Marchés

Lettre ouverte de Jean-Philippe Girard (Ania) en réponse aux propos de Michel-Edouard Leclerc

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A la suite de l’interview de Michel-Edouard Leclerc parue dans le magazine LSA du 26 mai 2016, Jean-Philippe Girard, Président de l’ANIA, réagit par le biais d’une lettre ouverte. Voici le document. Rappelons que l’Association Nationale des Industries Alimentaires rassemble 18 fédérations nationales sectorielles et 23 associations régionales, représentatives des 16 218  entreprises alimentaires de France. Et que l'agroalimentaire est le premier secteur économique français avec un chiffre d'affaires de 170 milliards d'euros et le premier employeur industriel avec 440 926 salariés.  

 «Ces attaques personnelles ne vous grandissent pas», Jean-Philippe Girard (Ania)
«Ces attaques personnelles ne vous grandissent pas», Jean-Philippe Girard (Ania)© photos laetitia duarte

Cher Michel,

«Caricatural», «lamentable», «dangereux» et «obscène»: vous avez choisi des termes forts pour me qualifier, et à travers moi, les 16 200 entreprises de l’alimentaire que représente l’ANIA.

Ces attaques personnelles ne vous grandissent pas. Elles ne contribuent pas non plus à renouer le dialogue avec des entreprises qui, avec les agriculteurs et aux côtés des distributeurs, oeuvrent au quotidien pour proposer aux français des produits alimentaires de qualité. Loin des sorties médiatiques dont vous avez le secret et de la provocation qui est devenue votre fonds de commerce, essayons de revenir ensemble sur ce qui caractérise aujourd’hui la réalité de la filière alimentaire.

Vous avez, depuis des années maintenant, fait du prix le plus bas la politique assumée de votre enseigne pour prendre des parts de marché à vos concurrents. Vous avez martelé à longueur de spots radiotélévisés et de comparateurs que le prix, non pas le plus juste, mais le plus bas que bas, devait être la seule variable de choix du consommateur, en vous construisant au passage une image de chevalier blanc du pouvoir d’achat largement usurpée. Vous claironnez auprès de qui veut bien l’entendre que vous seul avez compris les enjeux, les difficultés et les aspirations de la filière.

Les consommateurs ne ressentent aucune des baisses des prix que vous glorifiez. Les éleveurs en détresse tournent spontanément leur colère vers vos enseignes pour réclamer des prix plus justes. Les tribunaux vous condamnent pour des pratiques abusives vis-à-vis de vos fournisseurs. Et tout ceci serait le fruit d’une industrie alimentaire pilotée par un président irresponsable ? Plus personne n’est dupe.

Cher Michel, la réalité c’est que nous parlons du prix juste quand vous parlez du prix bas. Nous parlons guerre des prix quand vous parlez concurrence normale. Nous parlons de pratiques illicites quand vous parlez de négociations difficiles. Nous parlons de l’avenir de la filière, quand vous nous parlez de revenir dans la moyenne européenne. Nous parlons de filière stratégique et partenariale quand vous voulez des producteurs et des transformateurs aux ordres. Nous parlons de savoir-faire et de qualité, nous parlons de milliers d’emploi, quand vous vous focalisez sur 1 ou 2 centimes de moins que les autres sur un produit.

Nous croyons plus que jamais au dialogue nécessaire et à la nécessité de réinventer les relations dans la filière. La très grande majorité des acteurs et de vos concurrents de la distribution y sont prêts et le disent.

Nous vous avions même invité en novembre dernier à venir vous exprimer devant l’ensemble du conseil d’administration de l’ANIA. C’était une première à laquelle je tenais et qui, à l’inverse de vos déclarations médiatiques, était une vraie preuve de notre ouverture et de notre volonté de dialogue. Malheureusement vous mettez une énergie phénoménale à cultiver votre isolement et votre singularité. Ce pourrait n’être qu’une posture sans conséquence si elle n’entraînait pas l’ensemble de la filière dans une spirale destructrice de valeur.

De notre côté, rien de nous détournera du travail pour trouver des solutions d’avenir pour toute la filière avec tous ceux de bonne volonté, agriculteurs, entreprises alimentaires et distributeurs. Je ne veux pas laisser penser un seul instant à nos agriculteurs que leurs clients ne les respectent pas, alors que nous vivons une souffrance plus silencieuse mais tout aussi pénible. Et quand vous en aurez assez d’avoir raison contre tout le monde, vous accepterez peut-être de mettre votre énergie à construire cet avenir avec les autres et d’éviter réellement la bérézina que vous vous acharnez à ignorer.

Je veux enfin vous redire que mon seul combat est que nos entreprises de toute taille, de toute région et de tout métier retrouvent croissance et rentabilité, pour investir, recruter et contribuer au bienêtre et bien manger des consommateurs, au redressement de notre agriculture et au rayonnement de notre beau pays.

 

Jean-Philippe Girard

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