillé des marchandises à liquider, et le délai nécessaire pour leur écoulement ». Pour l’époque, c’est assez précis ! En 1962, la loi apporte de nouvelles précisions. Il s’agit de « baisses de prix occasionnelles dans l’année accompagnées de publicités brèves ». Mais forts du succès des soldes, des commerçants en abusent. En 1989, les contrôles, jusqu’alors confiés aux services de police et de gendarmerie, passent aux mains de la Répression des fraudes. Nouvelle loi pour « l’éthique du commerçant » en 1996. Les deux fois six semaines par an apparaissent, et ce sont les préfets qui fixent les dates dans chaque département. En 2008, un vent de libéralisme souffle avec l’arrivée de Nicolas Sarkozy. L’État décide de créer « les soldes flottants » pour éviter que ne se constituent des stocks opportunistes en vue de ces périodes promotionnelles, avec des vêtements qui ne sont pas forcément les mêmes que ceux vendus habituellement. Les commerçants s’en offusquent. La concurrence, toute l’année, c’est trop ! En 2014, la loi est à nouveau révisée. Discrètement, les soldes redeviennent uniquement à date fixe, et limités à six semaines. Ceux d’été ont démarré le 22 juin.

En dates

  • 1852 : Le Bon Marché lance les « soldes » 1906 Le terme apparaît dans la loi
  • 1996 : limitation à six semaines deux fois par an
  • 2008 : création des « soldes flottants » (supprimés en 2014)

En chiffres

  • 58% des Français prévoient de faire les soldes 62% des femmes comptent dépenser en moyenne 261 €
  • 54% des hommes, 351 €

Source : Sondage YouGov pour le site MaRéduc 

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