Les viandes françaises mettent le cap à l'export

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Alors que la consommation de viande baisse en France et en Europe, les opérateurs français tentent d’accélérer le développement de leur activité sur les marchés internationaux.

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exe viande export.jpg© illustration : hervé pinel

Le Caire. Ce mardi 20 janvier 2015, dans le quartier de Gizeh, sur la rive gauche du Nil où se situe l’ambassade de France, les Français mettent les petits plats dans les grands. Une délégation d’entreprises françaises conduite par Emmanuel Bernard, président de la commission commerce extérieur d’Interbev, l’interprofession du bétail et des viandes, reçoit une soixantaine d’importateurs, de distributeurs et d’institutionnels égyptiens des secteurs de la viande et de l’élevage. Au menu de la rencontre, du bœuf français, bien sûr, concocté sous différentes formes par Éric Leboeuf, Meilleur Ouvrier boucher qui, pour l’occasion, a fait le voyage. Le marché égyptien (92 millions d’habitants) vient de s’ouvrir et déjà 12 abattoirs français ont reçu l’homologation des autorités vétérinaires égyptiennes du ministère de l’Agriculture. « C’est une formidable opportunité qui s’offre à nos deux pays pour parvenir à développer un courant d’affaires nouveau et gagnant-gagnant », déclare alors, enthousiaste, Emmanuel Bernard. Après cette soirée, la délégation française est d’ailleurs revenue avec un contrat de 200 tonnes dans ses bagages. Un mois plus tôt, c’est au Vietnam que les entreprises de la filière bovine française organisaient un banquet au sein de l’ambassade de France. Le marché, ouvert en août 2015, a déjà passé une commande de 100 tonnes de viande bovine congelée et de 270 tonnes d’abats.

« La France est le huitième producteur mondial, mais au-delà de l’Europe, le pays n’est pas réputé pour sa viande bovine. Il faut donc faire œuvre de pédagogie, mais aussi travailler au développement de relations de confiance de part et d’autre », déclare sans détour Emmanuel Bernard.

Obtention de certificats sanitaires, risque d’impayés, effet de change, obstacles politiques… Le développement des exportations de viande française, au-delà du marché européen, n’est assurément pas une mince affaire. Mais pour la filière porcine, comme pour la bovine, le jeu en vaut la chandelle.

Les Européens consomment moins de viande

En France, comme en Europe, la consommation de viande baisse d’année en année. Rien qu’au cours du mois d’août 2016, pourtant une période traditionnellement de forte consommation, les volumes de porc frais, hors élaborés, ont chuté de près de 5 % par rapport à la même période de l’année précédente. Plongé dans les derniers tableaux de bord de l’Inaporc, Didier Delzescaux, directeur de l’interprofession porcine, constate : « L’arrêté, pris en 2015, limitant la possibilité de faire des promotions, mais aussi l’évolution de la société, rendent plus que jamais nécessaire le développement de la filière porcine à l’export. » En 2015, la balance commerciale de la filière porcine s’est légèrement dégradée, l’excédent se réduisant en volume à 22 000 tonnes. Signe encourageant, les opérateurs français, qui réalisent 60 % de leurs exportations vers l’Europe, et 40 % vers les pays tiers, ont considérablement augmenté leurs exportations vers la Chine (+ 25 000 tonnes). En Europe, on note une baisse des exportations françaises de viande de porc en Italie (- 7 000 tonnes), en Espagne (- 7 000 tonnes), et en Allemagne (- 5 000 tonnes).

Concurrence de l’Espagne et de la Pologne

« L’export est un circuit indispensable à la filière porcine française. Le marché européen permet de réguler l’activité, mais pas forcément de la valoriser. Plus sa quote-part diminue, mieux c’est », estime pour sa part Thierry Meyer, directeur de la filière porcine au sein du groupe Bigard. Le numéro deux de l’abattage français, dont 46 % des volumes sont réalisés dans cette filière, fait de la France son marché cœur de cible et s’attache à développer la qualité. Le groupe dirigé par Jean-Paul Bigard a mis le cap sur l’Asie, et notamment la Chine, où il parvient à valoriser des pièces comme les pieds, les oreilles ou des morceaux de viande avec os.

Pour la filière bovine française, la nécessité de développer les exportations est également dictée par la baisse structurelle de la consommation. Mais pas seulement. Avec ses 13 millions d’hectares d’herbe, la France est une terre de production de jeunes mâles non castrés (jusqu’à vingt-quatre mois), dont la viande plus claire n’est pas dans les habitudes de consommation des Français. De fait 95 % des exportations de viandes bovines françaises sont réalisées sur le marché européen et, en particulier, l’Italie, la Grèce et l’Allemagne. Mais, là encore, la situation n’est pas simple.

Sous l’effet d’une baisse de consommation, le marché italien affiche une baisse régulière (- 4 % en 2015). En quasi-cessation de paiement au cours de l’été 2015, le marché grec a également plongé au cours des six premiers mois de l’année 2016 (- 9 %). « Dans ces deux pays, la concurrence vient d’Espagne, mais aussi de Pologne, où le coût du travail est bien inférieur à celui observé en France. De plus, la Pologne qui, il y a dix ans, ne vendait pas un kilogramme de viande, a depuis fortement développé sa production », fait remarquer un observateur du marché. « L’Europe reste le principal débouché pour la viande bovine française. Malgré les difficultés rencontrées en Italie et en Grèce, il faut continuer à consolider et à développer ce marché », estime pour sa part Dominique Guineheux, directeur des achats bovins pour le groupe Bigard.

Pousser le bœuf

À cet égard, l’Allemagne constitue un marché assurément porteur. Stable sur le plan économique, le pays a augmenté ses importations de viande bovine en provenance de France de 23 % au cours de l’année 2015. Au cours des six premiers mois de cette année, la demande outre-Rhin se poursuit à la hausse (+ 9 %). « Mais au-delà de ces marchés européens, il faut être capable de trouver de nouveaux débouchés à la viande bovine française », insiste Emmanuel Bernard. Le président de la commission export d’Interbev s’y emploie en misant sur une image de qualité associée à la gastronomie française. « En 2017, la filière bovine française souhaite se doter d’une nouvelle image générique afin de développer la notoriété du bœuf français sur l’ensemble des marchés étrangers ciblés en Europe et sur les pays tiers », détaille ainsi Emmanuel Bernard. Dans un marché extrêmement concurrentiel, la filière bovine française entend également faire valoir aux pays du pourtour méditerranéen (Algérie, Turquie, Égypte), structurellement importateurs de viandes et d’animaux vivants, sa capacité de réactivité. « Nous sommes en mesure d’envoyer en quelques jours des carcasses réfrigérées », assure le président de la commission export d’Interbev.

Au-delà du pourtour méditerranéen, l’Arabie saoudite (30 millions d’habitants), l’Iran (80 millions) et la Chine (1,4 milliard) sont clairement dans la ligne de mire de la filière bovine française. Cependant, la détection, en mars 2016, d’un cas d’ESB classique (encéphalopathie spongiforme bovine, la maladie de la vache folle) sur un bovin français né en 2011 a conduit l’office international des épizooties (OIE) à faire évoluer le statut de la France de « pays à risque négligeable » à « pays à risque maîtrisé ». Une évolution qui a pu peser dans l’ouverture des marchés. Alors que le porc français a réussi à se faire une place en Chine, le dossier reste depuis deux ans en suspens concernant le bœuf français. Mais désormais réunis dans le cadre de la plate-forme France Viande export, les opérateurs de la filière bovine n’ont sans doute pas dit leur dernier mot…

Les raisons d’y aller

  • La consommation de viande en France diminue d’année en année.
  • Un constat qui pousse les filières d’élevage à trouver de nouveaux débouchés à l’export.
  • Si l’Europe reste le premier marché pour la viande française, les pays tiers sont devenus incontournables. Mais sur ces nouveaux marchés, les Français ne sont pas seuls en lice…

Les chiffres

  • 2,2 M de tonnes : le volume de viande de porc produite en 2015
  • 668 000 tonnes : la part des importations de viande de porc par la France, à + 2,8 % en 2015
  • 690 000 tonnes : la part des exportations de viande de porc française, en baisse de 17 000, - 2,5 % en 2015.

Source : Inaporc, Ifip

  • La France détient le premier cheptel bovin d’Europe avec 19 M de têtes
  • Avec 1,44 M de tonnes par an, la France est le 8e producteur mondial de viande bovine, juste derrière le Mexique.
  • En 2015, 220 000 tonnes ont été exportées,en hausse de 2 % par rapport à 2014.
  • 96% : la part des exportations de viande bovine française vers l’Europe.
  • + 14 % : l’évolution des achats de viande bovine française par les pays tiers en 2015

Source : Interbev, FranceAgriMer

Le socle européen La répartition, par pays, en volume, des exportations de viande de porc française en 2015

Source : Inaporc, Ifip

À elle seule, l’Union européenne pèse 68,7 % dans les exportations de viande porcine française. On constate une augmentation considérable des exportations vers la Chine (+ 25 000 tonnes) en 2015, une légère augmentation vers les Pays-Bas (10 000 tonnes) et la Belgique (10 000 tonnes).

Les Leviers à L’export

Les marques collectives

Pour percer sur les marchés internationaux, les industriels français peuvent s’appuyer sur des marques collectives. Lancée en 2009 à l’initiative de l’interprofession du bétail des viandes (Interbev), la griffe Charoluxe est dédiée au marché allemand. Seule la viande de race charolaise peut être porteuse de la mention qui garantit au consommateur allemand que la viande achetée provient d’animaux nés, élevés et abattus en France. Plus récente, la marque Bovillage, dédiée aux marchés grecs et italiens, principaux débouchés pour les jeunes bovins français, est porteuse d’une communication sous forme de campagne publicitaire mais également d’événements et d’actions réalisés auprès des professionnels de la filière bovine de ces deux pays. Quant à la filière porcine française, elle mène actuellement une réflexion sur l’opportunité de promouvoir le logo « Le porc français » sur les marchés internationaux

Les soirées chez l’ambassadeur

Vietnam, Égypte, Turquie… Sous l’impulsion d’Interbev, et avec le soutien de Business France, structure dédiée au développement international des entreprises, les soirées chez l’ambassadeur se multiplient. Le concept est simple. Accompagnés par l’interprofession, les industriels font découvrir, dans le cadre de l’ambassade de France, leurs produits cuisinés par des chefs qui ont fait le voyage, ou qui sont en cuisine dans les lieux. Les convives sont des importateurs potentiels, des représentants des autorités sanitaires du pays… Une opération séduction destinée à révéler la qualité de la viande française.

Elivia parie sur les filières de qualité

La filière viande de la coopérative Terrena pèse 950 M € de chiffre d’affaires dont 20 % sont réalisés sur les marchés internationaux. Une activité d’abord tournée vers l’Europe, et notamment l’Italie, qui constitue le principal débouché pour les jeunes bovins mâles qui ne sont pas consommés en France. Alors que le muscle et les parties nobles de la carcasse sont valorisés sur le marché français, Elivia vend les sous-produits de l’abattage (foies, cœurs, pieds, manchettes) vers les pays tiers, notamment sur le continent africain et au Vietnam. Quant aux cuirs et peaux, ils sont valorisés en Italie, grand fabricant de canapés et de chaussures. « Il s’agit de marchés historiques qui nous font vivre au quotidien. Mais les marchés de demain restent à construire », explique volontiers Denis Foucher, directeur commercial export d’Elivia. Pour s’imposer face à la concurrence mondiale, alimentée notamment par le Brésil, l’Inde ou encore la Nouvelle Zélande, Elivia multiplie les filières de qualité, y compris pour ses marchés export.

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Article extrait
du magazine N° 2430

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