Livreur à domicile Corvéable, mais autonome

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CAS PRATIQUEservice - Qu'il livre des produits alimentaires, des meubles ou de l'électroménager, le livreur à domicile exerce un des métiers les plus durs et les moins bien rémunérés de la grande distribution. En compensation, il possède une réelle liberté de mouvement.

Le métier est parfois cocasse. « À l'époque où je livrais à la campagne, une poule s'est un jour introduite dans ma camionnette. J'entendais des bruits bizarres à l'arrière, je croyais que c'était le moteur, jusqu'à ce qu'elle me vole à la figure. Je l'ai redéposée en fin de journée dans sa ferme », se souvient Christophe Sannino, chauffeur livreur depuis dix-sept ans, à la Sogep, la filiale transport de Redcats Group (La Redoute, Cyrillus, Vertbaudet, etc.).

Christophe Sannino est une exception, car compter dix-sept ans de service dans la livraison à domicile, qu'il s'agisse de produits alimentaires, de meubles ou de gros électroménager, est plutôt rare. Bon nombre de chauffeurs livreurs ne passent que quelques années, voire quelques mois, dans la corporation, surtout s'il s'agit de véhiculer des produits alimentaires. « C'est un métier où nous avons presque 100 % de turn-over chaque année. L'un des plus anciens chez nous a quinze ans de métier, mais les vétérans comme lui se comptent sur les doigts d'une main », calcule André Assandri, le directeur de la qualité de Star's Service, une société qui loue les prestations de ses huit cents livreurs aux magasins alimentaires de centre-ville et aux supermarchés sur internet. Même écho chez Telemarket, qui emploie 90 livreurs. Olivier Le Gargean, directeur général du site, admet que c'est le poste où il a le plus de mal à recruter. « À qualification égale, les candidats préfèrent encore prendre un emploi de préparateur de commandes sur entrepôt. »

Le métier fait fuir en raison de sa pénibilité. À cause du poids d'abord. Un chauffeur livreur de produits alimentaires porte en moyenne 1,2 tonne par jour, calcule Olivier Le Gargean ! Pour corser l'exercice, il doit parfois haler sa charge jusqu'au 5e, sans ascenseur.

Stress et petit salaire

De retour dans sa camionnette, il plonge dans les embouteillages. « Dans les zones urbaines denses, le stress dû à la circulation est élevé, car les livraisons se font souvent aux heures où les gens rentrent chez eux », indique André Assandri. À cela s'ajoutent d'autres désagréments, comme les intempéries et des rencontres inopinées avec des mâchoires canines. « J'ai failli me faire manger plusieurs fois par des molosses », raconte Vincent Bassot (23 ans), qui livre des courses alimentaires à domicile depuis un an. Le faible niveau de rémunération ne suscite pas non plus les vocations. La très grande majorité des candidats arrivent dans la profession faute d'autre chose. « En sortant de l'école, je me suis retrouvé dans ce métier car il ne demande pas de compétences particulières », résume Vincent Bassot.

Une fois à ce poste, chacun y trouve son compte comme il peut. Bon nombre apprécient « l'autonomie », « l'autogestion », voire « la liberté » offerte par ce type d'emploi qui les sort des murs de l'entreprise plus de cinq heures sur sept, chaque jour. « On n'a personne sur le dos tant qu'on fait notre boulot correctement », apprécie Stéphane Arco, livreur depuis trois ans chez Telemarket. « Cela convient à ceux qui auraient du mal à assumer un boulot sédentaire », confirme Olivier Le Gargean, ou à supporter la hiérarchie. L'autre côté plaisant du métier, et ce qui pourrait le valoriser à l'avenir, c'est sa dimension de service. « J'apprécie le contact avec la clientèle, ça casse la routine de la journée, que l'on passe la plupart du temps seul au volant », explique Christophe Sannino.

Plus du service que du transport

Une petite connivence avec les clients peut même naître. « On connaît assez vite les clients, quand on fait la même tournée. On discute cinq minutes avec eux et parfois ils nous offrent un café », confirme Stéphane Arco. Un café peut aussi donner des idées... « J'ai reçu des avances de clientes deux ou trois fois », avoue Vincent Bassot. Jusqu'où va se nicher le service ! Plus sérieusement, le métier tient plus « du service à la personne que du transport », juge André Assandri - sans lien avec l'épisode ci-dessus ! La dimension du service, encore réduite à sa plus simple expression pour les coursiers de produits alimentaires, est plus développée dans le non-alimentaire. Le livreur se contente rarement de déposer une machine à laver sur le pas de la porte. Il la transporte dans la cuisine et la branche. À l'avenir, la fonction d'installation sera encouragée. « Nous pensons confier à nos chauffeurs livreurs d'autres services, comme la pose et la mise en service de produits électroniques », annonce Jérôme Jacek, qui dirige neuf agences régionales de la Sogep, soit 150 chauffeurs livreurs environ.

Ces perspectives d'évolution suffiront-elles à donner plus de considération à la fonction ? Pas sûr. À quelques exceptions près, les chauffeurs livreurs envisagent la suite de leur vie professionnelle ailleurs, même si c'est assez voisin. « Je constate qu'il y a plus de possibilités d'évolution que ce que je croyais au départ », indique Vincent Bassot. Il évoque la possibilité de profiter de l'offre faite par son employeur actuel, la société Stars' Service, de financer son permis poids lourds en échange de la signature d'un contrat de dix-huit mois. Son avenir est encore sur la route...

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Article extrait
du magazine N° 2020

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