Services & Livraison

[Edito] Livraison à domicile: combien autour de la table?

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yves puget

Cela se bouscule autour de la livraison à domicile (LAD) de produits alimentaires. Tous les jours, ou presque, on annonce l’ouverture d’un dark store ou la signature d’un partenariat. Tout le monde veut sa part de gâteau, même si personne n’en connaît la taille réelle, qui serait aux alentours des 500 millions d’euros de chiffre d’affaires. Et pour s’asseoir à cette table, que l’on dit somptueuse, chacun avance son modèle économique. La LAD commence de façon classique avec des sites e-commerce, comme Houra, ou des initiatives récentes, comme E. Leclerc chez moi. D’autres distributeurs s’y lancent via des partenariats. C’est ainsi que Monoprix collabore avec Amazon, qui se retire de l’alimentaire en gestion directe… mais fait tout pour attirer des distributeurs sur sa marketplace. Sans oublier ce même Monoprix qui a noué des liens encore plus solides avec Ocado. Ou Picnic, pépite néerlandaise qui arrive en France via Cora, avec un abonnement et des tournées de petites camionnettes électriques.

Et c’est ici qu’on bascule d’un e-commerce classique vers le « quick commerce », avec des livraisons en dix ou vingt minutes chrono. Pour y parvenir, Carrefour a signé un accord avec Deliveroo, Casino avec Uber Eats. Mais il y a aussi cette effervescence autour des dark stores. Ces magasins fantômes qui ne sont souvent que de simples réserves. Des distributeurs classiques s’y essaient déjà en grignotant des mètres carrés de leurs magasins. Ils devront faire face à des acteurs qui viennent de Turquie (Getir), d’Allemagne (Flink), de Russie (Yandex) ou des États-Unis (Gopuff). Et sont déjà confrontés, à Paris ou à Lyon, à Gorillas, Cajoo ou Dija. Avec des levées de fonds hallucinantes, ces start-up rêvent de s’implanter dans les grandes villes de France. Ne sont-elles pas trop nombreuses ? Ont-elles trouvé le bon modèle économique? Chez qui vont-elles s’approvisionner pour avoir les bons prix (La Belle Vie a déjà signé avec Système U) ? Et quid de l’italien Everli qui débarque en France. À l’instar de l’américain Instacart, il demande à des consommateurs de faire leurs courses à la place d’autres clients. Reste à savoir si cette mentalité convient à celle des Français…

On le voit, l’offre en LAD est foisonnante et les promesses varient, avec des livraisons en dix minutes ou quarante-huit heures, en zones urbaines ou rurales, des assortiments courts ou longs, un positionnement de généraliste ou de spécialiste, des prix bas ou assez élevés… Avec un face-à-face probable entre des spécialistes de l’assortiment qui se revendiquent du retail et des experts du service venant du digital. Et le possible jackpot pour ceux qui maîtriseront les deux. Avec comme urgence, plus que la rentabilité immédiate, la course à l’acquisition client et la récurrence des achats. Encore une fois, qui restera autour de la table, quelle est la taille du gâteau et qui empochera la plus grande part ? Ce marché va-t-il durablement se segmenter pour accepter tous ces convives historiques et ces invités de dernière minute aux appétits féroces ? Ou, bien au contraire, certains sortiront-ils rapidement de table, en laissant se battre entre eux quelques grands acteurs. Faites vos jeux et tous à table ! 

ypuget@lsa.fr @pugetyves

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