Les tensions resurgissent sur le prix du lait

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La tension monte dans les campagnes sur le prix du lait payé aux producteurs. Alors que va se tenir jeudi prochain le Congrès des producteurs laitiers à Nantes, et que les déclarations de Stéphane Le Foll sur le prix du lait y sont très attendues, Serge Papin, président de Système U et Michel-Edouard Leclerc, président de l'enseigne éponyme, se sont inhabituellement exprimés face aux demandes d’augmentation exigées par la Fédération nationale des producteurs laitiers (FNPL), un des syndicats de la FNSEA. Olivier Picot, président de la FNIL, dénonce le blogage des prix qu'imposeraient les distributeurs.

Olivier Picot, président de la FNIL
Olivier Picot, président de la FNIL

Comment résoudre la crise du prix du lait ? Le président de Système U propose d'accepter les hausses dès lors que toutes les enseignes et tous les industriels y souscriraient, au bénéfice réel des producteurs laitiers. Il a par ailleurs indiqué sur Xerfi avoir "pris des initiatives sur le lait dont la filière va mal – je dirais même elle est sinistrée – pour dévérouiller les négos de deux à trois centimes d’euros, c’est ce qui manque sur le litre de lait, que nous allons payer aux transformateurs puisque nous sommes dans une relation bipartite entre le transformateur et nous-mêmes, et s’assurer que ça va bien aller au producteur. »

Michel-Edouard Leclerc a indiqué sur son blog qu’il ferait prochainement des propositions d’augmentations, mais dès lors qu’il aurait aussi l’assurance que «l’argent du beurre » reviendrait bien au producteurs. Il s'étonne de la focalisation sur le lait de consommation qui représente 10 % de la production de lait, alors que le secteur laitier est consitué de produits laitiers transformés, fromages et autres, "avec un composant laitier très variable".  Enfin, il révèle que  "contrairement aux allégations parues ces dix derniers jours, j’affirme qu’au niveau national, les centres E.Leclerc se sont engagés à payer le lait en moyenne 2,17% plus cher qu’en 2012", précise-t-il sur son blog

Mais, selon les industriels, les négociations avec les distributeurs n’ont pas permis, à l’heure actuelle, de passer les hausses de tarifs permettant un relèvement des prix à la production.  Ils attendent avec impatience les décisions de Michel Edouard Leclerc qui a indiqué vouloir faire des propositions dans les prochains jours, et des autres enseignes, Système U, Carrefour et Auchan notamment. Le président de la Fédération nationale des industries laitières, Olivier Picot, dans une interview accordée à LSA, estime que la situation actuelle de blocage est «unique » sur le marché laitier dans le monde.

 

Olivier Picot, président de la FNIL  « Les distributeurs bloquent toute la situation»

Le président de la Fédération des industries laitières (FNIL) estime que la distribution bloque toute évolution de la situation sur les prix malgré la hausse des cours du lait partout dans le monde et l’augmentation des prix de revient des éleveurs. La FNIL compte dans ses rangs des entreprises comme, Bongrain, Lactalis, Nestlé, Bel, Danone, Senoble, etc...

LSA : Pourquoi les industriels du lait refusent-ils les hausses de prix souhaitées par les producteurs et justifiées par les hausses du prix de l’aliment ?

Olivier Picot : Les industriels ne peuvent pas augmenter le prix du lait s’ils n’obtiennent pas  de leurs clients distributeurs une revalorisation de leurs prix de vente.  La marge nette moyenne dans l’industrie laitière est très faible, de l’ordre de 1% et beaucoup de transformateurs laitiers ont travaillé à perte en 2012. C’est une situation qui n’a que trop duré.  Les producteurs de lait le savent bien et ne mettent pas en cause les industriels laitiers, mais bien les distributeurs, seuls  responsables de leur situation difficile. Comme on le voit les réformes de Bruno Lemaire, telles que le contrat écrit avec les organisations de producteurs, n’ont rien réglé. Et le ministère de l’Agriculture actuel, Stéphane Le Foll, ne pourra éluder très longtemps la question de la réforme réelle de la LME pour rééquilibrer les rapports de force avec les distributeurs.

LSA : Système U propose une solution globale de tous les acteurs permettant de sortir de la crise laitière. Est-elle bonne ?

O.P. : C’est une solution qui ressemble beaucoup à une entente : augmenter les prix de manière concertée dans toute une filière.  Qu’en pense la DGCCRF ? Les distributeurs et les industriels laitiers anglais ont été condamnés à de fortes amendes pour des hausses concertées des prix au profit des producteurs de lait en 2002, qui correspond exactement à ce que propose Serge Papin.

LSA : Michel-Edouard Leclerc estime que le lait en brique ne représente en réalité que 10 % de la production de lait et que tout le monde veut ignorer cette donnée…

O.P. Effectivement le lait en brique ne représente que environ  10% des débouchés du lait produit en France, et c’est de notoriété publique. Mais le reste de la production de lait est transformé en produits laitiers : fromages, yaourts, beurre, crème… qui sont aussi vendus dans la grande distribution et pour lesquels les distributeurs refusent également toute hausse des prix. Un kilo d’emmenthal, c’est 14 litres de lait, ce que Michel-Edouard veut peut-être ignorer.  

LSA : Y-a-t-il trop de lait produit en France ou en Europe, qui pèserait sur les cours de celui-ci ?

O.P. Au contraire, nous entrons actuellement et au moins jusqu’à l’automne dans une période de grave tension au niveau mondial. La Nouvelle-Zélande subit une sévère sécheresse qui fait baisser sa production de lait de 7 %. La production laitière recule de 2% en Europe. Elle baisse aussi en Australie et en Argentine et n’augmente que faiblement aux Etats-Unis. Les prix du lait payés aux producteurs qui reflètent l’état du rapport offre /demande peuvent – parfois- ne pas être en phase avec l’évolution de certains coûts de production. Les industriels en sont bien conscients mais s’ils ne peuvent pas augmenter leurs prix de vente, ils ne peuvent pas payer plus leurs producteurs.

LSA : La situation en France sur la répercussion du prix des matières première dans le prix du lait se retrouve-t-il ailleurs en Europe et dans le monde ?

O.P. La situation française est unique en Europe et dans le monde, sauf peut-être en Argentine. Partout en Europe, les distributeurs ont accepté des hausses de prix des produits  laitiers dès l’automne dernier. Exemple en Allemagne : hausse de 16% sur le lait UHT, de 24% sur le beurre, de 5 à 6% sur les fromages, de 7% sur les produits frais, ce qui a permis aux industriels allemands d’augmenter les prix du lait payés à leurs producteurs. Même chose en Grande-Bretagne sur le lait de consommation. Il n’y a qu’en France qu’une partie de la grande distribution ( qui entraine l’autre …) est autiste et, forte de son pouvoir de négociation vis-à-vis de ses fournisseurs, gros ou petits, ne veut pas tenir compte de la situation des marchés et des producteurs de lait dont beaucoup sont en train d’arrêter la production au profit des céréales.

Propos recueillis par Sylvain Aubril

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Mélanie Séveno

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Julien Nugues

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Ludovic Prigent

Ludovic Prigent

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Philippe Jaegy

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Directrice générale en charge du commerce, marketing et qualité du groupe Lactalis

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Didier Morisseau

Directeur de approvisionnement direct des matériaux de Lactalis

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Directeur d'enseignes du groupe Lactalis

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Zineb Lahrech

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Olivier de Sigalony

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Jorge Rei

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Gwenel Lecourieux

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Guillaume Petitcollot

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Yves Legros

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Marie Grimaldi

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Jean-Baptiste Van Eslande

Directeur général de Fromarsac, Savencia Fromage & Dairy (Ex-groupe Soparind Bongrain)

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Directeur du développement national de Parmalat Australia, groupe Lactalis

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Fondateur du groupe Bongrain

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Vice-président directeur général délégué de Bongrain

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Directrice marketing du groupe Savencia

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